Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Kate Gleason

par Charactorium · Kate Gleason (1865 — 1933) · Technologie · Économie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Kate Gleason
Wikimedia Commons, Public domain — Rochester Institute of Technology

Rochester, un matin d'hiver du début des années 1920. L'odeur d'huile de coupe flotte encore dans le bureau qui domine les ateliers de Gleason Works, où tournent fraiseuses et tours. Kate Gleason, tailleur sombre et col montant, referme un grand livre de comptes et accepte de raconter une vie passée entre le métal, le béton et les colonnes de chiffres.

Vous souvenez-vous du jour où vous êtes entrée à l'université Cornell ?

C'était en 1884, j'avais dix-neuf ans, et je franchissais les portes du Sibley College d'ingénierie comme la première femme jamais inscrite à ce programme. Autour de moi, rien que des garçons penchés sur leurs planches à dessin, leurs tés et leurs équerres. Je croyais tenir là ma revanche sur ceux qui pensaient qu'une fille n'avait rien à faire dans la mécanique. Puis l'atelier de mon père, à Rochester, a traversé une mauvaise passe, et j'ai fermé mes cahiers pour rentrer tenir les comptes et vendre nos machines. Je n'ai jamais décroché ce diplôme. Longtemps j'en ai eu comme une écharde plantée dans l'orgueil ; puis j'ai compris que la meilleure école d'ingénieur, pour moi, ce fut le bruit des tours et le grincement des engrenages coniques que nous taillions.

La meilleure école d'ingénieur, pour moi, ce fut le bruit des tours et le grincement des engrenages.

Comment une jeune femme sans diplôme a-t-elle appris ce métier de fer et de graisse ?

En regardant, en touchant, en usant mes doigts. Toute petite déjà, je traînais dans la fonderie familiale, fascinée par ce métal qu'on faisait fondre et couler dans les moules. Mon père William ne m'a rien épargné : les plans, les dimensions à calculer, la précision au centième. J'ai appris ce qu'était une machine-outil en la démontant, ce qu'était un engrenage conique en suivant du doigt ses dents inclinées qui transmettent le mouvement d'un axe à l'autre à angle droit. Un diplôme atteste qu'on a écouté ; l'atelier atteste qu'on a compris. Je pouvais discuter d'égale à égal avec un machiniste chevronné, et ça, aucun professeur d'Ithaca ne me l'aurait donné. Le métal, voyez-vous, ne fait aucune différence entre une main d'homme et une main de femme.

On raconte qu'en Europe, beaucoup vous prenaient pour l'inventrice de votre machine phare. Que répondiez-vous ?

La vérité, toujours. Dans les années 1890, je parcourais l'Europe comme voyageuse de commerce pour placer notre planeuse à engrenages coniques, cette machine de précision que taillait Gleason Works. Je la connaissais si intimement — chaque réglage, chaque copeau qu'elle arrachait au métal — que des industriels allemands ou anglais me félicitaient de l'avoir inventée. Je les reprenais aussitôt : l'invention revenait à mon père William et à mon frère Tom, moi je n'en étais que la voix et le bras commercial. Il aurait été facile de me draper dans une gloire volée ; mais un ingénieur qui ment sur une paternité technique se déshonore. J'ai vendu cette planeuse jusqu'au cœur de la vieille Europe, et elle est devenue célèbre dans toute la mécanique de précision. Cela me suffisait amplement.

Un ingénieur qui ment sur une paternité technique se déshonore.

Qu'est-ce qui distingue, selon vous, un bon vendeur de machines-outils d'un mauvais ?

Le mauvais récite un tarif ; le bon comprend l'atelier de son client mieux que le client lui-même. Quand je suis devenue secrétaire-trésorière de Gleason Works, je tenais les comptes dans le grand livre le matin, et l'après-midi je préparais mes tournées à travers les États-Unis puis l'Europe. Je n'arrivais jamais chez un industriel pour lui vendre une planeuse à engrenages coniques : j'arrivais pour lui montrer combien de pignons il taillerait de plus en une journée, combien de rebut il économiserait. On ne vend pas du fer, on vend du temps gagné et de la précision. Susan Anthony, que je fréquentais à Rochester, disait que j'étais la femme d'affaires qu'elle avait rêvé de voir surgir. Ce compliment-là, je l'ai porté comme une médaille.

Comment vous est venue l'idée saugrenue de couler des maisons comme on fabrique des automobiles ?

En regardant Henry Ford. Ses chaînes de montage m'ont éblouie : cette Model T sortie en série depuis 1908, identique et abordable, quand la voiture restait un luxe. Je me suis dit qu'un logement, après tout, n'était qu'un objet à produire — plus lourd, mais soumis aux mêmes lois. Alors à East Rochester, j'ai lancé le lotissement Concrest : des maisons de six pièces en béton coulé, versé dans des coffrages réutilisables, ignifugées et vendues bon marché. On me traitait de rêveuse ; je répondais qu'une famille d'ouvriers avait autant droit à un toit qui ne brûle pas qu'un banquier. Je suis d'ailleurs devenue la première femme de l'American Concrete Institute. Le béton, ce mélange gris de ciment, de sable et d'eau, m'a semblé plus démocratique que bien des discours.

Une famille d'ouvriers a autant droit à un toit qui ne brûle pas qu'un banquier.
Kate Gleason portrait (1890-1910)
Kate Gleason portrait (1890-1910)Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Le passage de la machine-outil au bâtiment n'a-t-il pas dérouté vos proches ?

Il les a stupéfaits, oui. Passer des engrenages coniques aux murs de béton, cela paraissait un caprice. Mais pour moi la logique était limpide : dans les deux cas, on fabrique en série des pièces identiques avec une précision maîtrisée. Un coffrage n'est qu'un moule, exactement comme ceux de ma fonderie d'enfance ; la seule différence, c'est l'échelle. J'ai voulu montrer que la production en série ne servait pas qu'à enrichir les usines, mais pouvait loger les gens modestes. Plus tard, ces méthodes m'ont menée jusqu'en France, à Septmonts, dans l'Aisne, un village broyé par la guerre que j'ai aidé à rebâtir en béton. Reconstruire des maisons pour des paysans français avec les recettes d'une usine américaine : voilà qui résume assez bien ma vie, cette manie de faire circuler les idées d'un monde à l'autre.

En 1917, comment vous êtes-vous retrouvée à la tête d'une banque ?

Par les circonstances plus que par ambition. Les États-Unis venaient d'entrer en guerre, et le président de la First National Bank of East Rochester est parti au front, laissant l'établissement en mauvaise posture. On m'a demandé de tenir la barre ; j'ai accepté. Me voici donc, dit-on, la première femme à diriger une banque nationale américaine. J'avais passé ma vie dans les colonnes du grand livre de Gleason Works : lire un bilan malade et le remettre d'aplomb ne m'effrayait pas plus que régler une planeuse déréglée. J'ai redressé les comptes, assaini les créances, et quand le président est rentré de la guerre, je lui ai rendu une maison en meilleure santé que je ne l'avais reçue. On m'a crue téméraire ; je n'étais que comptable jusqu'au bout des ongles.

Lire un bilan malade ne m'effrayait pas plus que régler une planeuse déréglée.
154-Kate Gleason with horse
154-Kate Gleason with horseWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Diriger un atelier, une banque, un chantier : d'où vous venait cette confiance à commander partout ?

De l'habitude d'être la seule femme dans la pièce, sans doute. Très tôt, à la fonderie de Rochester, j'ai compris qu'on ne me céderait aucune place : il fallait la prendre par la compétence. Quand vous savez exactement combien coûte une pièce, combien de temps prend un usinage, quel intérêt court sur une créance, personne ne peut vous renvoyer au salon. Les chiffres ne connaissent pas les préjugés. À la banque comme au lotissement Concrest, j'appliquais la même règle : maîtriser le détail avant de donner un ordre. Je n'ai jamais commandé pour le plaisir d'être obéie, mais parce que j'avais fait le calcul avant tout le monde. Un directeur qui ne comprend pas les nombres de sa maison n'est qu'un figurant assis dans un beau fauteuil.

Que représentait pour vous cette admission à l'American Society of Mechanical Engineers, en 1914 ?

Une porte enfoncée. En 1914, l'ASME, l'une des plus prestigieuses sociétés savantes d'ingénieurs du pays, m'a admise comme sa première femme membre. Songez à ce que cela signifiait dans un univers de machines-outils presque exclusivement masculin : on reconnaissait qu'une femme pouvait siéger parmi les ingénieurs mécaniciens, discuter d'aciers et d'usinage sans qu'on la prie d'aller servir le thé. Je n'ai pas fait ce combat pour moi seule ; je savais que d'autres passeraient derrière moi par cette brèche. C'est la même année que l'Europe s'embrasait dans la guerre — le monde des hommes se déchirait, pendant qu'une femme y prenait discrètement sa carte d'ingénieur. J'ai toujours pensé qu'une place gagnée par le travail est plus solide qu'une place accordée par pitié.

Vous avez côtoyé Susan B. Anthony et son combat pour le vote des femmes. Quel lien avec votre œuvre de fer et de béton ?

Le même fil, tendu autrement. À Rochester, je fréquentais les cercles de femmes engagées, l'entourage de Susan Anthony, dont le suffragisme réclamait qu'on nous reconnaisse citoyennes à part entière. Elle m'a dit un jour que j'étais la femme d'affaires idéale dont elle avait rêvé un demi-siècle plus tôt. Nous menions le même combat par des moyens différents : elle avec les bulletins de vote, moi avec les colonnes de comptes et les coffrages de béton. Prouver qu'une femme sait tailler un engrenage, vendre une machine en Europe, redresser une banque, c'était plaider pour nos droits sans tribune ni pancarte. Je crois qu'en 1920, quand le vote nous fut enfin accordé, chaque planeuse que j'avais vendue avait, à sa façon, poussé un peu la porte.

Elle plaidait avec des bulletins de vote, moi avec des colonnes de comptes et des coffrages de béton.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Kate Gleason. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.