Kenzaburō Ōe(1935 — 2023)

Kenzaburō Ōe

Japon, empire du Japon

7 min de lecture

LettresÉcrivain(e)XXe siècleJapon de l'après-Seconde Guerre mondiale, marqué par le traumatisme nucléaire, la reconstruction et les bouleversements de la société japonaise contemporaine

Écrivain japonais né en 1935, figure majeure de la littérature japonaise d'après-guerre. Son œuvre, profondément marquée par la naissance de son fils handicapé et par la mémoire d'Hiroshima, lui vaut le prix Nobel de littérature en 1994.

Questions fréquentes

Kenzaburō Ōe (1935-2023) est un écrivain japonais majeur de l'après-guerre, prix Nobel de littérature en 1994. Ce qui le rend singulier, c'est qu'il a su mêler une écriture très personnelle – marquée par la naissance de son fils handicapé Hikari – à une réflexion politique et historique sur les traumatismes du Japon moderne, notamment Hiroshima et la perte des repères traditionnels. Contrairement à son aîné Yasunari Kawabata, qui célébrait la beauté classique, Ōe a choisi de mettre en lumière les contradictions et les blessures de son pays, ce qui lui a valu une reconnaissance internationale.

Faits marquants

  • Né le 31 janvier 1935 dans le village d'Ōse, sur l'île de Shikoku (Japon)
  • Publie « Une affaire personnelle » (Kojinteki na taiken) en 1964, inspiré par la naissance de son fils Hikari, atteint d'un handicap
  • Publie « Notes de Hiroshima » (Hiroshima Noto) en 1965, témoignage sur les survivants de la bombe atomique
  • Reçoit le prix Nobel de littérature en 1994
  • Mort le 3 mars 2023 à Tokyo

Œuvres & réalisations

Gibier d'élevage (飼育) (1958)

Nouvelle qui lui vaut le prix Akutagawa à 23 ans ; elle révèle un talent précoce et un regard cru sur la guerre vue par des enfants.

Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants (芽むしり仔撃ち) (1958)

Premier roman, sur un groupe d'enfants placés abandonnés dans un village en guerre ; un récit puissant sur l'exclusion et la cruauté.

Une affaire personnelle (個人的な体験) (1964)

Roman né de la naissance de son fils handicapé ; il y raconte le combat d'un père pour accepter et aimer son enfant. Son livre le plus célèbre.

Notes de Hiroshima (ヒロシマ・ノート) (1965)

Recueil d'enquêtes et de réflexions sur les survivants de la bombe atomique ; un texte majeur de la mémoire nucléaire.

Le Jeu du siècle (万延元年のフットボール) (1967)

Roman ambitieux reliant l'histoire d'un village, une révolte ancienne et la crise de deux frères ; considéré comme un chef-d'œuvre.

Notes d'Okinawa (沖縄ノート) (1970)

Essai engagé sur l'histoire douloureuse d'Okinawa pendant et après la guerre, qui suscitera de vives polémiques.

M/T et l'histoire des merveilles de la forêt (1986)

Roman mêlant mythes villageois et mémoire familiale, où Ōe revisite les légendes de sa Shikoku natale.

Une existence tranquille (静かな生活) (1990)

Récit centré sur la vie d'une famille proche de la sienne, autour d'un fils handicapé, plein de tendresse et de gravité.

Anecdotes

À seulement 23 ans, en 1958, Ōe reçoit le prestigieux prix Akutagawa pour sa nouvelle « Gibier d'élevage », qui raconte la rencontre entre des enfants d'un village japonais et un aviateur noir américain abattu pendant la guerre. Ce prix fait de lui une étoile montante de la littérature japonaise alors qu'il est encore étudiant.

En 1963, son fils Hikari naît avec une grave malformation du crâne. Les médecins préviennent que l'opération qui le sauvera le laissera probablement lourdement handicapé. Ōe choisit malgré tout de le faire opérer, et cet événement bouleverse toute son œuvre : il en tirera son roman le plus célèbre, « Une affaire personnelle ».

Son fils Hikari, longtemps incapable de parler et presque aveugle, se révèle un jour fasciné par le chant des oiseaux puis par la musique. Devenu compositeur, il publie des disques au Japon. Pour Ōe, la musique de son fils était une manière de « dire » ce que les mots ne pouvaient exprimer.

En 1994, l'année même de son prix Nobel, Ōe refuse l'Ordre de la Culture, la plus haute distinction artistique du Japon, parce qu'elle est remise par l'Empereur. Pacifiste convaincu, il déclare ne reconnaître aucune autorité au-dessus de la démocratie et du peuple.

Pour le titre de son discours Nobel, « Le Japon, l'ambiguïté et moi », Ōe joue volontairement avec celui qu'avait choisi son aîné Yasunari Kawabata en 1968, « Le Japon, la beauté et moi ». Là où Kawabata célébrait la beauté traditionnelle, Ōe préfère parler des contradictions et des blessures du Japon moderne.

Sources primaires

Discours de réception du prix Nobel, « Le Japon, l'ambiguïté et moi » (7 décembre 1994)
Le titre de ma conférence reprend celui de Yasunari Kawabata. En tant qu'écrivain, je souhaite que mon travail puisse contribuer à guérir et à réconcilier les hommes meurtris par notre siècle.
Notes de Hiroshima (ヒロシマ・ノート) (1965)
Les habitants de Hiroshima, malgré l'horreur qu'ils ont vécue, refusent le désespoir et conservent leur dignité d'êtres humains. Ce sont eux les véritables moralistes de notre temps.
Une affaire personnelle (個人的な体験) (1964)
Bird comprend qu'il ne peut fuir indéfiniment : assumer la vie de cet enfant fragile, c'est aussi devenir enfin lui-même, un homme et un père.
Déclaration de refus de l'Ordre de la Culture (1994)
Je ne reconnais aucune autorité, aucune valeur, qui se placerait au-dessus de la démocratie ; c'est pourquoi je ne peux accepter une distinction décernée par l'Empereur.

Lieux clés

Ōse (village de Shikoku, Ehime)

Village forestier de l'île de Shikoku où naît Ōe en 1935. Ses paysages et ses légendes villageoises inspireront de nombreux romans.

Université de Tokyo (campus de Hongō)

Ōe y étudie la littérature française et découvre Sartre. C'est là qu'il commence à écrire et à se faire remarquer.

Tokyo

L'écrivain vit et travaille la majeure partie de sa vie dans la capitale japonaise, où il s'éteint en 2023.

Hiroshima

Ōe s'y rend dans les années 1960 pour rencontrer les survivants de la bombe atomique, ce qui donne naissance aux « Notes de Hiroshima ».

Okinawa

Ses voyages dans l'archipel d'Okinawa, marqué par la guerre et la présence américaine, nourrissent ses « Notes d'Okinawa ».

Stockholm

Ōe y reçoit le prix Nobel de littérature en décembre 1994 et y prononce son célèbre discours « Le Japon, l'ambiguïté et moi ».

Voir aussi