Interview imaginaire avec Ludwig van Beethoven
par Charactorium · Ludwig van Beethoven (1770 — 1827) · Musique · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'un appartement viennois en désordre. Des partitions traînent partout, une tasse de café froid attend sur le bureau. Au milieu de tout cela, un vieux monsieur aux cheveux ébouriffés leur fait signe d'approcher et de poser leurs questions par écrit.
—C'était comment, votre maison ? On dirait qu'il y a du désordre partout !
Ah, tu as l'œil, mon enfant ! Oui, c'est un beau désordre, ici. Tu vois ces papiers par terre ? Ce sont mes idées de musique. Je dors mal, alors je travaille dès l'aube, parfois avant même de m'habiller. Et le matin, je me prépare mon café moi-même. Mais attention : je compte les grains. Soixante grains, pas un de plus, pas un de moins, pour chaque tasse. Mes voisins, eux, ne m'aiment pas beaucoup. J'oublie de vider mes assiettes, je chante fort, je tape du pied. À Vienne, les gens élégants me trouvent un peu sauvage. Mais imagine : si tu avais toute une symphonie dans la tête, est-ce que tu penserais à la vaisselle ?
Soixante grains de café par tasse : sur ça, j'étais exact comme une partition.
—Pourquoi vous avez déménagé autant de fois ? Vous n'aimiez pas vos maisons ?
Tu ne vas pas me croire : j'ai changé de logement plus de soixante fois ! À chaque fois, je laissais derrière moi des dettes et un grand désordre. Parfois un propriétaire en colère me mettait dehors. Mais le vrai problème, c'est que je rêvais toujours d'une fenêtre avec vue sur la campagne. Tu sais, à mon époque, un musicien comme moi ne gagne pas son pain tout seul. J'avais des protecteurs riches, des nobles. On appelait ça des mécènes : le prince Lichnowsky, l'archiduc Rodolphe. Ils me versaient une rente, un peu d'argent chaque année, pour que je puisse composer en paix. Sans eux, j'aurais eu froid et faim. Mais jamais je n'ai accepté de devenir leur domestique.
Un mécène te nourrit, mais ta musique, elle, n'appartient à personne.
—C'est vrai que vous deveniez sourd ? Ça a commencé quand, et vous aviez peur ?
Oui, mon enfant. Et c'est la chose la plus dure de ma vie. Ça a commencé vers 1798, j'étais encore jeune. D'abord un sifflement, puis les sons qui s'éloignent. Pour un musicien, comprends-tu, c'est comme un peintre qui devient aveugle. J'ai eu honte, j'ai voulu le cacher. J'ai écrit à mon ami Wegeler : « Je mène une vie misérable. » J'évitais les gens, parce que je ne pouvais pas leur dire : je suis sourd. Imagine que tu dois cacher un secret énorme, tous les jours, à tout le monde. C'était ça, ma peur. Mais j'ai pris une décision : ma musique, elle, continuerait à chanter, même si mes oreilles se taisaient.
Mes oreilles se sont tues, mais j'ai décidé que ma musique, elle, chanterait encore.
—Vous avez écrit une lettre triste à vos frères ? Qu'est-ce que vous disiez dedans ?
Tu parles de mon testament. En 1802, j'étais parti me reposer dans un petit village, Heiligenstadt, près de Vienne, pour soigner mes oreilles. Mais rien n'y faisait. Alors, dans le désespoir, j'ai écrit une longue lettre à mes frères. Je commençais ainsi : « Ô vous hommes qui me croyez malveillant, obstiné ou misanthrope, comme vous me faites tort ! » Je voulais qu'ils comprennent : si je paraissais froid, ce n'était pas de la méchanceté. C'était parce que je n'osais pas avouer ma surdité. J'ai même pensé à mourir, je te l'avoue. Et puis non. J'ai rangé cette lettre, j'ai repris ma plume. La musique m'a retenu en vie.
On m'a cru froid et méchant ; en vérité, je cachais mes oreilles malades.
—Mais comment on fait pour écrire de la musique quand on n'entend plus rien ?
Ah, voilà la vraie question ! Tu sais, la musique, je l'entendais encore… mais à l'intérieur de ma tête. Et pour sentir mon piano, j'ai trouvé des ruses. J'ai scié les pieds de mon instrument pour le poser à même le plancher. Comme ça, quand je jouais, les vibrations montaient dans le bois et dans le sol. Je les sentais dans mon corps. Parfois, je serrais une baguette de bois entre mes dents et je l'appuyais contre le piano : le son remontait par ma mâchoire jusqu'à l'intérieur de mon crâne. Imagine ça ! Mon ami Mälzel m'avait aussi fabriqué des cornets, des sortes de trompettes pour l'oreille. Le corps tout entier devient une oreille, quand il le faut.
Quand l'oreille se ferme, c'est le corps tout entier qui se met à écouter.

—Et les gens vous parlaient comment, si vous ne les entendiez plus du tout ?
Avec un crayon, mon enfant ! À partir de 1818, je ne pouvais vraiment plus entendre une voix. Alors mes visiteurs apportaient de petits cahiers. Quand ils voulaient me dire quelque chose, ils l'écrivaient, et moi je leur répondais à voix haute. On appelait ça mes carnets de conversation. Imagine une discussion où la moitié se parle et l'autre moitié s'écrit ! Mes éditeurs, mes amis, mes élèves : tous griffonnaient là-dedans. On en a gardé près de quatre cents. C'est devenu, sans que personne le veuille, le journal de ma vie. Tu vois, même le silence laisse des traces, si on sait les garder.
—On m'a dit que vous aimiez beaucoup Napoléon. Pourquoi un musicien aime un général ?
C'est vrai, je l'ai admiré, ce Napoléon ! Comprends bien : j'étais jeune quand la Révolution française a éclaté, en 1789. On parlait de liberté, d'égalité, on disait que les hommes n'étaient plus obligés de courber l'échine devant les nobles. Et ce Bonaparte, je le voyais comme le héros de ces idées-là. Un homme du peuple qui renverse les rois ! Alors, en 1804, j'ai composé une immense symphonie, ma troisième, et j'ai voulu y mettre toute cette force héroïque. Sur la page de titre, j'avais écrit son nom. Pour moi, c'était comme dédier ma musique à la liberté elle-même. J'y croyais de tout mon cœur, tu sais.
—Et c'est vrai que vous avez déchiré la page avec son nom ? Vous étiez en colère ?
En colère ? J'étais hors de moi ! Écoute bien. La même année, 1804, on m'apprend que Napoléon s'est fait couronner Empereur. Empereur ! Lui, l'homme de la liberté, qui se met une couronne sur la tête comme les rois d'avant ! J'ai senti une trahison. J'ai saisi la page de titre de ma symphonie, et j'ai raturé son nom si fort que j'ai presque troué le papier. Puis j'ai donné un autre titre à mon œuvre : la Symphonie héroïque. Pas l'héroïsme d'un seul homme ambitieux : l'héroïsme de tous ceux qui se battent pour quelque chose de plus grand qu'eux. Méfie-toi des héros, mon enfant : parfois la couronne leur tourne la tête.
Méfie-toi des héros : parfois la couronne leur tourne la tête.
—C'est quoi votre œuvre la plus belle, celle dont vous êtes le plus fier ?
Si je devais n'en garder qu'une… ce serait ma neuvième symphonie, en 1824. À ce moment-là, j'étais complètement sourd, je n'entendais plus une seule note. Et pourtant, j'ai osé quelque chose que personne n'avait jamais fait : faire chanter un chœur entier au milieu d'une symphonie. Imagine des dizaines de voix qui s'élèvent d'un coup ! Les paroles venaient d'un poème de mon ami le poète Schiller, l'Ode à la joie. Un chant qui dit que tous les hommes peuvent devenir frères. Moi, l'homme seul, désordonné, à moitié dans le silence, j'ai voulu offrir au monde un grand cri de joie. C'est ma musique préférée parce qu'elle parle à tout le monde.
Sourd et seul, j'ai voulu offrir au monde un grand cri de joie partagée.
—Le soir où on a joué cette symphonie, vous l'avez entendue applaudir ?
Non, mon enfant… et c'est l'un des moments les plus bouleversants de ma vie. C'était au théâtre, le Kärntnertortheater de Vienne. J'étais sur la scène, tourné vers les musiciens, à battre la mesure. Mais comme je n'entendais plus rien, un autre chef dirigeait vraiment l'orchestre. Quand la musique s'est tue, je suis resté là, le dos au public, sans bouger. Je ne savais pas que la salle était debout, qu'on agitait les mouchoirs, qu'on criait de joie. Alors une chanteuse m'a doucement pris le bras et m'a retourné vers la foule. Et là, j'ai vu. J'ai vu tous ces gens m'acclamer… que je ne pouvais pas entendre. J'ai pleuré, tu sais.
J'ai vu les applaudissements que je ne pouvais plus entendre.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ludwig van Beethoven. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


