Les enfants interrogent Kartini
par Charactorium · Kartini (1879 — 1904) · Lettres · Société · 4 min de lecture

Ce matin-là, deux élèves de cinquième poussent la porte d'une vieille demeure aux cours ombragées, quelque part sur l'île de Java. Une jeune femme en blouse brodée les attend, un paquet de lettres posé près d'elle. Elle sourit : cela fait longtemps qu'on ne lui avait pas posé de questions.
—Vous étiez qui, dans votre famille, quand vous étiez petite fille ?
Tu sais, mon enfant, je suis née dans une famille très respectée. Mon père était bupati de Jepara — c'est-à-dire régent, une sorte de gouverneur local qui obéissait aux Hollandais. Nous appartenions aux priyayi, la noblesse de Java. Imagine une grande maison avec des pavillons ouverts sans murs, qu'on appelle pendopo, et le soir la musique douce du gamelan, ces instruments de percussion. C'était beau, mais c'était aussi une cage. On m'appelait Raden Adjeng, un titre de jeune fille noble. Ce titre m'ouvrait des portes… et m'en fermait beaucoup d'autres. Être bien née, ce n'est pas toujours être libre.
Être bien née, ce n'est pas toujours être libre.
—Vous aviez quel âge quand on vous a enfermée dans la maison ?
J'avais douze ans. Avant, j'allais à l'école hollandaise du village, j'apprenais à lire, je riais avec d'autres enfants. Et puis un jour, tout s'est arrêté. Chez nous, quand une fille noble devenait grande, on la soumettait au pingitan : on l'enfermait dans l'enceinte de la maison jusqu'à son mariage. Plus de sorties, plus d'école, plus de dehors. Imagine qu'on te dise : « à partir d'aujourd'hui, tu ne franchiras plus cette porte. » J'ai eu l'impression qu'on éteignait une lumière en moi. Mais tu sais ce qui est étrange ? C'est dans cette prison que ma volonté de me battre est née.
—Enfermée comme ça, vous n'étiez pas trop seule et triste ?
Si, souvent. Mais j'avais une chose précieuse : une amie très loin, aux Pays-Bas, qui s'appelait Stella. On ne s'est jamais vues. On s'écrivait des lettres, longues, brûlantes. Dès 1899, je lui ai ouvert mon cœur. Un jour je lui ai écrit : « je veux être libre, je veux pouvoir vivre indépendante, ne dépendre de personne. » Écrire ces mots, c'était déjà respirer un peu. Mes livres et mes revues venus de Hollande étaient ma fenêtre sur le monde. Enfermée, oui — mais mon esprit, lui, voyageait partout.
Écrire ces mots, c'était déjà respirer un peu.
—Pourquoi vous écriviez dans la langue des gens qui vous commandaient ?
Bonne question, ça m'a longtemps troublée. J'écrivais en néerlandais, la langue des colons hollandais qui dirigeaient nos îles. Certains trouvaient ça bizarre. Mais réfléchis : c'était la seule langue où je pouvais lire les grands auteurs, discuter d'idées nouvelles, dire ma colère. J'ai retourné leur langue contre leur injustice. Avec ma plume et mon encrier, je posais des questions gênantes sur cette domination qui écrasait mon peuple. Je lisais leurs poètes, leurs journaux, et je m'en servais pour penser plus loin. L'outil du maître peut devenir l'arme de celui qui rêve d'être libre.
L'outil du maître peut devenir l'arme de celui qui rêve d'être libre.
—Vous vous habilliez comment, et ça sentait quoi chez vous le matin ?
Le matin, il y avait l'odeur du riz qui cuit — le nasi — avec du tempeh, du tofu, des légumes sautés au piment et au lait de coco. Des fruits aussi : mangoustan, papaye. Je portais la kebaya, une blouse brodée en coton ou en soie, et un sarong en batik aux motifs javanais. C'est notre beau vêtement de tradition. Mais je n'aimais pas les excès, tous ces rituels compliqués de politesse imposés à mon rang. Tu vois, je gardais le tissu de mes ancêtres sur mes épaules, tout en rêvant d'idées neuves dans ma tête. Tradition dehors, révolution dedans.

—C'était quoi votre plus grand rêve, à ce moment-là ?
Une école. Pas n'importe laquelle. En 1902, j'ai écrit que je rêvais « d'une école où nos filles apprendraient à penser par elles-mêmes ». Tu comprends, chez nous, une fille n'apprenait presque rien : on la mariait, et voilà. Moi je voulais des filles qui réfléchissent, qui ne subissent plus sans comprendre. Je disais souvent à mes amies : nous ne voulons pas seulement parler et penser, nous voulons agir, relever les femmes de notre pays. Rêver, c'est bien. Mais un rêve qui ne devient pas un acte reste une jolie prison.
Un rêve qui ne devient pas un acte reste une jolie prison.
—Et vous avez réussi à la construire, votre école ?
Oui ! En 1903, dans la résidence de mon père à Jepara, j'ai ouvert une petite école pour les filles de fonctionnaires javanais. On y apprenait à lire, à écrire, et aussi les travaux d'aiguille. C'était minuscule, quelques élèves seulement. Mais c'était l'une des toutes premières écoles pour filles menée par une femme de chez nous, et pas par les Hollandais. Imagine la joie de voir une gamine tracer ses premières lettres à la lueur d'une lampe à huile ! Je n'ai pas allumé un grand feu. J'ai allumé une petite flamme. Et une flamme, ça se transmet.
Je n'ai pas allumé un grand feu, j'ai allumé une petite flamme.

—C'est vrai que vous vous occupiez aussi de tissus et de commerce ?
Oui, et ça surprend toujours ! Autour de 1900, je me suis intéressée au batik de Jepara — ces tissus teints à la cire, avec des motifs magnifiques. Nos artisanes travaillaient à la main, avec un talent fou. J'ai voulu organiser leur travail et vendre ce batik au loin, même vers la Hollande. Pourquoi ? Pour qu'une femme puisse gagner son propre argent. Une femme qui a quelques pièces à elle n'est plus obligée de tout accepter en silence. L'éducation ouvre l'esprit ; l'argent gagné soi-même redresse le dos. Les deux ensemble, ça rend une femme vraiment debout.
—Vous étiez triste de devoir vous marier alors que vous vouliez être libre ?
J'ai eu peur, je te l'avoue. En 1903, on m'a mariée au régent de Rembang, un homme que je ne connaissais pas. Chez les priyayi, les mariages étaient arrangés par les familles. J'aurais pu tout perdre : mon école, mes lettres, mes rêves. Mais mon mari, lui, m'a laissée continuer. J'ai même ouvert une deuxième école là-bas. Alors j'ai appris quelque chose : parfois on ne peut pas briser toutes les portes d'un coup. On les entrouvre, patiemment, l'une après l'autre. J'ai choisi d'avancer dans le peu d'espace qu'on me laissait, plutôt que de m'arrêter.
—Est-ce qu'on se souvient encore de vous aujourd'hui, après tout ça ?
Moi, je ne l'ai jamais su. Je suis morte très jeune, à vingt-cinq ans, quatre jours après la naissance de mon fils. Mais des années plus tard, en 1911, on a rassemblé mes lettres dans un livre, Door Duisternis tot Licht — « À travers l'obscurité vers la lumière ». J'y avais écrit : « la lumière que vous m'avez donnée, je veux la transmettre à d'autres. L'éducation est la clé qui ouvre toutes les portes. » Ces mots ont voyagé bien plus loin que moi. Alors si toi aussi tu apprends, si tu transmets à ton tour, un petit peu de ma flamme brûle encore. Va vers la lumière, mon enfant.
L'éducation est la clé qui ouvre toutes les portes.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kartini. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


