Interview imaginaire

Les enfants interrogent Kenzaburō Ōe

par Charactorium · Kenzaburō Ōe (1935 — 2023) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Kenzaburō Ōe
Wikimedia Commons, CC BY 2.0 — Inconnu

Deux élèves de 12 ans, en classe découverte, ont pris place devant un vieux monsieur aux grosses lunettes rondes. Ils ont apporté leurs cahiers et mille questions. Kenzaburō Ōe leur sourit : cela le touche que des enfants viennent l'écouter.

Vous aviez quel âge quand vous avez commencé à écrire, et vous lisiez quoi ?

Tu sais, mon enfant, j'étais encore étudiant à l'Université de Tokyo, à Hongō. J'y étudiais la littérature française. J'avais appris le français exprès, pour lire un philosophe qui me passionnait : Sartre. Imagine un jeune homme timide, penché sur ses livres, qui rature sans arrêt. À 23 ans, en 1958, j'ai reçu un grand prix pour une nouvelle. J'étais si jeune que les gens n'y croyaient pas ! Mais mes vrais trésors, c'étaient mes cahiers et les pages de Rabelais et de Sartre que j'annotais partout. Lire, pour moi, c'était déjà écrire un peu.

J'ai appris le français juste pour lire les livres que j'aimais.

C'est vrai que vous avez grandi dans un tout petit village ?

Oui ! Je suis né en 1935 dans un village de forêt, à Shikoku, une île du Japon. Imagine des montagnes couvertes d'arbres, très peu de bruit, et des grand-mères qui racontent de vieilles légendes le soir. À mon époque, la radio était notre fenêtre sur le monde. Enfant, c'est par elle que j'ai entendu que la guerre était finie. Ces légendes de mon village, je ne les ai jamais oubliées : bien plus tard, je les ai remises dans mes romans. On peut être écrivain et rester, au fond, un petit garçon de la forêt.

On peut devenir écrivain et rester, au fond, un enfant de la forêt.

Qu'est-ce qui a changé dans votre vie quand votre fils est né ?

Tout, mon enfant. En 1963, mon fils Hikari est né avec une grave malformation du crâne. Les médecins m'ont prévenu : l'opération le sauverait, mais il resterait lourdement handicapé. J'ai eu peur, j'ai douté. Imagine un jeune père devant un tout petit bébé, obligé de décider de sa vie. J'ai choisi de le faire opérer. Et ce jour-là, sans le savoir, j'ai changé toute mon écriture. De ce combat est né mon livre le plus connu, Une affaire personnelle, en 1964. Mon héros comprend qu'il ne peut pas fuir toujours : accepter cet enfant fragile, c'est enfin devenir un homme.

Accepter mon enfant fragile, c'est ainsi que je suis devenu un père.

Vous aviez peur d'être un mauvais papa ?

Oui, très peur. Tu sais, au début, on a envie de fuir ce qui nous fait mal. Mon personnage, dans Une affaire personnelle, veut fuir lui aussi. Mais il comprend une chose : on ne devient pas soi-même en tournant le dos, on le devient en restant. Moi, j'ai décidé de rester près de Hikari. Ce n'était pas facile tous les jours. Mais imagine : chaque matin, ce petit garçon m'apprenait à être patient, à aimer sans condition. Un enfant fragile ne rend pas la vie plus petite. Il la rend plus vraie.

On ne devient pas soi-même en fuyant, mais en restant.

Il est devenu quoi, Hikari, quand il a grandi ?

Ah, c'est la plus belle surprise de ma vie ! Hikari est longtemps resté presque aveugle et incapable de parler. On croyait qu'il ne dirait jamais rien. Et puis, un jour, il s'est mis à écouter le chant des oiseaux, fasciné. Ensuite, la musique. Imagine notre maison, le soir, remplie des mélodies qu'il inventait. Il est devenu compositeur, il a même publié des disques au Japon ! Pour moi, sa musique disait ce que les mots n'arrivaient pas à dire. Un garçon qu'on croyait muet parlait, finalement — mais par les sons.

Mon fils qu'on croyait muet a fini par parler : par la musique.
Paris - Salon du livre 2012 - Kenzaburō Ōe - 003
Paris - Salon du livre 2012 - Kenzaburō Ōe - 003Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Thesupermat

Ça se passait comment, le soir, dans votre maison ?

C'était doux, tu sais. J'avais passé la matinée à écrire, à raturer mes cahiers, et l'après-midi à lire. Mais le soir, tout tournait autour de Hikari et de sa musique. Ses partitions traînaient partout dans la maison. Imagine un père qui écoute son fils composer, assis tout près de lui. Ce lien-là était le cœur de ma vie. J'en ai même tiré un livre plein de tendresse, Une existence tranquille, en 1990. Une famille toute simple, autour d'un enfant différent. Le bonheur n'a pas besoin d'être bruyant pour être immense.

Le bonheur n'a pas besoin d'être bruyant pour être immense.

Pourquoi vous êtes allé rencontrer les survivants de la bombe atomique ?

Parce que je voulais comprendre, mon enfant. En 1945, quand j'avais 10 ans, deux bombes atomiques ont détruit Hiroshima et Nagasaki. Des années après, je suis allé là-bas rencontrer les survivants. On les appelle les hibakusha — cela veut dire « les personnes touchées par la bombe ». Imagine des gens qui ont tout perdu, brûlés, malades, et qui pourtant refusent de désespérer. Ils gardaient leur dignité. J'ai écrit ce que j'ai vu dans mes Notes de Hiroshima, en 1965. Pour moi, ces survivants étaient les vrais sages de notre temps.

Les survivants d'Hiroshima gardaient leur dignité : c'étaient les vrais sages.

Vous avez continué à défendre ça même vieux ?

Toute ma vie, oui. Le mot genbaku, en japonais, veut dire « bombe atomique ». Cette peur-là ne m'a jamais quitté. Alors quand une grande catastrophe nucléaire a frappé Fukushima, en 2011, j'étais déjà un vieil homme. Mais je suis descendu dans la rue. J'ai signé des pétitions, j'ai manifesté contre le nucléaire. Imagine un grand-père aux cheveux blancs qui marche encore avec les jeunes. On ne défend pas la paix une seule fois, puis on s'arrête. On la défend chaque jour, tant qu'on respire. C'est un combat qui ne prend jamais de vacances.

On ne défend pas la paix une seule fois : on la défend chaque jour.

C'est vrai que vous avez refusé une récompense de l'Empereur ?

C'est vrai. En 1994, la même année que mon prix Nobel, on m'a proposé l'Ordre de la Culture, la plus haute distinction artistique du Japon. Mais elle est remise par l'Empereur — on l'appelle le Tennō. Et moi, je crois qu'aucune personne ne doit être placée au-dessus du peuple. J'ai donc dit non, poliment mais fermement. Imagine la surprise ! Refuser un tel honneur, à cette époque, c'était très rare. Mais je suis pacifiste, et je tiens à l'article de notre Constitution qui refuse la guerre. On ne peut pas trahir ce en quoi on croit, même pour une médaille.

Aucune personne ne doit être placée au-dessus du peuple.

Ça veut dire quoi, être pacifiste, pour vous ?

C'est refuser la guerre, mon enfant, de tout son cœur. Après 1945, le Japon s'est donné une nouvelle Constitution avec un texte très beau, l'article 9 : le pays y renonçait à faire la guerre. Ce texte, je l'ai défendu toute ma vie. Pourquoi ? Parce que j'avais vu ce que la guerre fait aux enfants, dans mes premiers romans, et ce que la bombe avait fait à Hiroshima. Imagine un monde où l'on choisit toujours la parole plutôt que les armes. C'est difficile, mais c'est le seul qui vaille. Un écrivain, lui, se bat avec des mots.

Un écrivain ne se bat pas avec des armes, mais avec des mots.

À Stockholm, pour votre grand discours, vous avez fait une farce ?

Une petite malice, oui ! En 1994, je reçois le prix Nobel à Stockholm. Avant moi, un seul écrivain japonais l'avait eu : Kawabata, en 1968. Son discours à lui s'appelait « Le Japon, la beauté et moi ». Alors, exprès, j'ai appelé le mien « Le Japon, l'ambiguïté et moi ». Presque le même titre ! Mais lui parlait de la beauté ancienne, du Japon des estampes. Moi, je voulais parler des blessures et des contradictions de mon pays moderne. Imagine deux frères qui regardent la même maison : l'un voit les jolies fleurs, l'autre voit les fissures. J'espérais que mes livres aident à guérir les hommes.

L'un voyait la beauté du Japon ; moi, je voulais montrer ses blessures.
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