Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Machiavel

par Charactorium · Machiavel (1469 — 1527) · Philosophie · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sur une butte de Sant'Andrea in Percussina, devant la modeste ferme toscane où Machiavel s'est exilé depuis sa disgrâce de 1512, que Francesco Vettori retrouve son ami par un soir d'hiver de 1513. Les souches fraîchement coupées fument encore dans la cour, et l'odeur du vin local flotte depuis la taverne voisine. Les deux hommes se connaissent de longue date, ont échangé d'innombrables lettres sur les affaires de Florence et de Rome, et Vettori vient pour comprendre ce que son ami fabrique, seul, dans ce cabinet où il s'enferme chaque nuit.

Niccolò, voilà bientôt un an que les Médicis sont rentrés et t'ont chassé de la chancellerie. Toi qui m'écris si souvent, dis-moi vraiment : comment vis-tu cette chute ?

Tu le sais mieux que personne, Francesco, toi à qui je confie mes humeurs depuis que la roue a tourné. J'ai servi la Signoria quatorze ans, de 1498 à 1512 : missions, dépêches, milices, je vivais au cœur des affaires. Et puis les Médicis sont revenus, on m'a destitué, jeté en prison, accusé d'un complot où je n'étais pour rien. On m'a donné la corde, six tours, et j'ai tout nié parce qu'il n'y avait rien à avouer. Aujourd'hui je gratte ma terre maigre, je compte mes bûches, et le matin pèse plus lourd que la torture. Mais crois-moi : un homme qui a vu le pouvoir de si près ne s'en guérit jamais tout à fait.

On m'a donné la corde, six tours, et j'ai tout nié parce qu'il n'y avait rien à avouer.

Tu m'as raconté dans ta dernière lettre un rituel étrange du soir. Explique-le-moi encore : pourquoi changer d'habits avant de t'asseoir à ta table ?

Ah, cette lettre que je t'ai écrite ce 10 décembre — je savais qu'elle te frapperait. Le jour, je suis ici un paysan parmi les paysans : je surveille mes bûcherons, je me querelle pour trois fagots, l'après-midi je joue aux dés à la taverne avec le meunier et le boucher, et la fange me couvre. Mais le soir venu, je rentre, j'ôte ces habits crottés, et je revêts des habits de cour, royaux et pontificaux. Ainsi vêtu, j'entre dans les cours antiques des hommes d'autrefois ; je leur parle, je les interroge sur leurs actions, et eux me répondent. Quatre heures durant, je ne sens plus l'ennui, j'oublie la pauvreté, la mort ne m'effraie plus. Je me donne tout entier à eux.

J'ôte ces habits crottés, et je revêts des habits de cour ; ainsi vêtu, j'entre dans les cours antiques des hommes d'autrefois.

Et de ces conversations nocturnes avec les Anciens, qu'as-tu tiré ? Tu m'as soufflé que tu noircissais des pages — sur quoi, mon ami ?

Sur le Prince, Francesco. Un petit traité, à peine cent feuillets, où je rassemble tout ce que j'ai appris sur la manière de conquérir et de garder un État. Je l'écris vite, en quelques semaines, comme on vide un trop-plein. J'y distingue les principautés selon leur origine — héritées, nouvelles, conquises par les armes ou par la fortuna — et je dis comment chacune se tient ou s'écroule. Et je songe à le dédier aux Médicis : qu'ils voient au moins que ces quinze années passées à étudier l'art de l'État ne furent pas perdues. Peut-être m'emploieront-ils de nouveau, ne fût-ce qu'à rouler une pierre. J'aime mieux servir que pourrir dans cette oisiveté.

Voilà qui troublera plus d'un prélat. Tu écris, m'as-tu dit, qu'un prince doit parfois savoir n'être pas bon. N'as-tu pas peur, Niccolò, qu'on te tienne pour un impie ?

Qu'on me tienne pour ce qu'on voudra ; je décris les hommes tels qu'ils sont, non tels que les prêcheurs les rêvent. Vois, Francesco : tant d'auteurs ont imaginé des républiques et des principautés qu'on n'a jamais vues. Moi, je vais à la vérité effective de la chose. Un prince qui voudrait être bon en tout, parmi tant d'autres qui ne le sont pas, court à sa ruine. Il lui est donc nécessaire, s'il veut se maintenir, d'apprendre à pouvoir n'être pas bon, et d'en user ou non selon la nécessité. Ce n'est pas que je chérisse le mal — c'est que la nécessité commande, et que la virtù d'un homme se mesure à sa façon de plier la fortuna, non à ses bonnes intentions.

Je décris les hommes tels qu'ils sont, non tels que les prêcheurs les rêvent.

Tu sépares donc la morale et la politique comme on tranche au couteau. Mais l'homme, derrière le secrétaire — toi que je connais — crois-tu vraiment qu'on gouverne sans vertu ?

Ne te méprends pas sur moi, mon ami. Je ne dis pas qu'il faille être méchant ; je dis qu'il faut savoir le devenir quand l'État l'exige, et redevenir bon dès qu'on le peut. Le prince doit être renard pour connaître les pièges et lion pour effrayer les loups — l'un sans l'autre ne tient pas. Dans mes Discours sur Tite-Live, tu verras que je préfère de loin la République, où la vertu des citoyens fait la grandeur, à la tyrannie d'un seul. Les hommes font le bien par nécessité ; rends-leur trop de liberté sans frein, et tout se remplit de confusion. Gouverner, c'est tenir cet équilibre cruel : ni saint, ni démon, mais lucide.

Le prince doit être renard pour connaître les pièges et lion pour effrayer les loups.
Tombe Nicolas Machiavel Florence
Tombe Nicolas Machiavel FlorenceWikimedia Commons, CC0 — Jebulon

Quand tu parles du prince énergique, je crois reconnaître une ombre. Songes-tu à ce César Borgia que tu suivis en Romagne ? Tu m'en parlais déjà avec feu, jadis.

Tu as l'œil juste, Francesco. En 1502, la Signoria m'envoya près du Valentinois, à Imola puis Cesena. Je l'ai observé des semaines durant, et je n'ai jamais vu homme allier pareille énergie à pareille froideur. Comment il s'empara de la Romagne, comment il sut se défaire des chefs qui le trahissaient à Senigallia — d'un coup, sans hésiter — comment il fit trancher la tête de son lieutenant Remirro de Orco et l'exposa sur la place, pour que le peuple le craignît tout en lui sachant gré du sang versé : voilà l'art de fonder un État neuf. La fortuna l'a abattu quand son père le pape mourut. Mais sans elle, il eût peut-être unifié l'Italie. De lui, j'ai beaucoup appris.

Je n'ai jamais vu homme allier pareille énergie à pareille froideur.

Tu l'admires donc encore, ce condottiere déchu ? Même tombé, même vaincu par le pape Jules II qu'il avait cru pouvoir manier ?

Je n'admire pas l'homme, j'étudie l'exemple — la nuance est tout. Borgia a commis une seule faute, mais capitale : il a laissé monter sur le trône de saint Pierre un cardinal qu'il avait offensé. Jules II ne pardonna jamais, et ce fut sa perte. Cela m'enseigne qu'un prince ne doit jamais croire qu'un bienfait nouveau efface une injure ancienne dans le cœur des puissants. Pour le reste, je le redis : qui veut bâtir du neuf doit savoir être impitoyable au bon moment, puis clément quand la chose est faite. Toi qui as vu Rome de près dans tes missions, tu sais que là-bas tout n'est que calcul et patience. Borgia fut foudroyé par la fortuna — mais sa virtù, elle, reste un modèle à méditer.

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Portrait of Niccolò Machiavellilabel QS:Lit,"Ritratto di Niccolò Machiavelli"label QS:Lfr,"Portrait de Niccolò Machiavelli"label QS:Lde,"Porträt von Niccolò Machiavelli"label QS:Len,"Portrait of NiccWikimedia Commons, Public domain — Santi di Tito

Parlons de la guerre, sujet qui te tient tant à cœur. Toi qui as armé les paysans florentins, pourquoi cette méfiance acharnée envers les troupes mercenaires ?

Parce qu'elles perdent ceux qui s'y fient, Francesco ! Un condottiere ne se bat que pour la solde ; sans elle, il déserte ou se vend à l'ennemi. L'Italie a été ravagée et humiliée précisément parce que ses princes ont confié leur sort à ces capitaines vénaux qui ménagent leurs hommes pour mieux durer et empocher. C'est pourquoi, dès 1506, j'ai poussé Florence à lever sa propre milice de citoyens, et en 1509 je l'ai conduite sous les murs de Pise jusqu'à la reddition de la ville. Voir nos propres paysans en armes reprendre Pise, ce jour-là, fut l'une de mes plus grandes fiertés. Un État ne tient debout que sur de bonnes lois et de bonnes armes — et les bonnes armes sont les siennes propres, jamais celles d'autrui.

Un État ne tient debout que sur de bonnes lois et de bonnes armes — et les bonnes armes sont les siennes propres.

Voilà donc le cœur de ce que tu veux mettre par écrit sur l'art militaire. Crois-tu vraiment qu'une cité comme la nôtre puisse renoncer aux soldats de métier ?

Je le crois, et je veux le démontrer dans un ouvrage que je médite, tout en dialogues, sur l'art de la guerre. Songe aux Romains, que je relis chaque nuit : leur force ne venait pas de bandes louées, mais de légions de citoyens-soldats qui défendaient leur propre liberté et leur propre terre. Un homme se bat autrement quand c'est sa maison, sa femme, son champ qu'il protège. La discipline, l'entraînement, l'amour du sol natal valent mieux que tout l'or versé aux mercenaires. Florence l'a oublié, l'Italie entière l'a oublié, et nous en payons le prix sous les bottes étrangères. Rendre les armes au peuple, c'est lui rendre sa dignité — et c'est la seule manière, mon cher Francesco, de relever cette pauvre péninsule.

L'heure se fait tardive et ta chandelle t'attend. Une dernière chose, Niccolò : que veux-tu, au fond, de tout ce labeur solitaire ?

Servir encore, Francesco — rien d'autre. Cette oisiveté me ronge plus que la corde ne l'a fait. J'ai donné quatorze ans à la République, j'ai vu Borgia, Jules II, l'empereur Maximilien ; j'ai appris des grands de ce monde et des morts illustres ce que peu d'hommes savent. Et me voilà à compter mes grives et mes fagots. Si tu peux glisser un mot en ma faveur auprès de qui de droit, à Rome ou à Florence, fais-le : je suis prêt à rouler des pierres pourvu qu'on m'emploie. Et si nul ne veut de moi, alors au moins ces pages diront un jour que Niccolò Machiavel n'était ni un sot ni un fainéant, mais un homme qui aimait sa patrie plus que son âme.

J'aimais ma patrie plus que mon âme.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Machiavel. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.