Interview imaginaire avec Junko Tabei
par Charactorium · Junko Tabei (1939 — 2016) · Exploration · 5 min de lecture
Tokyo, automne 2015. Dans une maison de banlieue où un piano occupe encore le salon, Junko Tabei reçoit, une tasse de thé fumant entre les mains, un foulard noué sur des cheveux que la maladie a éclaircis. Derrière elle, accrochés au mur, un piolet usé et la photographie d'un sommet blanc qui changea sa vie.
—Comment avez-vous découvert la montagne, vous qui veniez d'une petite ville du nord ?
J'avais dix ans, à Miharu, dans la préfecture de Fukushima, lorsqu'une sortie scolaire m'a menée sur les pentes du mont Nasu. J'étais une enfant frêle, souvent malade, et voilà que la montagne m'offrait quelque chose que la salle de classe ne m'avait jamais donné : un effort qui ne récompensait ni le plus rapide ni le plus fort, seulement le plus patient. Plus tard, à l'université, j'ai rejoint un club d'escalade, et un instructeur m'a lancé que les femmes n'étaient pas faites pour grimper. Je n'ai pas répondu. J'ai simplement continué à poser un pied devant l'autre sur la roche, parce que la pierre, elle, ne m'avait jamais demandé si j'étais une fille.
La pierre ne m'avait jamais demandé si j'étais une fille.
—Pourquoi avoir fondé un club d'alpinisme exclusivement féminin en 1969 ?
Parce que dans les clubs mixtes de l'époque, on nous confiait le thé et la cuisine du camp pendant que les hommes montaient en tête. J'en avais assez d'attendre en bas. En 1969, j'ai fondé le Ladies Climbing Club Japan, le premier du genre dans le pays, avec une devise que j'avais choisie comme un drapeau : Allons dans les montagnes étrangères. Nous étions des employées de bureau, des mères, des professeures, et nous nous retrouvions le week-end pour apprendre à nous encorder seules, à planter nos propres pitons. On nous regardait comme des excentriques. Mais une cordée de femmes qui ne dépend de personne, voyez-vous, c'est déjà une petite révolution avant même d'avoir atteint le moindre sommet.
J'en avais assez d'attendre en bas.
—Que s'est-il passé ce 6 avril 1975, sur les pentes de l'Everest ?
Nous dormions sous la tente de haute altitude, à 6 300 mètres, quand l'avalanche nous a englouties. Je me souviens d'un grondement, puis du néant : la neige m'a clouée au sol, pliée sous le poids du camp effondré. Je suis restée inconsciente près de six minutes, jusqu'à ce que les sherpas creusent à mains nues et me tirent de là par les chevilles. J'avais le corps meurtri, les jambes à peine valides. On m'a crue finie pour l'expédition. Mais douze jours plus tard, je repartais vers le haut. Ce n'était pas du courage, croyez-moi ; c'était l'entêtement d'une femme qui avait trop attendu cette montagne pour la laisser à une avalanche.
Ce n'était pas du courage ; c'était l'entêtement d'une femme qui avait trop attendu cette montagne.
—Vous souvenez-vous de l'instant précis où vous avez atteint le sommet ?
Le 16 mai 1975, à midi passé, avec le sherpa Ang Tsering à mes côtés, il n'y avait plus rien au-dessus de nous. La zone de la mort rend l'esprit lent, le souffle court derrière le masque à oxygène, et je n'ai pas ressenti l'exaltation qu'on imagine. J'ai surtout pensé : enfin, je peux m'asseoir. On a beaucoup écrit que j'étais la première femme au toit du monde, mais je ne suis pas montée pour cela. Comme je l'ai dit plus tard, « je ne voulais pas être la première femme au sommet de l'Everest. Je voulais simplement gravir l'Everest. Le fait d'être une femme était une circonstance, pas un but. » Le titre, ce sont les autres qui me l'ont accroché au retour.
Le fait d'être une femme était une circonstance, pas un but.
—Comment avez-vous vécu l'accueil triomphal qui vous attendait au Japon ?
On m'a reçue en héroïne nationale, reçue même par le roi Birendra du Népal. Les journaux faisaient de moi un symbole, et je trouvais cela un peu étrange, presque embarrassant. J'avais grimpé pour mon propre plaisir, pas pour porter un pays ou un genre sur mes épaules. Et puis il y avait cette vérité que je refusais d'oublier : sans les sherpas qui m'avaient déterrée de l'avalanche, il n'y aurait eu aucun sommet. L'alpinisme reste une aventure collective, même quand une seule personne pose le pied au point le plus haut. Recevoir tous les honneurs pour un exploit que d'autres mains avaient rendu possible, cela me semblait une comptabilité injuste.
L'alpinisme reste une aventure collective, même quand une seule personne pose le pied au point le plus haut.

—Comment menait-on une vie de mère et de professeure de piano tout en planifiant des expéditions himalayennes ?
On ne le menait pas élégamment, je vous l'assure. Entre deux ascensions, je donnais des cours de piano aux enfants du quartier, dans notre maison de banlieue tokyoïte, parce qu'il fallait bien financer les bouteilles d'oxygène et les billets d'avion. J'ai élevé mes enfants entre les carnets de montagne couverts de calculs d'itinéraires et les partitions. Beaucoup pensaient qu'une femme devait choisir : la famille ou les sommets. Moi je cousais nos pantalons d'expédition avec de vieilles housses de voiture pour économiser, et je rentrais à temps pour le dîner. Une vie ordinaire et des ambitions démesurées ne s'excluent pas ; elles cohabitent, simplement, dans une fatigue heureuse.
Une vie ordinaire et des ambitions démesurées ne s'excluent pas ; elles cohabitent dans une fatigue heureuse.
—Que représentait pour vous le défi des Sept Sommets, achevé en 1992 ?
Dix-sept ans de patience, voilà ce que cela représentait. Le concept des Sept Sommets — gravir le point culminant de chaque continent — venait à peine d'être popularisé quand je m'y suis attelée. Du Kilimandjaro à l'Aconcagua, de l'Elbrouz au Puncak Jaya d'Indonésie où j'ai bouclé la série en 1992, chaque montagne exigeait une organisation logistique et financière colossale. Et entre chacune, je revenais à mes élèves, à ma cuisine, à mes factures. Je suis devenue la première femme à compléter cette collection de cimes, mais ce que j'en retiens, ce n'est pas le record : c'est la lente accumulation, saison après saison, mousson après mousson, d'une vie tenue par les deux bouts.
Ce que j'en retiens, ce n'est pas le record : c'est la lente accumulation, saison après saison.

—Qu'est-ce que la haute altitude vous a appris sur vous-même ?
Qu'on y devient terriblement petit. Au-dessus de 8 000 mètres, dans la zone de la mort, le corps se consume plus vite qu'il ne se nourrit, et chaque pas coûte une volonté absurde. On fait fondre de la neige sur le réchaud pour boire, on avale une soupe miso lyophilisée sans appétit, on dort mal sous la tente battue par le vent. La montagne ne vous hait pas, mais elle ne vous aime pas non plus : elle est parfaitement indifférente. Et dans cette indifférence, j'ai trouvé une forme de paix. Comme je l'ai dit un jour, les montagnes ne font pas de discrimination ; elles posent les mêmes défis à chacun. Ce sont nos sociétés qui inventent des frontières là où la roche n'en connaît aucune.
La montagne ne vous hait pas, mais elle ne vous aime pas non plus : elle est parfaitement indifférente.
—Pourquoi avoir tourné, dans les années 2000, vers la défense de l'environnement montagnard ?
Parce qu'en redescendant des plus belles montagnes du monde, j'y voyais désormais autre chose que la beauté : les déchets. Les voies d'ascension les plus fréquentées sont devenues des décharges d'altitude, jonchées de bouteilles vides et d'emballages. Sur le mont Fuji, notre montagne sacrée, j'ai organisé des opérations de nettoyage en y associant des écoles et des associations. À 2000, j'ai même passé un master en sciences de l'environnement, parce que je voulais que ma colère s'appuie sur du savoir et non sur de l'indignation seule. On ne peut pas se prétendre amoureux des sommets et les laisser s'étouffer sous nos détritus.
On ne peut pas se prétendre amoureux des sommets et les laisser s'étouffer sous nos détritus.
—Que diriez-vous aux jeunes filles qui, aujourd'hui encore, hésitent à se lancer ?
Je leur dirais ce qu'aucun instructeur ne m'a dit quand j'avais leur âge : la montagne vous attend, et elle se moque bien de votre sexe. Quand j'ai écrit Hohoemi no Himalaya, le sourire de l'Himalaya, je voulais leur transmettre cela — non pas un exploit à imiter, mais une autorisation à se mettre en route. On n'a pas besoin d'être la plus forte ; j'étais une enfant chétive de Fukushima. Il faut seulement ne pas s'arrêter. Posez un pied, puis l'autre. Le sommet n'est qu'une succession de pas obstinés, et chacun de ces pas, une femme peut le faire aussi bien qu'un homme, parfois mieux, parce qu'on a moins souvent le luxe d'abandonner.
Le sommet n'est qu'une succession de pas obstinés.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Junko Tabei. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.
