Interview imaginaire

Les enfants interrogent Julia Kristeva

par Charactorium · Julia Kristeva (1941 — ?) · Philosophie · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Julia Kristeva
Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — Pedro Ribeiro Simões from Lisboa, Portugal

Deux jeunes visiteurs, en classe découverte à Paris, poussent la porte du bureau d'une dame aux murs couverts de livres. Elle repose sa plume, sourit, et les invite à s'asseoir près de la fenêtre. "Posez-moi toutes vos questions," dit-elle doucement.

Vous aviez quel âge quand vous êtes arrivée à Paris, toute seule ?

Tu sais, mon enfant, j'avais tout juste 24 ans. C'était en décembre 1965, il faisait froid. Imagine : je descends du train, je viens de Sliven, une petite ville de Bulgarie, et je parle à peine le français. Une bourse du gouvernement français m'avait payé le voyage. J'avais dans ma poche l'adresse d'un professeur, Roland Barthes. J'allais m'asseoir dans son séminaire, rue de Tournon. Le cœur me battait très fort ! Autour de moi, tout le monde parlait vite, citait des livres que je ne connaissais pas. J'ai serré les dents, et j'ai écouté. Écouter, c'est déjà apprendre.

Écouter, c'est déjà apprendre.

Ça faisait pas peur, d'être toute nouvelle chez des gens si savants ?

Bien sûr que j'avais peur ! Imagine une petite fille de province lâchée au milieu des plus grands esprits de la ville. Mais j'avais un secret : dans mon école, à Sliven, des religieuses m'avaient appris le français dès l'enfance. Alors les mots venaient, doucement. Et puis, tu sais, quand on vient d'ailleurs, on regarde tout avec des yeux neufs. Les autres ne voyaient plus ce qui les entourait ; moi, je le découvrais. En quelques mois, dans les cafés de Saint-Germain, on a commencé à m'écouter. La peur ne disparaît pas. On apprend juste à travailler avec elle à côté de soi.

Quand on vient d'ailleurs, on regarde tout avec des yeux neufs.

C'est quoi votre grande idée, celle qu'on apprend au lycée ?

Ah, tu veux parler de l'intertextualité ! C'est un grand mot, mais l'idée est toute simple. Écoute bien. Quand tu écris une histoire, tu crois inventer tout seul. Mais en vrai, tu mélanges des contes qu'on t'a lus, des chansons, des phrases entendues. Un texte, c'est comme une soupe faite avec plein d'autres textes ! Voilà ce que veut dire intertextualité : aucun livre n'est vraiment tout neuf. J'ai trouvé ça vers 1966, en lisant un savant russe, Bakhtine, presque inconnu chez nous. Aujourd'hui on l'apprend dans toutes tes classes. Ça me fait sourire, tu sais.

Un texte, c'est une soupe faite avec plein d'autres textes.

Comment vous avez découvert ce monsieur Bakhtine que personne connaissait ?

Par chance, et par le russe ! J'avais grandi à l'Est ; je lisais ses livres dans leur langue d'origine, ce que presque personne ne faisait ici. Imagine : je tenais entre mes mains des idées immenses, endormies dans une langue que les savants parisiens ne lisaient pas. Bakhtine disait qu'une phrase répond toujours à une autre phrase. Que parler, c'est dialoguer, même seul. J'ai écrit un article dans une revue qui s'appelait Tel Quel, en 1967, pour faire connaître sa pensée. Transmettre l'idée d'un autre, ce n'est pas voler. C'est faire passer un flambeau de main en main.

Transmettre l'idée d'un autre, c'est faire passer un flambeau.

C'est vrai que vous aviez deux métiers en même temps ?

C'est tout à fait vrai, et c'était épuisant ! Écoute ma journée. Je me levais à six heures, dans le noir, pour écrire mes livres avant que le monde ne se réveille. Un café noir, et hop, au travail. L'après-midi, j'enseignais à l'université, puis je devenais autre chose : une psychanalyste. Sais-tu ce que c'est ? Quelqu'un qui écoute les gens raconter leurs peines et leurs rêves, allongés sur un divan. J'écoutais leurs mots pour les aider à aller mieux. Et ces mots-là nourrissaient mes livres. Le matin je pensais, l'après-midi j'écoutais des cœurs. Deux métiers, mais une seule passion : le langage.

Le matin je pensais, l'après-midi j'écoutais des cœurs.
Julia Kristeva p1200568
Julia Kristeva p1200568Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — David Monniaux

Ça vous servait à quoi, d'écouter tous ces gens tristes ?

Bonne question, mon enfant. Écouter les gens souffrir, ça m'a appris comment marche l'intérieur d'une personne. Certains venaient si tristes qu'ils n'avaient plus goût à rien. J'appelle ça la mélancolie, une grande tristesse qui colle à la peau. J'en ai fait un livre, Soleil noir, en 1987 — un beau titre pour une chose sombre, tu ne trouves pas ? J'ai remarqué que beaucoup d'artistes, comme le poète Nerval, transformaient cette peine en œuvres magnifiques. La douleur ne disparaît pas, mais on peut la changer en quelque chose de beau. C'est ce que fait un poème, ou un dessin. Ou même une simple lettre.

La douleur ne disparaît pas, mais on peut la changer en beauté.

Vous êtes déjà allée dans un pays très loin, pour votre travail ?

Oui ! En 1974, je suis partie en Chine, très loin vers l'Est. Nous étions un petit groupe d'amis de la revue Tel Quel : mon mari Philippe Sollers, mon vieux maître Roland Barthes, et un autre encore. Imagine un immense pays qu'on connaissait à peine, où tout le monde portait le même habit bleu. Nous étions pleins d'espoir, on croyait voir naître un monde meilleur. Mais nous nous sommes trompés sur beaucoup de choses. On ne voyait que ce qu'on voulait voir. C'est une leçon que je garde : même les gens intelligents peuvent se raconter de belles illusions.

Même les gens intelligents peuvent se raconter de belles illusions.

Pourquoi vous vous êtes trompés, si vous étiez si savants ?

Parce que le savoir ne protège pas du rêve, tu sais. Nous voulions tellement croire à un monde plus juste que nous fermions à moitié les yeux. C'est comme quand tu adores tant un ami que tu ne vois plus ses défauts. Nous, la revue Tel Quel, nous avons soutenu des idées politiques, puis nous avons changé d'avis, plusieurs fois. Ce n'est pas une honte de se tromper. La honte, c'est de refuser ensuite d'y réfléchir. J'ai appris à me méfier de mon propre enthousiasme. Douter un peu de soi-même, mon enfant, c'est le début de la sagesse.

Douter un peu de soi-même, c'est le début de la sagesse.
Julia Kristeva à Paris en 2008
Julia Kristeva à Paris en 2008Wikimedia Commons, Public domain — photo2008

Ça vous manquait, votre pays, quand vous viviez en France ?

Toujours un peu, oui. Le goût du yaourt épais de mon enfance, les légumes marinés de Sliven... ces saveurs revenaient parfois dans ma cuisine parisienne. Être étranger, c'est porter deux maisons en soi. Mais tu sais, j'en ai fait un livre, Étrangères à nous-mêmes, en 1988. J'y ai écrit une phrase que j'aime beaucoup : « L'étranger est en nous. » Cela veut dire qu'au fond de chacun de nous, même toi, il y a une part inconnue, mystérieuse, un petit étranger caché. Alors quand on a peur de celui qui vient d'ailleurs, on a un peu peur de soi-même. Comprendre ça rend plus doux.

Quand on a peur de l'étranger, on a un peu peur de soi-même.

On a dit des choses méchantes sur vous, une fois. C'était dur ?

Oui, ce fut très douloureux. En 2018, de vieux papiers secrets de Bulgarie sont sortis. On y disait que, jeune, j'aurais aidé la police du régime communiste de mon pays. Ce n'est pas vrai, et je l'ai dit haut et fort. Imagine qu'on raconte sur toi une histoire que tu ne reconnais pas, et que le monde entier l'entende. C'est comme se voir dans un miroir déformé. Quand on vient d'un pays qui a connu la peur et le contrôle, on reste toujours un peu suspect aux yeux des autres. Alors je me suis défendue avec mes seules armes : les mots, et la vérité.

On m'a tendu un miroir déformé ; j'ai répondu avec la vérité.

Si vous aviez un conseil à nous donner, à nous les enfants, ce serait quoi ?

Aimez les mots, mes petits. Vraiment. Un mot bien choisi peut consoler, réveiller, changer une vie. Toute ma vie, du matin à la fenêtre jusqu'au divan de l'après-midi, je n'ai fait que ça : écouter comment les mots portent nos joies et nos peines. J'étais une petite Bulgare arrivée sans rien, avec une seule richesse : le désir d'apprendre. Ce désir m'a menée plus loin que je n'aurais osé rêver. Lisez beaucoup, même ce que vous ne comprenez pas encore. Un jour, ça s'éclaire. Et posez toujours des questions, comme aujourd'hui. Les questions, voyez-vous, valent parfois mieux que les réponses.

Les questions valent parfois mieux que les réponses.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Julia Kristeva. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.