Interview imaginaire avec Louis Aragon
par Charactorium · Louis Aragon (1897 — 1982) · Lettres · 4 min de lecture
Deux élèves de douze ans, en classe découverte, poussent la porte d'un appartement de la rue de Varenne. Sur le bureau, des manuscrits, des photographies d'une femme aux yeux profonds. Un vieux monsieur aux cheveux blancs les invite à s'asseoir.
—C'est où que vous avez rencontré votre meilleur ami écrivain ?
Tu sais, mon enfant, c'était en 1917, à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris. La Première Guerre faisait rage. Nous étions tous les deux infirmiers, jeunes, vingt ans à peine. Imagine deux garçons qui pansent des blessés le jour, et qui parlent de poésie la nuit. Cet ami s'appelait André Breton. On se croyait seuls au monde à aimer les mots comme ça. De cette amitié est née une revue, Littérature, puis un mouvement tout entier, le surréalisme. Tu vois, parfois une grande aventure commence dans un endroit triste, entre deux lits d'hôpital.
Parfois une grande aventure commence entre deux lits d'hôpital.
—C'était quoi votre premier livre dont vous étiez fier ?
Le Paysan de Paris, écrit en 1926. Laisse-moi t'expliquer. À mon époque, il y avait dans Paris des galeries couvertes de verre, qu'on appelait des passages couverts. Des petites rues sous un toit, avec des boutiques poussiéreuses, des coiffeurs, des marchands de cannes. Moi, je m'y promenais comme dans un rêve éveillé. J'écrivais : « Il y a des forêts dans les livres comme il y en a dans les rêves. » Je voulais montrer que le merveilleux n'est pas loin, mon enfant. Il est au coin de ta rue, si tu apprends à le regarder.
Le merveilleux est au coin de ta rue, si tu apprends à le regarder.
—Le surréalisme, ça voulait dire quoi pour vous ?
Bonne question ! Le surréalisme, c'était essayer de libérer ce qui se cache au fond de ta tête : les rêves, les images bizarres, les pensées qu'on n'ose pas dire. Avec Breton, en 1924, on a même fait des « sommeils hypnotiques ». Imagine : des amis s'endormaient à moitié, et écrivaient sans réfléchir, pour laisser parler leur inconscient. C'était étrange, parfois un peu effrayant. On cherchait une vérité plus profonde que la réalité ordinaire. J'avais le sentiment merveilleux d'explorer un pays neuf. Mais un pays, vois-tu, on finit toujours par vouloir en sortir pour en voir d'autres.
—Vous étiez amoureux ? C'était qui, la dame sur les photos ?
Ah, tu as remarqué ses portraits sur mon bureau. C'est Elsa Triolet. Je l'ai rencontrée un soir de 1928, à Paris, dans une fête. Une écrivaine russe, avec un regard qu'on n'oublie pas. Tu sais ce que c'est, de croiser quelqu'un et de sentir que ta vie vient de changer ? Voilà ce qui m'est arrivé. Elle est devenue ma femme, ma compagne, et surtout celle qui inspirait mes poèmes. Pendant quarante ans, jusqu'à sa mort en 1970. J'ai écrit pour elle un vers que les gens répètent encore : « La femme est l'avenir de l'homme. »
La femme est l'avenir de l'homme.
—C'est vrai que vous écriviez tout le temps sur elle ?
Presque, oui. Mon plus beau recueil s'appelle Les Yeux d'Elsa, de 1942. Écoute ces mots : « Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire / J'ai vu tous les soleils y venir se mirer. » Tu entends comme ça chante ? Elsa était mon trésor, et aussi mon courage. Quand j'avais peur, quand la guerre rendait tout sombre, je pensais à elle, et j'écrivais. Garde précieusement ceux que tu aimes, mon enfant. Ce sont eux qui te donnent la force d'avancer, même dans les nuits les plus noires.

—Pendant la guerre, comment vous faisiez pour écrire sans vous faire arrêter ?
C'était dangereux, mon enfant, très dangereux. Pendant l'Occupation, les nazis interdisaient nos mots. Alors j'ai inventé une ruse. J'écrivais des poèmes qui ressemblaient à de simples chansons d'amour, avec des rimes anciennes, comme au temps des troubadours. Mais à l'intérieur, je cachais des messages de Résistance. On les imprimait en secret, dans des revues clandestines comme Les Lettres françaises, et on se les passait sous le manteau. Imagine une feuille de papier qui voyage de main en main, le soir, sans bruit. Mes vieilles rimes étaient devenues des armes silencieuses.
Mes vieilles rimes étaient devenues des armes silencieuses.
—Vous avez écrit un poème sur des gens fusillés ? C'était quoi l'histoire ?
Oui, La Rose et le Réséda, en 1943. C'est une histoire vraie et triste. Des hommes avaient été fusillés par l'occupant. Certains étaient croyants, d'autres ne croyaient pas en Dieu ; certains communistes, d'autres catholiques. Avant la guerre, tout les séparait. Mais ils sont morts côte à côte, pour la même France. Alors j'ai écrit : « Celui qui croyait au ciel / Celui qui n'y croyait pas. » Tu comprends ? Je voulais dire qu'on peut être très différents et se battre ensemble pour ce qui compte. La mort les avait réunis ; mon poème devait les rendre inoubliables.
On peut être très différents et se battre ensemble pour ce qui compte.

—Pourquoi vous êtes devenu communiste après avoir été surréaliste ?
Tu poses là une grande question. En 1927, j'ai rejoint le Parti communiste. Vois-tu, le surréalisme cherchait à changer les rêves. Moi, je voulais aussi changer la vie des ouvriers, des pauvres. Je croyais que là-bas, en Russie, on construisait un monde plus juste. Alors, vers 1930, je me suis fâché avec mes amis surréalistes et j'ai pris un autre chemin. J'ai voyagé à Moscou, plein d'espoir. J'y croyais de tout mon cœur, peut-être trop fort. Quand on est jeune, mon enfant, on a besoin de croire à quelque chose de plus grand que soi.
—Et après, vous avez été déçu ? On dirait que ça vous rend triste.
Tu lis bien sur mon visage. En 1956, un dirigeant russe, Khrouchtchev, a révélé les crimes terribles commis par Staline, que j'avais admiré. Imagine qu'on t'apprenne soudain que ton héros faisait du mal. Ça m'a brisé le cœur. J'ai mis cette douleur dans un livre, Le Roman inachevé, une sorte de confession. J'y écris : « Je ressemble à ce monarque / Plus malheureux que le malheur. » Croire fort, c'est beau, mon enfant. Mais il faut aussi garder les yeux ouverts, et accepter parfois de s'être trompé. C'est cela, devenir adulte.
Croire fort, c'est beau, mais il faut garder les yeux ouverts.
—Si on se souvient d'une seule chose de vous, vous aimeriez que ce soit quoi ?
Quelle jolie question pour finir. Tu sais, j'ai été poète, romancier, résistant, j'ai écrit Aurélien, La Semaine sainte, tant de pages. Mais si tu ne dois garder qu'une chose, garde ceci : j'ai aimé. J'ai aimé Elsa, j'ai aimé mon pays, j'ai aimé les mots. Toute ma vie, j'ai essayé de rendre la beauté et la justice plus fortes que la peur. Un poème, vois-tu, ça ne meurt jamais vraiment ; ça se récite encore, longtemps après celui qui l'a écrit. Alors lis, mon enfant. Apprends des vers par cœur. C'est ma plus belle façon de continuer à vivre.
Un poème, ça ne meurt jamais vraiment.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louis Aragon. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


