Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Louis Aragon

par Charactorium · Louis Aragon (1897 — 1982) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un café enfumé du quartier de Montparnasse, sous la lumière d'hiver de la fin 1934, qu'André Breton retrouve Louis Aragon autour d'un café noir. La fumée des cigarettes flotte au-dessus des soucoupes empilées, et les deux hommes ne se sont plus parlé librement depuis le congrès de Kharkov. Ils se connaissent depuis dix-sept ans, depuis l'hôpital du Val-de-Grâce ; et Breton vient ce soir presser son ancien complice de surréalité de s'expliquer sur le chemin qui l'éloigne. Entre eux, l'amitié et la blessure tiennent la même chaise.

Louis, te souviens-tu du Val-de-Grâce, en 1917, quand nous portions tous deux la blouse d'infirmier parmi les blessés ? Que reste-t-il pour toi de ce commencement ?

Comment l'oublierais-je, André ? Nous avions vingt ans et nous pansions des hommes déchirés par les obus, et c'est là, entre deux lits, que nous nous sommes reconnus. Tu m'as fait lire des choses que personne ne lisait, et moi je te récitais des vers dans les couloirs. La guerre nous avait dégoûtés du monde tel qu'il était : il fallait en inventer un autre. De cette révolte commune sont nés la revue Littérature, puis tout le reste. Quand j'ai écrit Le Paysan de Paris, ces passages couverts où je voyais le merveilleux surgir du trottoir, c'est encore ce regard-là que je portais — celui que tu m'avais appris à aiguiser près des mourants.

La guerre nous avait dégoûtés du monde tel qu'il était : il fallait en inventer un autre.

Ces fameux sommeils hypnotiques que nous provoquions ensemble, ces transes où l'on écrivait les yeux clos — y crois-tu encore aujourd'hui, ou n'était-ce qu'un jeu de jeunesse ?

Ce n'était pas un jeu, André, tu le sais mieux que moi — tu nous regardais sombrer dans ce demi-sommeil et tu en avais presque peur. Quelque chose parlait à travers nous que nous ne contrôlions plus. J'ai cru sincèrement que l'écriture automatique nous ouvrirait les portes de l'inconscient, que le poème pouvait jaillir sans la police de la raison. Mais avec les années, j'ai senti que je voulais autre chose : non plus seulement libérer l'homme intérieur, mais l'homme tout court, celui qui a faim, celui qu'on exploite. Le rêve ne suffisait plus à ma colère.

On murmure que tu as rencontré une femme russe, Elsa Triolet, voici quelques années. Que t'a-t-elle apporté que nous, tes amis, ne pouvions te donner ?

Elsa... Tu l'as croisée, tu sais quel regard elle pose sur les êtres. Je l'ai rencontrée en 1928, un soir, et depuis ce soir-là je ne marche plus seul. Vous, mes amis, vous m'avez donné la fraternité du combat ; elle m'a donné une raison de me lever le matin et une langue nouvelle pour dire l'amour. Près d'elle, le lyrisme que le surréalisme méprisait m'est revenu sans honte. Je n'ai plus peur d'écrire le mot amour en toutes lettres. Elle est devenue le centre de tout ce que je trace, la mesure secrète de mes vers, et je crois qu'elle le restera tant que durera ma main.

Vous m'avez donné la fraternité du combat ; elle m'a donné une raison de me lever le matin.

Venons-en à ce qui nous sépare. En 1927 tu as pris ta carte au Parti communiste. Comment le poète de la surréalité a-t-il pu accepter une discipline de parti ?

Je savais que tu poserais la question ainsi, André, et qu'elle te brûle les lèvres depuis longtemps. Tu y vois une soumission ; j'y vois une fidélité. Nous voulions changer la vie — Rimbaud — et transformer le monde — Marx. Toi, tu as voulu garder les deux à distance, dans la pureté. Moi, j'ai pensé qu'il fallait choisir un camp réel, des hommes réels, des grèves et des usines, et non plus seulement des scandales de salon. Oui, cela coûte ; oui, il faut parfois courber la tête. Mais je ne crois pas qu'on libère un peuple en restant assis sur les marges à cultiver son insolence.

Tu y vois une soumission ; j'y vois une fidélité.

Tu reviens de Moscou et tu prônes désormais le réalisme socialiste. N'est-ce pas trahir tout ce que nous avons défendu, la liberté absolue de l'image ?

Tu emploies le mot trahir, et il me blesse autant qu'il te soulage de le dire. J'ai vu là-bas un peuple qui bâtit, qui apprend à lire, qui s'arrache à des siècles de misère — et cela, aucune image automatique ne le remplace. Avec Les Cloches de Bâle, j'ai voulu peindre la condition ouvrière, la femme qui s'émancipe, le monde réel dans son épaisseur. Ce n'est pas renoncer à la beauté, c'est la chercher ailleurs que dans le rêve clos sur lui-même. Peut-être me trompé-je. Mais je préfère me tromper avec ceux qui ont faim qu'avoir raison tout seul dans un fauteuil.

Je préfère me tromper avec ceux qui ont faim qu'avoir raison tout seul dans un fauteuil.
Louis Aragon en uniforme
Louis Aragon en uniformeWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

On te dit absorbé par un grand roman sur l'entre-deux-guerres, sur ces hommes que la Grande Guerre a brisés. Pourquoi cette obsession des génies blessés ?

Parce que nous en sommes, André, toi et moi. Nous sommes de cette génération-là, celle qui a respiré le gaz et compté ses morts à vingt ans. Quand je regarde autour de moi, je vois des hommes qui n'ont jamais vraiment quitté les tranchées, qui traînent leur trouble dans les salons et les amours impossibles. Je veux écrire cette génération sacrifiée, ces êtres incapables d'aimer parce qu'on les a abîmés trop tôt. Le roman me le permet mieux que le poème : il a le temps long, l'épaisseur des vies. Peindre l'entre-deux-guerres, c'est encore régler nos comptes avec ce qui nous a faits.

Nous sommes de cette génération qui a respiré le gaz et compté ses morts à vingt ans.

Te souviens-tu de notre rupture, après Kharkov, en 1930 ? Regrettes-tu d'avoir signé là-bas ce qui nous a séparés ?

Je m'en souviens chaque jour, André, et je ne te mentirai pas : il y a eu de la douleur, et de l'orgueil aussi, des deux côtés. Tu as vu dans mon ralliement une capitulation ; j'ai vu dans ton refus une peur de te salir les mains. Nous avions raison tous les deux et tort tous les deux. Ce qui me reste, c'est que je n'ai pas choisi contre toi — j'ai choisi pour quelque chose. Je sais ce que je perds en te perdant : un frère d'armes, le seul qui m'ait compris à demi-mot. Mais on n'arrête pas une route commencée parce qu'un ami reste au carrefour.

Nous avions raison tous les deux et tort tous les deux.
Wattrelos rue louis aragon
Wattrelos rue louis aragonWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Velvet

Si l'on devait demain interdire ta voix, te faire taire comme tant d'autres, par quel détour ferais-tu passer encore la poésie ?

Voilà une question de surréaliste, André — tu penses toujours à l'interdit. Si l'on me bâillonnait, je crois que je reviendrais aux formes anciennes, à la rime, à l'alexandrin que nous avons tant moqués ensemble. Car une chanson se retient, se transmet de bouche en bouche, traverse les murs et les censures. Le vers libre est un luxe de temps de paix ; quand la nuit tombe sur un pays, il faut des poèmes qu'on puisse cacher dans sa mémoire comme un tract dans sa poche. Le lyrisme classique n'est pas une reculade : c'est une arme qui se glisse sous le manteau. Je garde cette idée en réserve, au cas où.

Quand la nuit tombe sur un pays, il faut des poèmes qu'on puisse cacher dans sa mémoire.

Dans tes vers récents, Elsa devient presque ton seul horizon. Ne crains-tu pas qu'une femme finisse par éclipser le révolutionnaire que tu prétends être ?

Tu opposes l'amour et le combat, et c'est là que tu te trompes encore. Pour moi, Elsa et la révolution ne font qu'un même élan vers demain. Aimer une femme librement, vouloir un monde plus juste, c'est le même refus du présent étriqué. Tu connais ce vers qui me hante, que la femme est l'avenir de l'homme — je n'y mets pas de galanterie, mais une foi. Celle qui m'inspire est aussi celle qui me tient debout dans le doute politique. Le jour où je cesserai de chanter Elsa, c'est que j'aurai cessé de croire en quoi que ce soit. Mon lyrisme et mon engagement boivent à la même source.

Elsa et la révolution ne font qu'un même élan vers demain.

Pour finir, mon vieux complice : si la surréalité fut notre jeunesse commune, qu'as-tu emporté d'elle sur la route que tu suis désormais sans moi ?

J'ai tout emporté, André, même ce que je feins d'avoir laissé. Le surréalisme m'a appris à voir le merveilleux dans une vitrine, dans un nom de rue, dans le visage d'une passante. Cela, aucun parti ne me l'arrachera. Quand je décris une grève ou une usine, c'est encore avec les yeux que tu m'as ouverts au Val-de-Grâce. On ne renie pas l'enfance d'une pensée ; on la prolonge autrement. Tu resteras pour moi celui qui m'a montré la porte ; j'ai simplement choisi de la franchir vers la rue et non vers le rêve. Mais nous regardions, je crois, le même horizon — et c'est cela qui me manquera le plus.

On ne renie pas l'enfance d'une pensée ; on la prolonge autrement.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louis Aragon. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.