Interview imaginaire avec Martin Luther
par Charactorium · Martin Luther (1483 — 1546) · Spiritualité · 5 min de lecture
C'est dans la grande maison de l'ancien couvent des Augustins de Wittemberg, par un soir d'automne 1539, que Katharina von Bora retrouve son mari attablé près de l'âtre. Les chopes de sa propre bière fument encore, un luth repose contre le banc, et les étudiants viennent de quitter la table après les Propos de table. Mariés depuis quatorze ans, ils se connaissent jusqu'au silence ; ce soir, Katharina veut entendre l'homme raconter, non le docteur enseigner.
—Martin, avant que je ne te connaisse, ce matin de la Toussaint 1517 où tu cloues tes thèses à la porte — quelle colère te poussait ?
Une colère sainte, Käthe, contre un marché ignoble. Le moine Tetzel parcourait nos terres en promettant que, dès que l'argent tinte dans le coffre, l'âme s'envole du purgatoire. Le pape Léon X avait besoin d'or pour bâtir sa basilique de Saint-Pierre, et l'on vendait le pardon de Dieu comme on vend du hareng au marché. Une indulgence ne peut effacer la moindre faute ; seule la contrition du cœur le peut. J'ai écrit mes quatre-vingt-quinze propositions en latin, pour disputer entre docteurs, sans imaginer le feu que j'allumais. L'imprimerie les a portées en quelques semaines à travers tout l'Empire. Je voulais réformer un abus ; Dieu, lui, voulait davantage.
On vendait le pardon de Dieu comme on vend du hareng au marché.
—Tu parles si simplement de cette nuit-là. Mais avais-tu peur, déjà, de ce que Rome te ferait payer ?
Sur le moment, non. Je n'étais qu'un docteur obscur de Wittemberg, et je croyais débattre comme on débat à l'université. Mais Rome ne supporte pas qu'on touche à sa bourse. Très vite, on m'a sommé de me taire, puis de me rétracter. J'ai compris que la question n'était plus l'argent, mais l'autorité : qui décide du salut des âmes ? Le pape prétendait tenir les clés du Ciel et de la bourse ensemble. J'ai répondu que l'Écriture seule lie la conscience. Alors la peur est venue, oui — non pour ma personne, mais pour cette vérité qu'on voulait étouffer sous le plomb d'une bulle.
—Quand tu es parti pour Worms en 1521, je n'étais pas encore à tes côtés. On t'avait dit que tu y mourrais. Pourquoi y aller ?
Parce qu'on me convoquait devant l'empereur Charles Quint lui-même, et qu'un homme qui fuit la lumière donne raison aux ténèbres. Mes amis me suppliaient de rester ; je leur ai répondu que j'irais à Worms quand bien même il y aurait autant de diables que de tuiles sur les toits. Devant les princes et les prélats, on me pressait de renier mes livres. Je n'ai pu. Ma conscience est captive de la Parole de Dieu, et agir contre sa conscience n'est ni sûr ni honnête. Me voici, j'ai dit, je ne puis faire autrement. On m'a mis au ban de l'Empire — un hors-la-loi que le premier venu pouvait tuer sans crime.
Ma conscience est captive de la Parole de Dieu : me voici, je ne puis faire autrement.
—Et puis tu as disparu. On te croyait mort. Raconte-moi encore cette Wartburg où l'on t'avait caché, mon ami.
Notre bon Frédéric le Sage avait tout arrangé : sur la route du retour, des cavaliers m'ont enlevé en feignant un guet-apens, et m'ont conduit au château de la Wartburg, perché dans les forêts de Thuringe. On m'a fait raser la tonsure, laisser pousser la barbe, et l'on m'appelait Junker Jörg, le chevalier Georges. Moi, le moine, déguisé en gentilhomme ! J'y ai connu l'ennui, les insomnies et les assauts du diable. Mais j'y ai aussi accompli le plus grand travail de ma vie : traduire le Nouveau Testament en notre allemand, en onze semaines. Je voulais que la servante au puits et le laboureur au champ pussent lire eux-mêmes la Parole, dans la langue du peuple.
Je voulais que la servante au puits pût lire elle-même la Parole.

—Tu dis « la langue du peuple » — mais pourquoi t'acharner sur chaque mot allemand, toi qui savais déjà le grec et l'hébreu ?
Parce que traduire n'est pas transposer mot pour mot, Käthe ! Il ne faut pas demander aux lettres du latin comment parler allemand ; il faut écouter la mère dans sa maison, l'enfant dans la rue, l'homme du marché, et regarder leur bouche pour savoir comment ils parlent. Une Écriture qu'on ne comprend pas reste lettre morte, et l'on retombe dans la superstition des prêtres. J'ai pesé certains versets des jours entiers, cherchant le terme juste qui ferait sonner la Parole comme une cloche claire. Quand un croyant lit l'Évangile dans sa propre langue, plus aucun docteur ne peut s'interposer entre lui et son Dieu. C'est là toute la Réforme tenue dans un livre.
—Les gens t'appellent rebelle, démolisseur. Mais qu'as-tu voulu bâtir, au fond, avec ton traité De la liberté du chrétien ?
Une liberté qu'aucun prince ne peut donner ni ôter. J'ai écrit que le chrétien est un libre seigneur de toutes choses, soumis à personne — et dans le même souffle, un serviteur de toutes choses, soumis à chacun. Cela paraît contradictoire, et pourtant c'est l'Évangile entier. Libre, parce que la foi seule, sola fide, le justifie devant Dieu, sans le prix des œuvres ni des indulgences. Serviteur, parce que cette foi, par amour, se dépense pour le prochain. Et cette foi ne se règle ni sur le pape ni sur les conciles, mais sur l'Écriture seule, sola scriptura. J'ai aussi rendu les sacrements à ce qu'enseigne la Bible : le baptême et la cène, non sept. Voilà ce que j'ai bâti — non un désordre, mais un retour.
Le chrétien est libre seigneur de toutes choses, et serviteur de toutes choses.

—Tu dis « la foi seule ». Mais nos voisins catholiques te reprochent de dispenser les hommes de faire le bien. Que leur réponds-tu ?
Qu'ils n'ont rien compris, ou feignent de ne rien comprendre. Je ne dis pas que les bonnes œuvres sont mauvaises — je dis qu'elles ne sauvent pas. Un bon arbre porte de bons fruits, mais ce ne sont pas les fruits qui font l'arbre bon ; c'est l'inverse. La foi rend l'homme juste, et l'homme juste fait le bien naturellement, par gratitude, non par marchandage pour gagner le Ciel. Croire qu'on achète Dieu par ses œuvres ou ses pièces, c'est l'orgueil même. Le salut est un don, non un salaire. Quand tu donnes à un pauvre de notre porte, Käthe, tu ne paies pas ton entrée au Paradis : tu remercies celui qui te l'a déjà ouvert.
Le salut est un don, non un salaire.
—Parle-moi de nous, à présent. Quand tu m'as épousée en 1525, moi, nonne enfuie de mon couvent — toute l'Europe a crié au scandale. L'as-tu regretté ?
Pas une heure, Käthe, et tu le sais mieux que quiconque. On nous montrait du doigt : un moine épousant une nonne, quel sacrilège ! Mais le mariage est une institution voulue de Dieu, non un piège à éviter par les hommes d'Église. Je l'ai épousé pour faire enrager le pape et réjouir les anges, et pour rendre témoignage que le pasteur peut avoir foyer et famille. Tu as fait de cette grande bâtisse vide une maison vivante : tu brasses ta bière, tu gouvernes nos terres, nos pensionnaires, nos enfants, mieux qu'aucun intendant. On m'appelle docteur ; toi, je t'appelle mon seigneur Käthe. Sans toi, je ne serais qu'un vieux moine bougon enseveli sous ses livres.
Je l'ai épousé pour faire enrager le pape et réjouir les anges.
—Le soir, tu prends souvent le luth avant de monter. Pourquoi la musique compte-t-elle tant pour toi, qui pourrais te contenter de prier ?
Parce que la musique est le plus beau don de Dieu après la théologie elle-même, Käthe. Elle chasse le diable, qui ne supporte pas la joie, et apaise les cœurs lourds comme le mien après une journée de combats. J'ai voulu que tout le peuple chante, et non plus seulement les chœurs en latin que nul ne comprend — alors j'ai composé des cantiques dans notre langue, comme Ein feste Burg ist unser Gott, pour que chaque fidèle élève la voix. Une foi qui chante est une foi vivante. Le soir, quand nous prenons le luth ensemble près du feu, je crois entendre déjà un avant-goût du Ciel. La Parole nourrit l'âme ; la musique lui donne des ailes.
Une foi qui chante est une foi vivante.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Martin Luther. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


