Interview imaginaire avec Le Roi Arthur
par Charactorium · Le Roi Arthur · Mythologie · 6 min de lecture
Camelot, à l'heure où les torches de la grande salle jettent leurs dernières lueurs sur la Table Ronde désertée. Le roi y est resté seul, sa lourde épée posée en travers des genoux, le regard tourné vers la porte par où ses chevaliers reviendront — ou ne reviendront pas. Il accepte de parler, à voix basse, comme on confie un serment.
—On vous dit roi, mais d'autres vous nomment simplement chef de guerre. Qui êtes-vous vraiment ?
Avant la couronne, il y eut la mêlée. Quand les légions de Rome se furent retirées de l'île, elle resta nue, offerte aux Saxons qui débarquaient par bandes entières. Je n'étais alors que celui qu'on appelait à la tête des rois bretons quand la bataille devenait trop lourde pour un seul. À Badon, j'ai porté le signe de notre Seigneur sur mes épaules et les envahisseurs ont reflué comme une marée. On me nomme aujourd'hui dux bellorum, le chef dans les batailles, et c'est plus juste que toutes les couronnes. La royauté, je l'ai reçue ensuite, presque par surcroît, parce qu'un peuple qui a peur veut un visage à suivre. Mais dans mon souvenir, je reste d'abord cet homme couvert de boue qui tenait la ligne quand tout le reste fuyait.
Avant la couronne, il y eut la mêlée.
—Parlez-nous de votre épée. Comment l'avez-vous obtenue ?
Excalibur ne m'a pas été forgée par la main d'un homme. Un matin de brume, j'ai vu se lever au milieu du lac un bras vêtu de soie blanche, tenant la lame droite vers le ciel — la Dame du Lac me la tendait depuis le royaume des fées, ce monde voisin du nôtre où mène aussi l'île d'Avalon. J'ai compris ce jour-là que je ne portais pas une arme ordinaire mais un gage. Une épée qu'on vous donne ainsi n'est pas à vous : elle vous désigne. Tant qu'elle brille à mon côté, nul ne peut dire que je règne par la force ou par le sang versé — je règne parce que les eaux profondes l'ont voulu. Et le jour où je devrai la rendre, je sais déjà à qui : on la jettera là où elle est née.
Une épée qu'on vous donne ainsi n'est pas à vous : elle vous désigne.
—Que représente cette lame pour ceux qui vous suivent ?
Un roi sans signe visible n'est qu'un homme qui crie plus fort que les autres. Quand je lève Excalibur au conseil, mes barons ne voient pas le métal, ils voient la promesse qu'on m'a faite au bord de l'eau. La tradition dit que cette lame ne peut être brisée et que celui qui la porte ne saurait verser le sang pour une cause injuste — c'est pourquoi je ne la tire jamais à la légère. Elle pend à ma ceinture quand je rends la justice dans la grande salle de Camelot, près de la Table Ronde, et sa seule présence fait taire les querelleurs. Le merveilleux, voyez-vous, n'est pas un ornement : c'est la part du monde qui rappelle aux puissants qu'ils ne tiennent leur pouvoir que d'une main plus haute que la leur.
—Pourquoi avoir voulu une table ronde, plutôt qu'un trône qui vous distingue ?
Parce qu'une table longue tue plus sûrement qu'une épée. À chaque festin, les seigneurs se déchiraient pour savoir qui s'assiérait près de la tête et qui croupirait au bout — et de ces préséances naissaient les rancunes, puis les guerres. J'ai fait tailler une table sans tête ni pied, où le premier vaut le dernier et le dernier le premier. Le clerc Wace l'a écrit pour la postérité, dans son Roman de Brut, vers 1155 : nul ne peut s'y vanter d'être mieux placé que son voisin. On m'a dit que cette idée était hardie, presque dangereuse, dans un monde où chacun connaît son rang dès le berceau. Peut-être. Mais je voulais des frères d'armes, pas une cour de courtisans guettant ma faveur. Le cercle, c'est ma seule loi écrite.
Une table longue tue plus sûrement qu'une épée.
—Vos chevaliers vous obéissent-ils par crainte ou par autre chose ?
Ni par crainte, ni par calcul — par serment. Celui qui prend place à mon cercle jure de protéger le faible, de tenir parole et de ne jamais fuir une cause juste. Ce ne sont pas des mots jetés au vent : c'est la chevalerie, et elle pèse plus lourd que toutes les chaînes. Je ne demande pas à un homme de m'aimer, je lui demande de tenir son serment même quand je ne le vois pas, même au fond d'une forêt où nul ne saura s'il a failli. Voilà pourquoi je les envoie en quête, seuls, par des chemins que j'ignore : la valeur d'un chevalier ne se mesure pas sous mes yeux, à Camelot, mais là où il croit n'avoir pour témoin que Dieu. Un roi qu'on suit par peur est déjà à demi renversé.
—Vous avez lancé vos meilleurs hommes à la recherche du Graal. Qu'espériez-vous vraiment trouver ?
Le Graal n'est pas un trésor qu'on rapporte dans un coffre. C'est la coupe sacrée, et la chercher, c'est se chercher soi-même devant le ciel. J'ai vu mes chevaliers, mes plus vaillants, partir un à un vers cette aventure qui n'est pas de celles qu'on gagne par l'épée. Certains ne reviendront jamais, et je le savais en les laissant partir. Pourquoi alors les envoyer ? Parce qu'un royaume qui ne se nourrit que de batailles finit par pourrir de l'intérieur. La quête élève mes hommes au-dessus du butin et de la gloire ; elle leur apprend qu'il existe un honneur que nulle main ne peut saisir. Si Camelot doit laisser une trace dans la mémoire des hommes, je veux que ce soit celle-là : une cour qui a osé chercher plus haut qu'elle-même.
Chercher le Graal, c'est se chercher soi-même devant le ciel.
—Cette quête a divisé votre Table Ronde autant qu'elle l'a grandie. Le regrettez-vous ?
On ne regrette pas d'avoir montré le ciel à des hommes, même si quelques-uns s'y sont perdus. Oui, la quête du Graal a vidé ma grande salle : des sièges sont restés froids, des amitiés se sont défaites sur les routes. Mais je préfère une table à moitié vide d'hommes partis vers le sacré qu'une table pleine de ventres satisfaits. La chevalerie sans aspiration n'est qu'une boucherie bien vêtue. J'ai voulu que mes compagnons sachent que le courage n'est pas seulement de tenir une ligne face aux Saxons, mais d'affronter la part d'eux-mêmes qui répugne à la pureté. Certains en sont revenus transformés, le visage éclairé d'une lumière que je ne possède pas moi-même. Pour ce seul regard rapporté, j'aurais vidé Camelot dix fois.
—Venons-en au jour le plus sombre. Que s'est-il passé à Camlann ?
Camlann fut la blessure de tout un monde, pas seulement la mienne. Le mal n'est pas venu du dehors, des envahisseurs que j'avais tenus en respect toute ma vie — il est monté de mon propre sang. Mordred a levé contre moi les bannières que j'avais moi-même rassemblées, et nous nous sommes affrontés dans une plaine que je revois encore, jonchée de ceux qui s'étaient juré fidélité au même cercle. À la fin, il n'y avait plus de Bretons ni de traîtres, seulement des morts couchés côte à côte. J'ai abattu Mordred et il m'a frappé en tombant. Ce jour-là, ce n'est pas un roi qui s'est éteint : c'est un rêve d'égalité que des hommes avaient porté trop haut pour leurs propres forces. Tout grand royaume, je l'ai appris dans la boue de Camlann, porte en lui la graine de sa chute.
Le mal n'est pas venu du dehors : il est monté de mon propre sang.
—Et après la bataille ? On raconte que vous n'êtes pas mort comme les autres rois.
Mes plaies étaient profondes, et pourtant on ne m'a pas couché dans une tombe de pierre. On m'a porté vers Avalon, l'île des fées au-delà des eaux, là même d'où m'était venue Excalibur — car ce qui vient des profondeurs y retourne. Là, dit la tradition, mes blessures doivent être soignées loin du regard des vivants. Je ne suis donc pas mort comme on meurt : je repose, en attente. Que les hommes croient que je dors ou que je veille, peu importe — l'essentiel est qu'ils n'enterrent jamais tout à fait l'espérance que j'incarnais. Plus tard, des moines prétendront avoir trouvé mes os et une croix portant mon nom ; laissez-les dire. On ne cloue pas une légende dans un cercueil de plomb. Tant qu'un peuple a besoin d'un roi qui revienne, ce roi-là ne meurt pas.
On ne cloue pas une légende dans un cercueil de plomb.
—Si l'on parlait encore de vous dans mille ans, que voudriez-vous qu'on retienne ?
Je ne sais ce que les siècles feront de mon nom — peut-être un conteur, dans cent ans, brodera-t-il des aventures que je n'ai jamais vécues, et tant mieux si elles font lever des cœurs vaillants. Qu'on m'imagine né à Tintagel sur sa falaise battue, qu'on me prête mille combats, je n'y vois pas d'offense. Mais s'il fallait ne garder qu'une chose, que ce soit le cercle. Pas l'épée, pas la couronne, pas même la quête du Graal : la table sans tête où des hommes différents se sont assis comme des frères. Les royaumes tombent, Camlann me l'a assez appris. Les rois s'effacent. Mais l'idée qu'on peut gouverner par l'honneur partagé plutôt que par la peur — celle-là, si elle survit dans une seule mémoire, alors je n'aurai pas régné en vain.
S'il fallait ne garder qu'une chose, que ce soit le cercle.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Le Roi Arthur. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


