Interview imaginaire avec Louis IX (Saint Louis)
par Charactorium · Louis IX (Saint Louis) (1214 — 1270) · Politique · 6 min de lecture

C'est au pied du grand chêne de Vincennes, par un après-midi de l'an 1267, que je retrouve mon roi, assis sur l'herbe comme à son habitude, sans coussin ni dais. La lumière passe entre les feuilles et tombe sur le drap gris de sa cotte usée. Voilà près de vingt ans que je le sers et que je l'accompagne, depuis la croisade d'Égypte où nous fûmes faits prisonniers ensemble. Je viens, ce jour, non en sénéchal mais en ami, recueillir de sa bouche ce que je veux garder pour ceux qui viendront.
—Sire, combien de fois vous ai-je vu, ici même sous ce chêne, écouter le plus humble manant ? Pourquoi tenir tant à juger ainsi, à découvert ?
Tu le sais mieux que personne, Joinville, toi qui t'asseyais autour de moi avec les autres. Un roi qui se cache derrière ses baillis n'entend que ce qu'on veut bien lui rapporter. Ici, le pauvre comme le riche vient à moi sans huissier ni présent à glisser dans une main. Car c'est là le mal que j'ai voulu trancher par ma grande ordonnance : qu'aucun de mes officiers ne reçoive don de qui relève de sa justice. La justice n'est pas une marchandise. Dieu m'a fait roi pour la rendre droite, non pour la vendre. Sous cet arbre, je ne suis qu'un homme qui répond de son office devant un plus grand juge que lui.
La justice n'est pas une marchandise.
—Vous avez beaucoup réformé vos baillis et prévôts. Croyez-vous, mon roi, qu'un homme puisse vraiment redresser ceux qui le servent au loin ?
On ne redresse pas un royaume d'un seul édit, Jean, je ne suis pas si naïf. Mais j'ai envoyé des enquêteurs par les provinces pour écouter les plaintes contre mes officiers, et j'ai cassé ceux qui pressuraient le peuple en mon nom. Un bailli qui vole le pauvre vole le roi, et le roi qui ferme les yeux vole Dieu. Tu m'as vu m'irriter de la lenteur, parfois ; mais je préfère un royaume gouverné lentement avec droiture qu'aveuglément avec rapidité. Mon père et mon aïeul m'ont laissé une couronne ; je veux la rendre à mon fils plus juste que je ne l'ai reçue. C'est là, je crois, le seul trésor qu'un prince doive amasser.
Un bailli qui vole le pauvre vole le roi, et le roi qui ferme les yeux vole Dieu.
—Sire, on murmure que vous avez payé la couronne d'épines plus cher que la chapelle bâtie pour l'abriter. Cette dépense ne vous fut-elle jamais reprochée ?
On me l'a reprochée, oui, et je l'entends encore. Cent trente-cinq mille livres à l'empereur Baudouin de Constantinople, pour une couronne de joncs tressés — quelle folie, disaient certains conseillers. Mais comprends-moi bien : que vaut l'or auprès des épines qui ont percé le front de Notre-Seigneur ? J'ai voulu que la France fût la gardienne de ce trésor, et que Paris devînt comme une nouvelle Jérusalem. La Sainte-Chapelle, je l'ai voulue toute de verre et de lumière, afin que le fidèle qui y entre se croie monté au ciel. La pierre et le vitrail coûtent moins que la relique, c'est vrai ; mais ce n'est pas l'écrin qui fait le prix, c'est ce qu'il garde.
Que vaut l'or auprès des épines qui ont percé le front de Notre-Seigneur ?
—Quand vous avez reçu cette relique, on raconte que vous l'avez portée vous-même, pieds nus. Qu'avez-vous éprouvé ce jour-là, mon roi ?
Ce fut le plus beau jour qui me fut donné, Joinville. J'ai quitté mes souliers et mon manteau royal, et j'ai porté la châsse sur mes épaules avec mon frère Robert, en chemise, à travers la foule jusqu'à Notre-Dame. Le roi n'était plus rien ce jour-là, qu'un pauvre pèlerin sous un fardeau sacré. J'ai senti le poids de ce bois sur ma nuque comme une grâce. Les gens pleuraient sur notre passage. Vois-tu, un roi n'est jamais si grand que lorsqu'il se fait petit devant Dieu. La couronne de France sur ma tête me pesait moins que cette couronne d'épines dans mes bras. Je crois que ce jour-là, mon peuple a compris à quel maître son roi obéissait.
Un roi n'est jamais si grand que lorsqu'il se fait petit devant Dieu.
—Sire, nous avons été pris ensemble à Mansourah, en cette année 1250. Quand vos geôliers menaçaient de vous torturer, d'où vous venait ce calme qui m'a tant frappé ?
Tu étais malade alors, Jean, brûlant de fièvre, et je craignais plus pour toi que pour moi. D'où me venait ce calme ? De ce que j'avais déjà tout remis entre les mains de Dieu. Un homme qui n'attend rien de ce monde, on ne peut le faire trembler par la menace. Ils me parlaient du bernicle, de cet engin qui brise les jambes ; je leur ai répondu que j'étais leur prisonnier, qu'ils pouvaient faire de mon corps ce qu'ils voulaient, mais non de mon âme. J'ai refusé de leur livrer une seule des forteresses des chrétiens, car elles n'étaient pas miennes à donner. Quatre cent mille livres pour ma rançon, et la cité de Damiette : voilà ce que j'ai cédé. Le reste, je l'ai gardé.
Ils pouvaient faire de mon corps ce qu'ils voulaient, mais non de mon âme.
—Beaucoup, après cette défaite, vous pressaient de rentrer en France. Pourquoi être demeuré encore quatre années en Terre sainte, mon roi ?
Tu te souviens du conseil que je tins, où presque tous voulaient le retour. Mon propre frère plaidait pour la France. Mais je me suis levé et j'ai dit que si je partais, le royaume de Jérusalem était perdu, et tous ces prisonniers chrétiens encore aux mains des Sarrasins, abandonnés. Comment aurais-je pu rentrer jouir de mon trône en les laissant croupir dans les fers ? Je suis resté pour relever les murailles d'Acre, de Césarée, de Jaffa, et pour racheter les captifs un à un. On m'a cru entêté ; j'étais seulement fidèle. Une croisade ne se mesure pas à une bataille gagnée ou perdue, mais à ce qu'on a tenu jusqu'au bout. Je ne suis revenu que ma mère morte, quand la France me rappelait vraiment.
On m'a cru entêté ; j'étais seulement fidèle.
—Sire, vous savez que je vous ai toujours dit ma franchise. Ce cilice, ces disciplines que votre confesseur vous donne le vendredi — n'est-ce pas trop pour un roi ?
Tu me l'as dit en face, oui, et tu te rappelles ma réponse quand tu m'as demandé si je laverais les pieds des pauvres : tu as fait la moue, Joinville ! Tu trouvais cela indigne d'un roi. Mais sache que je porte ce cilice non pour qu'on le voie — je l'ai longtemps caché sous mes vêtements — mais pour que ma chair n'oublie pas qu'elle est mortelle. Un roi est flatté du matin au soir ; il lui faut bien une douleur secrète pour le tenir humble. J'ai dû cesser la haire et la discipline, car le corps faiblit et le médecin me l'a défendu. Je ne demande pas qu'on m'imite. Chacun porte sa pénitence selon ce que Dieu lui donne de forces.
Il lui faut bien une douleur secrète pour le tenir humble.
—Je vous ai vu servir des lépreux à votre propre table, mon roi. Beaucoup à la cour en frémissent. Qu'allez-vous chercher auprès de ces misérables ?
Le visage du Christ, Jean, rien de moins. Quand je lave les pieds d'un pauvre ou que je porte le pain à un lépreux qui n'a plus de doigts pour le tenir, je sers Celui qui a dit que ce qu'on fait au plus petit, c'est à Lui qu'on le fait. La cour frémit, je le sais ; toi-même m'as avoué que tu préférerais commettre trente péchés mortels que de toucher un lépreux. Mais moi je te dis qu'il n'y a pas de lèpre pire que celle de l'âme. J'ai fondé les Quinze-Vingts pour trois cents aveugles, beaucoup revenus aveuglés d'Orient. Un roi qui n'a de mains que pour tenir le sceptre n'est qu'à demi roi. Ces pauvres sont mes seigneurs autant que je suis le leur.
Il n'y a pas de lèpre pire que celle de l'âme.
—Sire, vous parlez parfois de votre fils Philippe comme d'un homme à qui transmettre plus qu'une couronne. Que voudriez-vous lui laisser, par-dessus tout ?
Plus que la couronne, Joinville, je veux lui laisser une règle de vie. J'ai commencé à mettre par écrit pour lui ce que mon cœur lui crie : qu'il aime Dieu de toute sa force, car sans cela nul ne peut être sauvé ; qu'il préfère souffrir tout tourment plutôt que de commettre un péché mortel. Qu'il soit droit en justice, même contre lui-même, et qu'il tienne pour le pauvre contre le riche jusqu'à ce que la vérité soit connue. Un père ne lègue pas seulement des terres et un titre ; il lègue une manière de craindre Dieu et d'aimer son peuple. Si Philippe garde ces enseignements, il régnera mieux que moi. C'est là le seul héritage qui ne se perd ni à la guerre ni au jeu des successions.
Un père ne lègue pas seulement des terres et un titre ; il lègue une manière de craindre Dieu et d'aimer son peuple.
—On dit que vous songez à reprendre la croix, malgré votre santé. Mon roi, faut-il vraiment repartir, quand le royaume a tant besoin de vous ici ?
Je sais ce que tu penses, Jean, et je sais que tu ne reprendras pas la croix — tu me l'as fait entendre, préférant servir tes pauvres gens de Champagne qu'on pille en ton absence. Tu n'as pas tort selon le monde. Mais une dette demeure : la Terre sainte saigne, et j'ai juré jadis devant Dieu. Mon corps est usé, je le sens, et peut-être ne reverrai-je pas la France. Qu'importe, si je meurs au service de Notre-Seigneur ? On ne sert pas Dieu à moitié, ni selon son confort. Si je reste ici à vieillir dans mon palais quand les Lieux saints appellent, de quoi répondrai-je au dernier jour ? Prie pour moi, mon ami, comme tu l'as fait là-bas, en Égypte, quand tout semblait perdu.
On ne sert pas Dieu à moitié, ni selon son confort.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Louis IX (Saint Louis). Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


