Interview imaginaire avec Margaret Thatcher
par Charactorium · Margaret Thatcher (1925 — 2013) · Politique · 6 min de lecture
Londres, un soir d'hiver à la fin des années 1980. Dans son bureau du premier étage de Downing Street, une boîte rouge entrouverte sur la table, Margaret Thatcher reçoit à l'heure tardive où elle travaille encore quand la ville s'est tue. Le thé refroidit ; elle, non.
—On dit que tout, chez vous, est parti d'une épicerie. Que vous a appris ce comptoir de Grantham ?
Au-dessus de la boutique de mon père, Alfred Roberts, à Grantham, on n'avait pas le droit de dépenser ce qu'on n'avait pas gagné. C'était une loi de la maison avant d'être une conviction politique. On pesait, on comptait, on rendait la monnaie au centime près, et le samedi soir, le tiroir-caisse devait s'équilibrer ou l'on cherchait l'erreur. J'ai souvent comparé un État à un foyer ordinaire, et on m'a reproché cette image comme une naïveté de boutiquière. Mais je n'ai jamais vu pourquoi une nation pourrait se permettre ce qu'une famille de Lincolnshire se serait interdit. Ceux qui méprisaient ce bon sens-là appartenaient au vieux consensus de l'après-guerre, persuadés que l'argent de l'État tombait du ciel. Il tombe de la poche des gens.
Une nation ne peut se permettre ce qu'une famille de Lincolnshire se serait interdit.
—Vous parliez de l'économie nationale comme d'un budget de ménage. Pourquoi tenir à ce langage si simple ?
Parce qu'il est honnête. Les économistes m'expliquaient en équations ce qu'une ménagère comprenait d'instinct : on ne vit pas indéfiniment à crédit. Quand je tenais mon chéquier imaginaire devant la Chambre, ce n'était pas pour faire la leçon, c'était pour rappeler une vérité que les puissants détestent — il faut d'abord produire avant de répartir. Mon père fermait son livre de comptes le soir, à la lampe, et j'ai gardé cette habitude jusque dans la Red Box que je rouvrais à minuit passé. Le pays vivait au-dessus de ses moyens depuis 1945, drapé dans la belle générosité des autres. J'ai voulu rendre aux gens le sentiment qu'un shilling dépensé devait être un shilling mérité. On a appelé ça de la dureté. Moi, j'appelais ça de la décence.
—Vous répétiez qu'il n'y avait pas d'alternative. N'était-ce pas une manière de fermer le débat ?
Non, c'était une manière de l'ouvrir enfin sur le réel. Pendant trente ans, on avait fait semblant de croire qu'on pouvait tout nationaliser, tout subventionner, tout protéger, sans jamais payer la note. Le thatchérisme a simplement refusé ce mensonge confortable. Quand j'ai vendu British Telecom, puis British Gas, ce n'était pas un caprice idéologique : c'était rendre au citoyen ordinaire des entreprises que l'État gérait mal en son nom. Mais l'économie n'a jamais été mon but. Je l'ai dit au Sunday Times en 1981 : « Il faut changer l'âme du peuple avant de changer les règles. L'économie est la méthode ; l'objectif est de changer le cœur et l'âme. » On cite ma fermeté ; on oublie cette phrase, qui était la vraie.
L'économie est la méthode ; l'objectif est de changer le cœur et l'âme.
—Comment vouliez-vous transformer le caractère d'un peuple par la seule économie ?
En lui rendant la responsabilité de lui-même. Un homme qui possède son logement, ses actions, son avenir, ne se comporte pas comme un homme qui attend tout de l'État. La privatisation n'était pas qu'un transfert de titres, c'était une école de dignité. Quand un mineur, un postier, une infirmière achetaient pour la première fois quelques parts de l'entreprise où ils travaillaient, quelque chose changeait dans leur regard. On me dira que tous n'y ont pas gagné, et c'est vrai. Mais le consensus de l'après-guerre avait infantilisé une nation entière, l'avait habituée à tendre la main plutôt qu'à la tendre vers l'effort. Je voulais un pays de propriétaires, pas de quémandeurs. There is no alternative ne disait rien d'autre : il n'y a pas d'alternative à se prendre en charge soi-même.
—L'affrontement avec les mineurs reste le plus dur de vos combats intérieurs. Pourquoi refuser tout compromis ?
Parce qu'en face, Arthur Scargill ne voulait pas négocier des salaires : il voulait abattre un gouvernement élu. La grève de 1984-1985 n'était pas un conflit social, c'était une épreuve de souveraineté. On postait des piquets de grève — ce que les Anglais appellent le picketing — pour empêcher par la force des hommes libres d'aller travailler. J'avais déjà fait voter les Employment Acts précisément pour cela : ramener le syndicat dans la loi commune, le soumettre au vote secret de ses propres membres. Céder, c'eût été dire à tout meneur futur qu'une foule organisée valait plus qu'un bulletin de vote. J'avais prévenu dès 1980 : « You turn if you want to. The lady's not for turning. » Ce n'était pas de l'entêtement. C'était savoir où l'on va.
Ce n'était pas un conflit social, c'était une épreuve de souveraineté.

—Beaucoup vous reprochent d'avoir brisé des communautés ouvrières entières. Que répondez-vous à cette douleur ?
Je ne l'ai jamais niée, et je serais une menteuse de prétendre que la fermeture des mines fut indolore. Mais on ne sauve pas une industrie en payant des hommes à creuser un charbon que personne n'achète. C'eût été leur mentir, et mentir avec leur propre argent. Le vieux pacte d'après-guerre maintenait en vie des géants malades par perfusion publique ; j'ai débranché la perfusion, et cela a fait mal. Les Employment Acts de 1980 à 1984 ont rendu le pouvoir aux membres des syndicats contre leurs chefs, qui en avaient fait des armées personnelles. Au sein même de mon parti, on me trouvait trop dry, trop sèche ; les wets auraient préféré la tiédeur. Mais la tiédeur n'a jamais redressé un pays. Le courage de déplaire, parfois, est la seule forme de respect.
—Vous souvenez-vous de l'instant où vous avez décidé d'envoyer la flotte vers les Malouines ?
Avril 1982. On m'apporte la nouvelle : l'Argentine a posé son drapeau sur des îles britanniques, à treize mille kilomètres, et la moitié de mon cabinet me regarde comme si je devais m'incliner devant le fait accompli. Envoyer une flotte si loin, dans l'Atlantique Sud, à l'approche de l'hiver austral, était une folie pour les prudents. Mais on ne marchande pas la liberté de ses citoyens parce qu'ils habitent loin. Soixante-quatorze jours plus tard, le drapeau était redescendu. Devant les Communes, le 3 juillet, j'ai dit ce que je ressentais vraiment : « We have ceased to be a nation in retreat. » Voilà ce qui se jouait aux îles Malouines : non un caillou austral, mais l'idée qu'un pays peut cesser de reculer.
On ne marchande pas la liberté de ses citoyens parce qu'ils habitent loin.

—Cette victoire militaire a-t-elle changé quelque chose en vous, au-delà de votre popularité ?
Elle m'a confirmée plutôt qu'elle ne m'a changée. J'ai toujours pensé qu'une volonté claire vaut mieux que cent comités. Aux Malouines, j'ai vu de jeunes Britanniques accomplir, dans le froid de l'Atlantique Sud, ce que les diplomates jugeaient impossible. Le pays, lui aussi, s'est redressé : la même confiance que je cherchais à rendre par l'économie, il l'a éprouvée d'un coup, par les armes. Je l'ai dit aux Communes — cette assurance était « née dans les batailles économiques à la maison, et éprouvée à huit mille milles ». Les deux combats, celui des usines et celui de la flotte, n'en faisaient qu'un : rendre à une vieille nation le droit de se tenir droite. On me croyait dure ; j'étais surtout convaincue qu'un peuple qui doute de lui-même finit toujours par reculer.
—À Brighton, en 1984, une bombe a failli vous emporter. Comment trouve-t-on la force de parler le lendemain matin ?
On la trouve parce qu'on n'a pas le choix, si l'on croit à ce que l'on défend. Cette nuit d'octobre, au Grand Hôtel de Brighton, l'IRA a fait sauter l'étage où dormait la conférence de mon parti. Cinq personnes sont mortes ; des amis. J'aurais pu être du nombre. À l'aube, j'ai relu mon discours, crayon à la main comme toujours, et j'ai décidé que la conférence s'ouvrirait à l'heure prévue, pas une minute plus tard. Annuler, c'eût été leur donner la seule chose qu'ils voulaient. J'ai dit ce matin-là : « we only have to be lucky once; you will have to be lucky always. » La démocratie ne se laisse pas dynamiter. Elle ouvre ses portes à l'heure dite, et continue.
Annuler, c'eût été leur donner la seule chose qu'ils voulaient.
—Vous dormiez quatre heures par nuit, dit-on. Cette endurance était-elle un choix ou une nécessité ?
Un peu des deux, et beaucoup d'habitude. Dès Grantham, j'étais l'étudiante qui révisait quand les autres dormaient ; on ne se refait pas. À Downing Street, mes collaborateurs rentraient épuisés vers minuit, et je rouvrais la Red Box, ces dossiers que personne d'autre ne lirait avant l'aube. Quatre heures me suffisaient ; je disais, peut-être avec un peu d'orgueil, que les gens qui réussissent n'ont guère le temps de dormir. Après Brighton, surtout, le sommeil m'a paru un luxe presque indécent quand cinq personnes ne se réveilleraient plus. Diriger n'est pas un horaire de bureau, c'est une vigilance qui ne s'éteint jamais tout à fait. Le matin, le thé, les journaux annotés, la radio dès l'aube : ma vraie nuit, c'était ce silence-là, où je préparais le pays à son jour.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Margaret Thatcher. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



