Interview imaginaire avec Hernán Cortés
par Charactorium · Hernán Cortés (1485 — 1547) · Militaire · Exploration · 6 min de lecture
Décembre 1547, à Castilleja de la Cuesta, près de Séville. Dans une chambre tendue de tapisseries, un vieil homme au regard dur reçoit son visiteur ; derrière la fenêtre, la lumière d'Andalousie ne ressemble en rien à celle, blanche et cruelle, du plateau de Mexico. Il accepte de parler une dernière fois de la conquête qui fit de lui le plus admiré et le plus envié des hommes du Nouveau Monde.
—On raconte que vous avez détruit votre propre flotte en arrivant sur les côtes mexicaines. Comment en êtes-vous venu à un geste aussi extrême ?
C'était en 1519, peu après avoir fondé Villa Rica de la Vera Cruz sur cette côte marécageuse du Golfe. Comprenez ma situation : j'étais parti contre la volonté de Diego Velázquez, le gouverneur de Cuba, et la moitié de mes hommes rêvaient déjà de regagner l'île pour s'y faire pardonner. Tant que mes navires flottaient à l'ancre, je n'avais pas une armée, j'avais une foule prête à fuir. Alors j'ai fait échouer et démonter les nefs, j'ai gardé les cordages, les voiles, le fer, et j'ai laissé la mer fermer la porte derrière nous. Du jour au lendemain, il n'y avait plus de retraite possible, plus de Cuba, plus de Velázquez : seulement la terre devant nous, et un empire dont nous ignorions encore l'immensité. Un capitaine se fait obéir par la peur ou par la nécessité. J'ai choisi la nécessité.
Tant que mes navires flottaient à l'ancre, je n'avais pas une armée, j'avais une foule prête à fuir.
—En fondant Veracruz, vous saviez désobéir au gouverneur de Cuba. Pourquoi tant tenir à cette première ville ?
Parce qu'une ville, en droit castillan, est une chose vivante : elle a un cabildo, un conseil, des magistrats, et ce conseil peut s'adresser directement au roi. En posant les premières pierres de Veracruz, je cessais d'être le simple lieutenant de Velázquez pour devenir le serviteur direct de l'empereur Charles Quint. Mes propres capitaines m'élurent capitaine général au nom de Sa Majesté, et soudain ma désobéissance n'était plus une mutinerie mais un acte de loyauté envers une autorité plus haute. J'étais hidalgo de Medellín, en Estrémadure, sans grandes terres ; je savais qu'au Nouveau Monde la fortune n'attend pas l'homme prudent. Toute la conquête repose sur cette ruse juridique : avant de conquérir Tenochtitlan, il fallait conquérir ma propre légitimité.
Avant de conquérir Tenochtitlan, il fallait conquérir ma propre légitimité.
—Vous avez avancé dans un pays dont vous ne parliez pas un mot. Comment vous faisiez-vous entendre des peuples que vous rencontriez ?
Par une femme. On me l'avait donnée parmi d'autres esclaves, sur la côte, et nous l'avons baptisée Doña Marina ; les Indiens l'appelaient Malintzin. Elle parlait le maya et le nahuatl, la langue de Mexico, et bientôt elle apprit assez de castillan pour que ma parole passe d'une bouche à l'autre sans se perdre. Sans elle, je n'aurais rien su des intrigues des seigneurs, rien deviné des haines anciennes qui divisaient ces peuples. C'est par sa voix que j'ai compris que les Tlaxcaltèques, après nous avoir combattus rudement, détestaient assez les Aztèques pour me fournir des milliers de guerriers. Les chroniqueurs ne diront jamais assez ce qu'une seule personne bien placée peut décider du sort d'un empire. Elle fut ma voix, mon oreille, et le fil par lequel j'ai tenu tout un pays.
Elle fut ma voix, mon oreille, et le fil par lequel j'ai tenu tout un pays.
—Cette alliance avec les Tlaxcaltèques, certains diront qu'elle a tout changé. Quelle place lui donnez-vous dans votre conquête ?
La première place, si je suis honnête, et les vantards mentent quand ils prétendent que cinq cents Castillans ont abattu un empire de leurs seules épées. Nous étions une poignée : environ cinq cents soldats, seize chevaux, quelques canons. Tenochtitlan, elle, comptait des dizaines de milliers de guerriers. Les Tlaxcaltèques nous ont nourris, portés, soignés, et surtout ils ont marché à nos côtés par milliers jusqu'au lac. La haine qu'ils vouaient au Huey Tlatoani de Mexico valait toutes nos arquebuses. Malintzin scellait les pactes, je donnais les croix et les promesses, et eux donnaient le sang et le nombre. Je l'ai écrit sans détour à l'empereur : sans cette alliance, jamais nous n'aurions revu la cité sur l'eau autrement qu'en prisonniers ou en cadavres.
Les vantards mentent quand ils prétendent que cinq cents Castillans ont abattu un empire de leurs seules épées.
—Vous souvenez-vous de votre première vue de Tenochtitlan et de l'accueil que vous y avez reçu ?
On n'oublie pas cela. En novembre 1519, nous avons descendu la chaussée qui traversait le lac, et devant nous montait une ville bâtie sur l'eau, des temples, des canaux, un marché plus vaste qu'aucune place de Castille. Mes vieux soldats se demandaient si ce n'était pas un songe tiré des livres de chevalerie. Moctezuma vint à notre rencontre porté sur une litière, soutenu par ses grands seigneurs, marchant sous un dais de plumes vertes chargé d'or et d'argent ; nul n'osait le regarder en face. J'ai vu un prince au sommet de sa gloire qui me recevait en hôte. Et moi, je calculais déjà combien cette splendeur était fragile, et comment un seul homme, bien tenu, pouvait me livrer tout un empire sans que je tire l'épée.
J'ai vu un prince au sommet de sa gloire, et je calculais déjà combien cette splendeur était fragile.

—Quelques jours plus tard, vous avez fait de cet empereur votre prisonnier. Comment justifiez-vous une telle audace ?
Nous étions quelques centaines d'hommes au cœur d'une cité de deux cent mille âmes, sur une île reliée à la terre par des chaussées qu'on pouvait couper d'un seul ordre. Si j'attendais, on nous égorgeait dans nos quartiers. J'ai donc pris Moctezuma chez lui, dans son propre palais, sous prétexte de l'honorer, et je l'ai retenu auprès de moi. Tant qu'il restait à ma main, ses ordres devenaient les miens, et la machine immense de son empire continuait de tourner pour moi sans que je touche à un seul de ses ressorts. C'était paralyser un corps par sa tête. Beaucoup, depuis, m'ont reproché cette félonie envers un prince qui m'avait reçu en ami. Mais je n'avais ni les nombres ni les murs ; je n'avais que l'audace, et l'audace ne pardonne pas l'hésitation.
Je n'avais ni les nombres ni les murs ; je n'avais que l'audace, et l'audace ne pardonne pas l'hésitation.
—Puis vint la nuit où tout faillit s'effondrer. Que reste-t-il en vous de cette retraite hors de Mexico ?
Nous l'appelons la Noche Triste, la nuit du 30 juin 1520, et le nom suffit. La ville s'était soulevée, Moctezuma était mort, et il nous fallait fuir par les chaussées dans l'obscurité, sous une grêle de pierres et de flèches lancées depuis les canots. Les ponts étaient rompus. Mes hommes, alourdis par l'or qu'ils n'avaient pas voulu lâcher, tombaient à l'eau et se noyaient sous le poids de leur propre cupidité. J'ai perdu cette nuit-là près des deux tiers de mes gens et presque tout le trésor. On raconte qu'au matin, parvenu de l'autre côté, je me suis arrêté sous un grand ahuehuete et que j'ai pleuré. Je ne le nierai pas. Mais un capitaine pleure une nuit et compte ses vivants au matin ; dès l'aube, je pensais déjà au retour.
Mes hommes tombaient à l'eau et se noyaient sous le poids de leur propre cupidité.

—Comment passe-t-on d'une telle déroute à la prise définitive de la ville ?
Par la patience, ce qui ne ressemble guère à ma réputation. Après la Noche Triste, je me suis replié sur Tlaxcala, j'ai pansé mes blessés, refait mes alliances, et j'ai compris que sur ce lac la victoire serait navale. J'ai fait construire des brigantins, treize navires démontés puis remontés au bord de l'eau, pour couper Tenochtitlan de ses chaussées et l'affamer. Le siège dura plus de soixante-dix jours. Quartier après quartier, nous avancions sur les décombres, et la plus belle cité que j'aie vue se défaisait sous mes yeux. Le 13 août 1521, Cuauhtémoc, le dernier seigneur, fut pris, et tout fut consommé. Je n'ai pas conquis Mexico d'un coup d'éclat : je l'ai conquise pierre à pierre, en la détruisant.
Je n'ai pas conquis Mexico d'un coup d'éclat : je l'ai conquise pierre à pierre, en la détruisant.
—Tout au long de ces années, vous écriviez à l'empereur. Que cherchiez-vous dans ces longues lettres ?
À être cru, et à être protégé. Le soir, sous la tente ou dans le palais, je dictais à mes secrétaires ces Cartas de Relación, mes lettres de relation à Charles Quint, entre 1519 et 1526. J'y décrivais la cité sur l'eau, ses marchés, ses temples, et je n'exagérais rien : j'ai écrit que c'était la plus grande et la plus belle ville que l'on ait jamais vue, et que les choses qui s'y faisaient semblaient presque incroyables. Mais ces lettres n'étaient pas seulement le récit d'un voyage. Elles plaidaient ma cause contre Velázquez et mes envieux de la cour, qui me dépeignaient en rebelle et en voleur. Chaque page disait : voyez ce que je donne à la Couronne, et faites-moi roi de ce que j'ai conquis, au moins par une cédule royale.
Ces lettres n'étaient pas le récit d'un voyage : elles plaidaient ma cause contre mes envieux de la cour.
—Vous voici aujourd'hui de retour en Espagne, loin des terres que vous avez conquises. Quel regard portez-vous sur le sort qui vous est fait ?
Un regard amer, je l'avoue. J'ai donné à Charles Quint un empire plus vaste que toute la Castille, la Nueva España, et j'ai bâti sur les ruines de Tenochtitlan une ville neuve, Mexico, avec les pierres mêmes des temples abattus. On m'a fait gouverneur, puis on m'a peu à peu dépouillé de ce pouvoir au profit d'une vice-royauté et de fonctionnaires qui n'avaient jamais vu le lac. J'ai usé mes dernières forces à des expéditions ingrates, le Honduras, la Basse-Californie que j'ai prise pour une île. Et me voici à Castilleja de la Cuesta, près de Séville, attendant des audiences qu'on m'accorde mal. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle, je voudrais qu'on dise au moins ceci : que tout ce que j'ai pris, je l'ai d'abord risqué.
Tout ce que j'ai pris, je l'ai d'abord risqué.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hernán Cortés. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



