Interview imaginaire avec Machiavel
par Charactorium · Machiavel (1469 — 1527) · Philosophie · Politique · 5 min de lecture
Deux élèves de douze ans visitent une vieille ferme toscane, à Sant'Andrea. Un homme maigre au regard vif les attend près de la cheminée. C'est Nicolas Machiavel, et il accepte de leur raconter sa vie.
—Pourquoi vous viviez ici, dans cette ferme, loin de la ville ?
Tu sais, mon enfant, ce n'était pas mon choix. En 1512, les Médicis sont revenus au pouvoir à Florence. Moi, j'avais servi la République pendant quatorze ans. Du jour au lendemain, on m'a chassé de mon bureau. Pire : on m'a accusé de complot, arrêté, et même torturé. Imagine qu'on te serre les bras avec des cordes jusqu'à les déboîter. J'ai tout nié, car j'étais innocent. On m'a relâché, mais j'étais ruiné. Alors je me suis réfugié ici, dans cette maison de pierre, avec mes oliviers et mes poules. Un homme d'État devenu paysan. C'était comme tomber du haut d'une tour.
Un homme d'État devenu paysan : c'était comme tomber du haut d'une tour.
—Et c'est ici que vous avez écrit votre livre célèbre ?
Oui, Le Prince. Je l'ai écrit très vite, en quelques semaines, pendant l'année 1513. J'avais tout ce temps libre que je détestais, alors j'ai posé sur le papier tout ce que j'avais appris du pouvoir. Et j'avais une idée derrière la tête, je l'avoue. Je voulais l'offrir à Laurent de Médicis, le maître de Florence. Mon rêve, c'était qu'il lise mon petit livre, qu'il se dise : « cet homme connaît la politique mieux que personne », et qu'il me redonne un poste. Tu sais quoi ? Ça n'a pas marché. Il ne m'a jamais rappelé. Mon livre, lui, a traversé les siècles.
Mon rêve a échoué, mais mon petit livre a traversé les siècles.
—Ça se passait comment, vos soirées, quand vous écriviez ?
Ah, ça, c'est mon moment préféré, et je l'ai raconté à mon ami Francesco Vettori dans une lettre. Le jour, je travaillais aux champs, couvert de boue, je discutais avec les bûcherons. Mais le soir venu, tout changeait. Je rentrais, je retirais mes habits sales, et je revêtais mes plus beaux vêtements, mes habits de cour. Puis j'entrais dans mon cabinet. Là, j'ouvrais mes vieux livres d'histoire romaine. Et figure-toi que j'avais l'impression de rendre visite aux grands hommes de l'Antiquité, comme à des amis. Je leur posais des questions, et dans les livres, ils me répondaient. J'oubliais alors toute ma tristesse.
Le soir, je me changeais pour aller rendre visite aux grands hommes du passé.
—Pourquoi vous vous habilliez bien juste pour lire tout seul ?
C'est une jolie question, mon enfant. Vois-tu, pour moi, lire Tite-Live ou les autres Romains, ce n'était pas une corvée. C'était une visite à des gens que je respectais immensément. Et quand tu rends visite à quelqu'un d'important, tu ne viens pas en habits crottés, n'est-ce pas ? Tu te fais beau. Alors je m'habillais comme pour rencontrer un roi. C'était ma façon de leur dire merci. Ces auteurs morts depuis mille cinq cents ans m'apprenaient comment les peuples montent et tombent. Pendant ces heures-là, je n'étais plus un paysan ruiné. J'étais leur élève, et j'étais heureux.
—Avant tout ça, vous aviez rencontré des gens dangereux en vrai ?
Oh oui ! Pendant quatorze ans, j'étais le secrétaire de la chancellerie de Florence. En clair, j'étais une sorte de messager-espion : on m'envoyait parler aux princes et rapporter ce qu'ils mijotaient. J'ai vu le pape Jules II, terrible et colérique. J'ai vu l'empereur Maximilien. Mais le plus marquant, c'était César Borgia, en 1502. Je l'ai observé en Romagne, dans les villes de Cesena et d'Imola. Imagine un jeune homme magnifique, plein d'énergie, mais froid comme la glace. Il frappait vite, sans pitié, et personne ne le voyait venir. Il me fascinait et il me faisait peur, en même temps.
Il me fascinait et il me faisait peur, en même temps.

—Et c'est lui qui vous a donné l'idée de votre prince ?
Tu as deviné juste ! En le regardant agir, j'ai compris quelque chose d'important. Dans mes livres, les chefs étaient toujours sages et bons. Mais Borgia, lui, n'était pas comme dans les livres. Il était réel. Il faisait ce qu'il fallait pour garder son pouvoir, même quand c'était cruel. Alors je me suis dit : et si j'écrivais sur les hommes tels qu'ils sont vraiment, pas tels qu'on aimerait qu'ils soient ? C'est devenu toute ma méthode. Je n'ai pas inventé un prince parfait dans ma tête. J'ai regardé les vrais princes, avec leurs ruses et leurs coups bas, et j'ai écrit la vérité.
J'ai écrit sur les hommes tels qu'ils sont, pas tels qu'on les rêve.
—C'est vrai qu'on dit que vous étiez un peu méchant ?
Ah, cette réputation me suit partout ! On a même inventé un mot, le « machiavélisme », pour dire « être rusé et sans pitié ». Mais c'est injuste, mon enfant. Dans Le Prince, j'ai écrit qu'un chef doit parfois apprendre à ne pas être bon, et à s'en servir selon la nécessité. Ça choque, je sais. Mais je ne disais pas « soyez cruels ». Je disais : le pouvoir est un métier dur. Un chef trop gentil laisse parfois son peuple sombrer dans le chaos. Imagine un capitaine de bateau dans la tempête : s'il est trop doux, tout l'équipage se noie. Je décrivais le monde, je ne le rendais pas méchant.
Je décrivais le monde tel qu'il est, je ne le rendais pas méchant.
—C'est quoi la « fortune » dont vous parlez tout le temps ?
Bonne question ! À mon époque, on disait Fortuna. C'est le hasard, la chance, tout ce qu'on ne peut pas prévoir. Moi je disais que la Fortuna commande à peu près la moitié de ce qui nous arrive. Imagine un fleuve tranquille qui, soudain, déborde et emporte tout. Personne ne l'avait vu venir. Mais l'autre moitié, mon enfant, elle dépend de nous ! J'appelais ça la virtù : le courage, l'énergie, l'habileté d'agir au bon moment. Face au fleuve qui menace, l'homme courageux construit des digues avant l'orage. Voilà mon idée : la chance fait beaucoup, mais l'homme préparé fait le reste.
La chance fait la moitié ; ton courage fait l'autre moitié.

—Vous avez fait autre chose qu'écrire ? Genre, des trucs concrets ?
Bien sûr ! Je n'étais pas qu'un homme de plume. En 1509, j'ai organisé moi-même une armée pour Florence, et nous avons repris la ville de Pise. J'en étais très fier. Et figure-toi que je détestais une chose : les condottieri. C'étaient des soldats qu'on payait pour se battre, des mercenaires. Le problème ? Ils combattaient pour l'argent, pas pour leur patrie. Si l'ennemi payait plus, hop, ils changeaient de camp ! Moi, je voulais une armée de vrais citoyens, des gens qui défendent leur propre ville, leur propre maison. Un homme qui se bat pour sa famille vaut dix soldats payés.
Un homme qui défend sa maison vaut dix soldats payés pour se battre.
—Et ça, vous l'avez expliqué dans un livre aussi ?
Oui, dans L'Art de la guerre, publié en 1521. C'est le seul grand livre paru de mon vivant, tu sais. Les autres, on les a imprimés après ma mort. Je l'ai écrit comme une conversation, des amis qui discutent dans un beau jardin de Florence. J'y explique pourquoi une cité doit avoir ses propres soldats-citoyens. À mon époque, l'Italie était découpée en petites principautés qui se faisaient sans cesse la guerre. Et elles louaient des mercenaires qui les trahissaient. Je trouvais ça fou. Une cité forte, pour moi, c'est une cité dont les habitants savent tenir une lance pour se protéger eux-mêmes.
—Si vous reveniez aujourd'hui, qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne ?
Mon enfant, j'aimerais qu'on me lise vraiment, pas qu'on répète des bêtises sur moi. On raconte que sur mon lit de mort, j'aurais dit préférer l'enfer avec les grands hommes plutôt que le paradis avec les saints. Vraie ou fausse, cette histoire me ressemble : j'aimais comprendre les hommes puissants, même les pires. Ce que je voudrais te transmettre, c'est ceci : regarde le monde en face, avec courage, sans te raconter d'histoires. Comprends comment marchent vraiment les choses. C'est seulement ainsi qu'on peut agir avec justesse. Ne crois pas tout ce qu'on te dit. Observe, réfléchis, et garde toujours ta virtù, ton courage à toi.
Regarde le monde en face, sans te raconter d'histoires.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Machiavel. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



