Interview imaginaire avec Joseph Staline
par Charactorium · Joseph Staline (1878 — 1953) · Politique · 5 min de lecture
C'est dans la salle à manger lambrissée de la datcha de Kountsevo, une nuit de l'hiver 1951, que Nikita Khrouchtchev se retrouve seul un instant avec le maître des lieux. Sur la longue table, les restes d'un dîner géorgien refroidissent ; un projecteur attend dans la pièce voisine que la bobine du soir soit montée. Khrouchtchev connaît ces nuits interminables depuis quinze ans — il en sort épuisé, jamais rassuré. Ce soir, profitant d'une rare accalmie, il pousse le vieux Koba à parler de lui-même.
—Koba, nous autres au Politburo t'imaginons mal en soutane. Comment le séminariste de Tiflis est-il devenu l'homme que je sers ?
Tu ris, Nikita, mais ma mère me voyait évêque. On m'a enfermé au séminaire orthodoxe de Tiflis pour faire de moi un prêtre obéissant. Les moines ne m'ont enseigné qu'une chose : comment surveiller, fouiller, punir — ils lisaient nos lettres, confisquaient nos livres. Alors j'ai lu Marx sous le pupitre, à la lueur d'une bougie, pendant qu'ils croyaient me dresser. En 1899, ils m'ont chassé pour mes idées. Ils m'ont rendu un service : un séminaire t'apprend la discipline, et la discipline sert aussi bien Dieu que la révolution. Toi qui viens des mines, tu comprends cela mieux qu'un intellectuel de salon.
Un séminaire t'apprend la discipline, et la discipline sert aussi bien Dieu que la révolution.
—Quand tu organisais les grèves et les braquages en Géorgie, en 1905, savais-tu déjà où cela te mènerait ?
Personne ne sait cela, Nikita. On ne choisit pas de devenir une montagne ; on commence par rouler quelques pierres. En 1905, je collectais l'argent pour le parti — par les grèves, et oui, par des moyens que les bourgeois appellent du brigandage. Le parti avait besoin de roubles, pas de scrupules. Lénine avait besoin d'hommes qui agissaient pendant que d'autres écrivaient des articles. J'étais de ceux-là. La Géorgie m'a appris que la théorie ne nourrit personne et qu'une révolution sans caisse meurt avant l'hiver. Ceux qui me reprochent ces années n'ont jamais eu à financer quoi que ce soit.
On ne choisit pas de devenir une montagne ; on commence par rouler quelques pierres.
—Tu as fait passer le pays de la charrue à l'acier. Mais le grain manquait, et tu le sais aussi bien que moi qui étais en Ukraine.
Regarde l'Allemagne, Nikita. En 1941, c'est notre acier qui a tenu, pas nos prières. Quand j'ai lancé le premier plan quinquennal en 1928, on nous donnait dix ans pour rattraper un siècle de retard, ou bien on nous écrasait. J'ai choisi l'enclume plutôt que le cercueil. La collectivisation, les kolkhozes, la lutte contre les koulaks — ce fut dur, je ne le cache pas à un homme qui y était. Des régions ont souffert, l'Ukraine la première. Mais un paysan qui garde son grain pendant que la ville crève de faim n'est pas un innocent. L'histoire ne pardonne pas la faiblesse ; elle ne pardonne que la victoire.
J'ai choisi l'enclume plutôt que le cercueil.
—Koba, je t'ai vu signer ces listes pendant les années 1936-1938. Comment un homme tient-il une telle plume sans trembler ?
Tu m'as vu, oui, et tu n'as rien dit — c'est cela aussi, le pouvoir. On parle des listes comme d'une cruauté de ma main. Mais qu'aurais-tu fait, Nikita ? Le pays était cerné : espions à l'Ouest, traîtres à l'intérieur, des hommes qui souriaient au Congrès et complotaient le soir. Quand tu signes pour la sûreté de l'État, tu ne signes pas un nom, tu signes une frontière. Le NKVD m'apportait les dossiers ; je tranchais. Un chirurgien qui hésite tue le malade. On me jugera dur — qu'on me juge. J'aurai laissé un État debout là où d'autres auraient laissé des ruines polies par les regrets.
Quand tu signes pour la sûreté de l'État, tu ne signes pas un nom, tu signes une frontière.
—Et ces vieux bolcheviks aux procès de Moscou — Zinoviev, Boukharine, des compagnons de Lénine. Là, le couteau n'était-il pas trop près de nous ?
Près de nous, justement, Nikita — voilà pourquoi il fallait frapper. Le danger ne vient jamais de l'ennemi lointain ; il vient de l'ami qui connaît tes faiblesses. Boukharine était brillant, Zinoviev habile, et c'est précisément ce qui les rendait dangereux. Un ennemi du peuple n'a pas toujours un fusil ; parfois il n'a qu'une influence, un réseau, une réputation héritée de Lénine. J'ai préféré une terreur qui dure deux ans à une scission qui aurait livré le pays. Ne crois pas que cela me fut léger. Mais un capitaine qui aime trop son équipage coule avec son navire.
Le danger ne vient jamais de l'ennemi lointain ; il vient de l'ami qui connaît tes faiblesses.

—Le 22 juin 1941, l'Allemagne a déferlé. Ton silence des premiers jours nous a effrayés. Qu'as-tu vécu avant ton discours du 3 juillet ?
On raconte beaucoup de choses sur ces jours, Nikita. La vérité est plus simple : il fallait mesurer le désastre avant de parler, car un chef qui parle dans la panique répand la panique. Le 3 juillet, j'ai pris la radio et je n'ai pas commencé par camarades. J'ai dit : frères et sœurs, mes amis. Pour la première fois, je parlais non au parti, mais à la terre russe entière, à ceux qui n'avaient jamais ouvert Marx. Il y a des heures où l'idéologie doit se taire et où seul le sang qui nous lie compte. Ce jour-là, j'ai cessé d'être un secrétaire général pour devenir la voix d'un peuple en guerre.
Il y a des heures où l'idéologie doit se taire et où seul le sang qui nous lie compte.
—À Stalingrad, la ville portait ton nom. Quel poids cela mettait-il sur tes épaules pendant l'hiver 1942?
Un nom sur une ville, Nikita, ce n'est pas un honneur, c'est une dette. Stalingrad ne pouvait pas tomber, parce que sa chute aurait été ma chute aux yeux du monde et, pire, aux yeux de nos soldats. Toi qui étais sur le front du Sud, tu sais ce que coûtait chaque maison, chaque cave. J'ai exigé qu'on ne recule plus d'un pas, et on m'a obéi jusqu'à la mort. Quand Paulus s'est rendu en février, ce n'était pas seulement une bataille gagnée : c'était la preuve que la machine allemande pouvait se briser. Là-bas, sur la Volga, la guerre a changé d'épaule.
Un nom sur une ville, ce n'est pas un honneur, c'est une dette.

—À Yalta, en 1945, face à Roosevelt et Churchill, on t'a dit d'un calme glaçant. Comment as-tu tenu cette table ?
On gagne une négociation avant d'entrer dans la salle, Nikita, par les armées qu'on a derrière soi. À Yalta, l'Armée rouge était déjà sur la Vistule ; mes deux interlocuteurs le savaient, et cela parlait pour moi. J'arrivais à l'heure, je souriais peu, je laissais Churchill discourir et Roosevelt chercher mon amitié. Quand on désire votre approbation, vous tenez déjà la moitié de l'accord. J'ai obtenu l'Est de l'Europe parce que mes soldats y campaient, non parce que j'étais aimable. L'uniforme blanc de Généralissime que j'ai porté ensuite n'était que le costume d'une chose acquise dans la boue et le froid.
On gagne une négociation avant d'entrer dans la salle, par les armées qu'on a derrière soi.
—Koba, nous tous au Politburo redoutons ces dîners qui s'éternisent ici, à Kountsevo. Pourquoi gouvernes-tu ainsi, la nuit, à table ?
Parce que la nuit, Nikita, les hommes baissent la garde, et un dirigeant doit connaître ses hommes mieux qu'ils ne se connaissent eux-mêmes. À ces dîners, je vous observe : qui boit trop, qui surveille son voisin, qui ment en riant. Le jour est fait pour les rapports ; la nuit, pour les vérités. Je me lève tard, je travaille quand Moscou dort, j'appelle mes généraux à trois heures du matin — l'État ne ferme jamais l'œil, donc moi non plus. Et oui, je vous fais boire. Un homme ivre est un homme sincère, et la sincérité, dans mon entourage, est une denrée que je dois extorquer.
Le jour est fait pour les rapports ; la nuit, pour les vérités.
—Tu nous retiens souvent jusqu'à l'aube devant tes films. D'où te vient cette passion du cinéma, toi qu'on croit de marbre ?
On me croit de marbre, Nikita, et c'est très bien ainsi — le marbre ne saigne pas. Mais oui, j'aime le cinéma, et pas seulement pour le plaisir. Un film entre dans une âme par où aucun discours ne passe. Un écrivain est un ingénieur des âmes ; un cinéaste l'est plus encore, car l'image n'a pas besoin de savoir lire. Je visionne tout, je coupe, j'approuve, parfois jusqu'au matin, parce que ce que le peuple verra sur l'écran, il finira par le croire. Te garder ici près de moi, à regarder ces bobines, c'est aussi une façon de te tenir sous mon regard. Ne le prends pas mal : c'est le métier.
Un film entre dans une âme par où aucun discours ne passe.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Joseph Staline. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


