Interview imaginaire avec Hernán Cortés
par Charactorium · Hernán Cortés (1485 — 1547) · Militaire · Exploration · 5 min de lecture
C'est à Cuernavaca, dans la fraîcheur d'un patio du palais que Cortés s'est fait bâtir, qu'un vieux compagnon d'armes vient le retrouver en cette année 1544. Bernal Díaz del Castillo n'est plus le jeune soldat qui débarqua jadis sur les côtes du Yucatán : il porte les cicatrices de vingt batailles et le projet d'écrire, un jour, la véritable histoire de ce qu'ils ont vécu. Dans l'air flottent l'odeur du cacao et le bruit lointain des maçons indiens. Les deux hommes se connaissent depuis Cuba, depuis l'embarquement de 1519, et le soldat vient cette fois avec ses questions, non son épée.
—Don Hernán, j'étais sur la plage de Veracruz quand nos navires ont coulé. Dis-moi vraiment : as-tu donné cet ordre par calcul ou par désespoir ?
Par calcul, Bernal, toujours par calcul, même quand le coeur tremble. Tu te souviens du murmure dans les rangs : ceux de Velázquez voulaient regagner Cuba, dénoncer notre entreprise comme une trahison. Tant qu'une seule voile restait à flot, ces hommes-là rêvaient de retraite. J'ai fait échouer les coques sous prétexte qu'elles étaient rongées, et soudain il n'y eut plus de chemin que vers l'intérieur. J'avais déjà fondé Villa Rica de la Vera Cruz, mon propre conseil, ma propre légitimité, hors de toute autorité du gouverneur. Sans navire et sans maître au-dessus de moi, j'étais libre — et vous l'étiez tous avec moi, que vous le vouliez ou non. La peur d'un homme acculé vaut dix hommes rassasiés.
Tant qu'une seule voile restait à flot, ces hommes-là rêvaient de retraite.
—Tu sais que sans elle, aucun de nous ne serait revenu. Comment se fit-il que cette femme nahuatl, Marina, devînt ta voix devant tous les seigneurs ?
Tu dis vrai, et tu fus témoin de combien de parlements où elle se tenait à mon côté. On me l'offrit comme esclave parmi d'autres, à Tabasco, mais elle parlait le nahuatl et le maya, et bientôt l'espagnol mieux qu'un clerc. Sans Marina, je n'eusse entendu des Tlaxcaltèques qu'un fracas de menaces ; par elle je sus qu'ils haïssaient Mexico plus encore que nous. Elle pesait les mots, devinait les pièges, m'avertissait des trahisons que les visages cachaient. Les Indiens m'appelaient du même nom qu'elle, tant ils nous croyaient une seule volonté. Une langue bien tenue m'a valu plus de victoires que toutes nos arquebuses réunies.
Une langue bien tenue m'a valu plus de victoires que toutes nos arquebuses réunies.
—Souviens-toi de la frayeur des Indiens devant nos montures. Crois-tu vraiment que c'est l'acier et la poudre qui nous donnèrent l'avantage ?
L'acier de Tolède, oui, tranchait là où leur obsidienne se brisait, et nos morions repoussaient leurs massues. Mais l'arme la plus terrible, Bernal, ce fut l'étonnement. Ils n'avaient jamais vu de cheval : un cavalier leur semblait une bête à deux têtes, un démon sorti de la mer. Le tonnerre de nos canons, la fumée, l'odeur du soufre — tout cela les frappait l'esprit avant de frapper la chair. Nous n'étions guère cinq cents, seize chevaux, quelques pièces. Contre des multitudes, jamais le nombre ne nous eût sauvés. C'est la terreur du jamais-vu qui nous tint lieu d'armée, le temps qu'ils comprissent que nous saignions comme eux.
C'est la terreur du jamais-vu qui nous tint lieu d'armée.
—Je n'oublierai jamais Moctezuma descendant de sa litière sous le dais de plumes vertes. Pourquoi avoir saisi ton hôte dans son propre palais ?
Toi qui marchais derrière moi sur la grande chaussée, tu sais quel vertige nous prit devant Tenochtitlan, plus vaste que nulle ville de Castille. Nous étions une poignée d'hommes au coeur d'une cité de deux cent mille âmes, sur une île, des ponts coupables de nous noyer d'un mot. Tenir Moctezuma entre nos mains, c'était tenir tout l'empire sans livrer bataille : un souverain captif commande encore, et son peuple obéit par habitude. Je le traitai en grand prince, non en prisonnier — mais je dormais l'épée sous la couche. Ce ne fut point cruauté, Bernal, ce fut la seule porte étroite entre nous et le massacre.
Tenir Moctezuma, c'était tenir tout l'empire sans livrer bataille.
—Cette nuit-là, le 30 juin 1520, nous fuyions dans l'eau et le sang. On dit que tu pleuras sous l'arbre. Est-ce vrai, Hernán ?
On a vu des choses, cette nuit, que je ne souhaite à aucun chrétien. La Noche Triste, tu l'as traversée comme moi : les ponts rompus, l'or qui entraînait les hommes au fond du lac, deux tiers des nôtres engloutis ou sacrifiés sur leurs autels. Au matin, sous le grand ahuehuete, oui, mes yeux furent humides — non de faiblesse, mais de rage et de deuil pour tant de braves. Mais un capitaine qui pleure doit, l'instant d'après, compter ce qui lui reste. Je relevai la tête, je comptai les vivants, les chevaux, et je pensai déjà au siège. Quinze mois plus tard, Tenochtitlan tombait. On ne bâtit rien de grand sans avoir d'abord tout failli perdre.
On ne bâtit rien de grand sans avoir d'abord tout failli perdre.

—Lorsque tu nous reçus dans le palais de Moctezuma, l'or coulait à flots. Cette richesse t'a-t-elle aveuglé, comme certains te le reprochaient déjà ?
Les présents qu'il nous fit, Bernal, dépassaient l'imagination : des disques d'or grands comme des roues, des coiffes de plumes de quetzal, des joyaux ouvragés que j'envoyai à Charles Quint pour qu'il vît la grandeur de ce qu'il gagnait. Mais l'or ne fut jamais ma seule faim, quoi qu'en dise la jalousie des hommes de Velázquez. Je voulais une terre, un nom, une oeuvre durable au service de Dieu et de l'empereur. L'or s'épand entre les doigts ; une Nueva España demeure. Ceux qui ne virent en moi qu'un avide n'ont jamais porté le poids d'une conquête où chaque once devait acheter la fidélité d'hommes affamés.
L'or s'épand entre les doigts ; une Nueva España demeure.
—Nos alliés indiens, les Tlaxcaltèques, marchaient par milliers à nos côtés. En vérité, fûmes-nous les conquérants, ou seulement leur lame ?
Question d'un homme qui a vu le champ de bataille, et non d'un clerc à Séville. Nous n'étions rien sans eux, je l'avoue entre nous : les Tlaxcaltèques nous donnèrent des dizaines de milliers de guerriers, des porteurs, du maïs, leurs villes pour repos. Ils haïssaient Mexico depuis des générations et virent en nous l'instrument de leur revanche. Mais une lame ne se manie pas seule : c'est nous qui sûmes lier ces peuples ennemis, négocier par Marina, choisir l'heure du siège. Ils combattaient leur vieille guerre ; moi, j'en faisais une autre, pour la Couronne. Disons que nous fûmes la tête, et eux le corps — et que ni l'un ni l'autre ne vainc séparé.
Nous fûmes la tête, et eux le corps — et ni l'un ni l'autre ne vainc séparé.

—Toi qui fondas Villa Rica avant même de marcher vers l'intérieur, dis-moi : savais-tu déjà que tu défiais le gouverneur Velázquez ?
Je le savais, et c'est pourquoi je pris soin des formes. En fondant Veracruz, je créai un conseil de ville, un cabildo, qui me nomma capitaine au nom direct du roi. Ainsi je ne relevais plus de Diego Velázquez, mais de Charles Quint lui-même. Tout fut consigné, scellé, envoyé par mes premières Cartas de Relación. Un homme prudent ne se révolte pas : il se rend nécessaire, puis il écrit à l'empereur avant que ses rivaux ne le fassent. Tu m'as vu rédiger ces lettres tard dans la nuit — ce n'était pas vanité, c'était ma cuirasse de papier contre les juges de Castille.
Un homme prudent ne se révolte pas : il se rend nécessaire.
—Après la chute de la cité, tu fis bâtir Mexico sur ses ruines, avec les pierres mêmes des temples. Pourquoi cette superposition, Hernán ?
Parce qu'une cité ne se conquiert pas seulement par l'épée, Bernal, mais par la mémoire qu'on y plante. Raser Tenochtitlan et fuir, c'eût été laisser un champ de ruines où la révolte aurait repoussé. J'ordonnai qu'on relevât la ville au même lieu, sur la trame ancienne, et que les pierres des temples servissent aux églises de la vraie foi. Là où l'on sacrifiait des hommes, on dirait désormais la messe. C'était pratique — les fondations existaient — et c'était symbole : la Nueva España naissait du corps même de l'ancien empire. Je voulais une capitale digne de l'empereur, non un tas de cendres.
Là où l'on sacrifiait des hommes, on dirait désormais la messe.
—Une dernière chose, mon capitaine. De tous ceux qui marchèrent avec toi, qui te manque le plus, en ces jours de Cuernavaca ?
Étrange demande de la part d'un vivant assis devant moi ! Mais je te réponds franchement, puisque c'est toi. Me manquent les braves tombés à la Noche Triste, ceux dont je n'ai même pu rendre les corps. Me manque cette ardeur des premiers jours, quand tout était à oser et que la cour ne nous avait pas encore enserrés de procès. Aujourd'hui je plaide, je compte mes terres, je guette les courriers de Castille — et ce vieux Velázquez lui-même me semble presque un compagnon, à présent que ses pareils me harcèlent. Garde mémoire de tout cela, Bernal. Les hommes oublient vite ce qu'ont coûté les grandes choses.
Les hommes oublient vite ce qu'ont coûté les grandes choses.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Hernán Cortés. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



