Interview imaginaire avec Junko Tabei
par Charactorium · Junko Tabei (1939 — 2016) · Exploration · 5 min de lecture
C'est dans une petite auberge de Katmandou, à l'automne 1975, que Ang Tsering retrouve Junko Tabei, quelques mois après leur retour de l'Everest. Dehors, les drapeaux de prière claquent dans le vent froid qui descend de l'Himalaya, et l'odeur du thé au beurre flotte entre eux. Le sherpa et l'alpiniste ont partagé la corde, l'avalanche et le sommet ; il vient ce jour-là, simplement, écouter celle qu'il a vue revenir d'entre les morts. Ils n'ont plus besoin de protocole pour se parler.
—Junko, tu te souviens de ce matin du 6 avril, à 6 300 mètres ? Quand nous t'avons sortie de la neige, tu ne respirais presque plus.
Comment l'oublier, Ang Tsering ? Je dormais sous la tente de haute altitude quand le mur de neige nous a engloutis. On m'a dit ensuite que j'étais restée six minutes sans connaissance, écrasée par mes coéquipières et le poids du camp effondré. Je n'ai aucun souvenir du noir, seulement tes mains et celles des autres sherpas qui creusaient, qui tiraient, qui m'ont ramenée à l'air. Quand j'ai rouvert les yeux, ma première pensée n'a pas été la peur, mais le sommet : était-il encore possible ? Mon corps était meurtri, mes jambes à peine vaillantes. J'ai attendu douze jours, puis j'ai repris la montée. On ne survit pas à une avalanche pour redescendre.
On ne survit pas à une avalanche pour redescendre.
—Beaucoup auraient renoncé après cela. Qu'est-ce qui t'a fait remonter, alors que ton corps te suppliait de rentrer au Japon ?
Tu poses la question comme si la réponse était héroïque, mais elle ne l'est pas. Je n'avais pas envie de mourir, et pourtant je n'avais pas envie de m'arrêter. C'est difficile à expliquer à quelqu'un qui ne grimpe pas, mais toi tu sais. La montagne ne nous punit pas par méchanceté ; elle nous teste sans nous haïr. Après l'avalanche, j'ai compris que la peur ne servait à rien là-haut : elle gèle les mains et brouille le jugement. Alors je l'ai posée de côté, comme on pose un sac trop lourd. J'avais une équipe qui comptait sur moi, des femmes qui avaient économisé chaque yen pour ce voyage. Renoncer aurait trahi bien plus que mon propre désir.
—Le 16 mai, à midi trente-cinq, nous avons posé le pied au sommet ensemble. Que s'est-il passé en toi à cet instant exact ?
Moins que ce que les journaux ont imaginé, mon ami. Il faisait un froid coupant, le ciel était d'un bleu presque noir, et j'étais surtout épuisée. Je n'ai pas pensé : je suis la première femme. J'ai pensé : il n'y a plus rien au-dessus, il faut redescendre vivante. Tu étais là, à mes côtés, et c'est ce dont je me souviens le mieux : nous deux, sur ce point minuscule où la Terre s'arrête. Je ne voulais pas être la première femme au sommet de l'Everest. Je voulais simplement gravir l'Everest. Le fait d'être une femme était une circonstance, pas un but. Le reste — les honneurs, le roi du Népal, les foules au Japon — est venu après, et m'a souvent gênée plus qu'il ne m'a réjouie.
Je voulais simplement gravir l'Everest. Le fait d'être une femme était une circonstance, pas un but.
—Au Japon, on t'a reçue en héroïne nationale. Toi qui es si discrète, comment as-tu vécu ce vacarme autour de ton nom ?
Mal, je l'avoue. On voulait faire de moi un drapeau, et je ne suis pas un drapeau. J'ai grimpé pour mon propre plaisir, pour cette joie simple de mettre un pied devant l'autre dans un endroit où personne d'autre ne va. Je n'ai pas grimpé pour représenter le Japon, ni toutes les femmes du monde. Quand on me présentait comme la fierté de la nation, je pensais à toi, aux autres sherpas, à mes onze compagnes de l'expédition. Le sommet n'a pas été l'œuvre d'une seule personne dressée sur une cime. Une seule y est montée, mais nous étions des dizaines à la porter. La gloire individuelle est un mensonge confortable que les foules aiment se raconter.

—Avant l'Everest, il y a eu le club. On raconte qu'un instructeur t'avait dit, jeune fille, que les femmes n'étaient pas faites pour l'escalade.
C'est vrai, et il n'était pas le seul à le penser. Dans le Japon de ma jeunesse, une femme qui grimpait était soit cherchait un mari parmi les hommes du club, soit une excentrique. On me regardait de travers, on me prêtait des intentions que je n'avais pas. Plutôt que de discuter sans fin, j'ai préféré bâtir. En 1969, j'ai fondé le Ladies Climbing Club Japan, le premier club entièrement féminin du pays, avec une devise simple : allons dans les montagnes étrangères. Les montagnes ne font pas de discrimination ; elles posent les mêmes défis à chacun. Ce sont les sociétés humaines qui tracent des frontières entre ce que les femmes et les hommes peuvent accomplir. Le club fut ma réponse, pas un discours, mais un fait.
Les montagnes ne font pas de discrimination. Ce sont les sociétés humaines qui tracent des frontières.
—Réunir des femmes pour une expédition himalayenne, dans ces années-là, devait coûter cher et soulever bien des obstacles. Comment avez-vous tenu ?
À force d'entêtement et de débrouille. Aucun grand mécène ne se bousculait pour financer une troupe de femmes vers l'Everest. Nous avons cousu nos propres gants, récupéré des matériaux, économisé chaque sen. Certaines donnaient des cours, d'autres vendaient ce qu'elles pouvaient. On nous demandait pourquoi nous ne restions pas auprès de nos familles — comme si une femme ne pouvait avoir qu'une seule vie à la fois. Nous avons prouvé le contraire en montant l'Annapurna III en 1972, pour nous préparer. Chaque sommet féminin rendait le suivant un peu moins impensable. Ce que je voulais transmettre à ces jeunes femmes, ce n'était pas seulement la technique de la corde, c'était l'idée que l'horizon leur appartenait aussi.

—Tu es mère, et tu enseignes le piano à des enfants. Comment concilies-tu cette vie de famille ordinaire avec ces longues expéditions ?
On me pose souvent cette question, et jamais aux hommes alpinistes, tu l'as remarqué ? Oui, je suis mère, oui, j'enseigne le piano dans notre maison de la banlieue de Tokyo — et c'est en partie ce piano qui finance mes ascensions. Il n'y a pas de contradiction. Le matin, je prépare le repas de mes enfants ; quelques semaines plus tard, je fais fondre de la neige pour un thé à 7 000 mètres. Les deux font partie de la même femme. Je ne crois pas qu'il faille choisir entre une vie enracinée et de grandes ambitions. Mes enfants m'ont vue partir et revenir ; ils ont appris qu'une mère peut avoir un horizon. C'est peut-être le plus utile que je leur transmettrai.
—Tu parles déjà de gravir le plus haut sommet de chaque continent. D'où te vient cette idée de courir le monde entier ?
Une fois l'Everest derrière soi, on pourrait croire qu'il ne reste rien. Mais chaque continent a sa montagne reine, et chacune raconte une terre différente : les glaces de l'Antarctique, les forêts d'Afrique, les Andes. L'idée des sept sommets est récente, on en parle depuis peu, et elle me séduit non pour la performance mais pour le voyage qu'elle impose. Cela me demandera des années, je le sais, et beaucoup d'argent que je n'ai pas encore. Je m'y prendrai morceau par morceau, entre les leçons de piano et l'école des enfants. Ce ne sera pas un sprint, ce sera une vie patiemment cousue d'ascensions. Je préfère ainsi : la hâte est l'ennemie de la montagne.
—Dernière chose, Junko. Tu m'as confié là-haut ton inquiétude pour les déchets sur les voies. Cette colère-là, elle te suit jusqu'en bas ?
Elle me suit partout, Ang Tsering, et elle grandit. Tu as vu comme moi ce qui s'accumule désormais sur les itinéraires les plus fréquentés : bouteilles vides, tentes abandonnées, cordes pourries. Nous venons chercher dans ces montagnes une pureté que nous salissons de nos propres mains. Cela me révolte. Quand mes jambes ne me porteront plus vers les cimes, je veux consacrer le reste à les défendre — organiser des nettoyages, au mont Fuji d'abord, qui est tant piétiné. Peut-être étudierai-je même l'environnement sérieusement, pour parler avec autorité et non seulement avec passion. Une montagne nous accueille pour un instant ; nous lui devons de la laisser intacte. Le vrai sommet, ce n'est pas d'y monter, c'est de savoir y renoncer pour la préserver.
Une montagne nous accueille pour un instant ; nous lui devons de la laisser intacte.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Junko Tabei. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.
