Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Mehmet II

par Charactorium · Mehmet II (1432 — 1481) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans une cour intérieure du nouveau palais de Topkapi, en cette fin d'été 1467, que Critobule d'Imbros retrouve le sultan Mehmed. L'air sent la chaux fraîche des chantiers encore ouverts ; au loin, la rumeur du Bosphore monte jusqu'aux pavillons. Le Grec connaît le maître des lieux depuis la conquête, lui dont il rassemble les hauts faits dans son Histoire de Mehmed II, et il vient ce jour-là confronter ce qu'il a écrit à la voix même du Conquérant. Le sultan, qui sait sa plume favorable, l'accueille comme un homme à qui l'on peut parler sans masque.

Seigneur, j'ai consigné dans mon récit cette nuit où tes navires ont franchi les collines. Comment l'idée d'un tel passage par la terre t'est-elle venue ?

Toi qui as recueilli les bouches des soldats, Critobule, tu sais qu'il n'y avait pas d'autre voie. La chaîne barrait la Corne d'Or et mes galères se brisaient en vain contre elle. Alors j'ai cessé de regarder l'eau et j'ai regardé la pente. En une nuit, sur des rondins huilés, mes hommes ont tiré une partie de ma flotte par-dessus les hauteurs de Galata. Au matin, les Grecs ont vu mes navires flotter là où ils se croyaient à l'abri. Comprends-le bien : la bombarde d'Urbain brisait leurs murailles de front, mais ce passage par la colline brisait quelque chose de plus précieux encore, leur certitude. Un mur tombé se reconstruit ; une espérance morte, jamais.

Un mur tombé se reconstruit ; une espérance morte, jamais.

On dit que cette bombarde géante t'obséda jeune encore. Qu'attendais-tu vraiment d'une machine que nul n'avait osé fondre auparavant ?

J'avais à peine vingt et un ans, et l'on me disait que les murs de Théodose étaient l'œuvre de Dieu, indestructibles. Je n'ai pas cru cela. Quand le fondeur Urbain est venu m'offrir son art, après que les Grecs eurent refusé sa solde, je lui ai donné tout ce qu'il demandait. Sa bombarde lançait des boulets de plus de cinq cents livres ; il fallait des heures pour la recharger, et elle se fendait parfois sous sa propre fureur. Mes conseillers la trouvaient lente, coûteuse, hasardeuse. Mais chaque coup arrachait à la muraille ce que cent ans n'avaient pu lui prendre. J'ai appris ce jour-là qu'un prince doit savoir miser sur l'outil que les autres jugent déraisonnable.

Un prince doit savoir miser sur l'outil que les autres jugent déraisonnable.

Tu te souviens, le jour de l'entrée, je t'ai vu pénétrer dans Sainte-Sophie. On raconte que tu y as murmuré un vers sur la ruine des empires. Qu'as-tu éprouvé sous cette coupole ?

Tu étais là, et tu sais combien la beauté de cet édifice m'a saisi. J'y ai prié, et la pierre chrétienne est devenue maison de l'islam sous mes yeux. Puis je suis monté vers le vieux palais des empereurs, et je l'ai trouvé désert, livré au silence. Là, devant ces salles où des Césars avaient régné mille ans, m'est venu un vers persan : l'araignée tisse sa toile dans le palais des empereurs. Tu crois peut-être que la victoire enivre. Elle instruit aussi. Ce jour-là, en posant la main sur ces murs froids, j'ai compris que ma propre grandeur connaîtrait son crépuscule. Le conquérant qui oublie cela prépare sa chute.

L'araignée tisse sa toile dans le palais des empereurs.

Je sais que le soir, loin des conseils, tu composes des vers sous le nom d'Avnî. Pourquoi un sultan victorieux a-t-il encore besoin de la poésie ?

Parce qu'un homme n'est pas seulement un trône, Critobule. Le jour, je suis sultan : je tranche, j'ordonne, je fais marcher des armées. Mais quand les flambeaux baissent, je redeviens un homme qui doute, qui désire, qui craint la mort comme tout mortel. La langue persane me donne les mots que la langue du pouvoir m'interdit. Sous le nom d'Avnî, je puis avouer ce qu'un souverain ne saurait dire à haute voix. Toi qui écris ma vie, tu peindras mes conquêtes et mes lois ; mais l'homme qui les a faites, tu ne le saisiras vraiment que dans ces vers où je ne commande rien. Là seulement je ne mens pas.

La langue persane me donne les mots que la langue du pouvoir m'interdit.

Tu fais rédiger un code de lois, le Kanunname, qui autorise un sultan à faire périr ses propres frères. Comment justifies-tu une loi si dure, toi que je dépeins en prince éclairé ?

Ne détourne pas les yeux de cette loi, ami, car elle est le cœur même de mon œuvre. Tu as vu de tes années ce que les guerres de succession font à un empire : des fils dressés les uns contre les autres, des provinces ensanglantées, des peuples livrés au pillage pendant que les princes se disputent un trône. Mon Kanun dit que celui qui montera sur le trône fasse mourir ses frères, pour l'ordre du monde, et la plupart des docteurs de la loi l'ont approuvé. Crois-tu que j'ignore le poids d'une telle parole ? Je l'écris froidement parce que l'alternative est mille fois plus sanglante. Mieux vaut une mort qui sauve un empire que cent mille qui le déchirent.

Mieux vaut une mort qui sauve un empire que cent mille qui le déchirent.
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The Sultan Mehmet II title QS:P1476,en:"The Sultan Mehmet II "label QS:Len,"The Sultan Mehmet II "label QS:Lit,"Ritratto del sultano Mehmet II"label QS:Lfr,"Le Sultan Mehmet II"label QS:Lar,"بورتريهWikimedia Commons, Public domain — Gentile Bellini

En séparant ainsi ton Kanun de la seule loi religieuse, ne crains-tu pas qu'on te reproche de placer la volonté du sultan au-dessus de celle de Dieu ?

On me le reprochera, sois-en sûr, et je le sais. Mais distingue bien les choses : la charia gouverne l'âme, le commerce des hommes avec leur Créateur ; mon Kanun gouverne l'État, la hiérarchie de la cour, les successions, l'impôt, mille affaires que le Livre ne tranche pas en détail. Je n'élève rien au-dessus de Dieu ; j'organise ce qu'Il a laissé à la prudence des princes. Un empire qui s'étend de la mer Noire aux Balkans ne se tient pas avec des sermons seulement. Il lui faut un ordre écrit, stable, que mes successeurs pourront suivre quand je ne serai plus. Voilà pourquoi je fixe ces lois : non pour ma gloire, mais pour que l'édifice tienne sans moi.

Un empire ne se tient pas avec des sermons seulement.

Tu as fait venir un peintre de Venise, Gentile Bellini, pour fixer tes traits. Beaucoup s'en étonnent chez un prince de l'islam. Que cherchais-tu dans ce portrait ?

Ceux qui s'en étonnent ne me connaissent pas comme toi. Je parle le grec, le latin, l'arabe et le persan ; je lis les anciens d'Athènes comme les sages de Perse. Pourquoi me priverais-je de l'art des Latins quand il est admirable ? Après ma paix avec Venise, j'ai demandé qu'on m'envoyât leur meilleur pinceau, et Bellini est venu vivre à ma cour. Qu'il fixe mon visage comme les princes d'Italie fixent le leur, voilà qui me plaît. Je ne veux pas d'un empire fermé, méfiant de tout ce qui n'est pas lui. La curiosité n'affaiblit pas la foi ; elle élargit le souverain. Un prince qui ne s'instruit qu'auprès des siens reste à demi aveugle.

La curiosité n'affaiblit pas la foi ; elle élargit le souverain.

Toi qui réunis à ta table des savants grecs, italiens et persans, ne redoutes-tu pas que tes propres docteurs y voient une porte ouverte à l'étranger ?

Ils le murmurent, je l'entends. Mais réfléchis avec moi, Critobule : qui a élevé Constantinople au rang qu'elle tenait, sinon le mélange des peuples et des savoirs ? J'attire à moi les géomètres, les médecins, les philosophes, qu'ils viennent de Trébizonde, de Florence ou d'Ispahan. À ma table, on dispute des textes des Grecs anciens autant que du Livre. Je veux que ma capitale rayonne comme un foyer où toutes les lumières se rejoignent. Mes docteurs craignent l'étranger ; moi, je crains l'ignorance, qui est un ennemi bien plus dangereux. Un sultan qui ferme sa cour aux savoirs du monde gouverne un empire borgne. J'ai choisi de gouverner les deux yeux ouverts.

Je crains l'ignorance, qui est un ennemi bien plus dangereux que l'étranger.

Quand je suis entré dans la ville après le siège, je l'ai vue à demi vide, ses maisons béantes. Comment comptes-tu rendre vie à une capitale en ruines ?

Tu l'as vue dans son deuil, et moi je l'ai vue telle qu'elle devait redevenir. Une ville sans habitants n'est qu'un tombeau ; j'ai donc rappelé les peuples. Par mes firmans, j'ai fait revenir des Grecs, installer des Arméniens, des Juifs, des marchands de toutes provinces, en leur garantissant leurs lois et leurs prières. J'ai relevé les mosquées, ouvert les bazars, fondé des medersas, et bâti Topkapi où nous parlons à cette heure. Je n'ai pas voulu effacer la cité des Césars : je l'ai voulue plus peuplée, plus riche, plus vivante qu'avant ma venue. Une conquête qui laisse un désert n'est pas une victoire. C'est en repeuplant Istanbul que je l'ai vraiment prise.

C'est en repeuplant Istanbul que je l'ai vraiment prise.

Tu laisses chaque communauté garder ses chefs et sa foi, par ce système des millet. Pourquoi un conquérant musulman accorde-t-il tant aux vaincus chrétiens et juifs ?

Parce que je veux régner sur des sujets, non sur des cendres, Critobule. J'ai confirmé un patriarche aux Grecs, laissé aux Juifs et aux Arméniens leurs chefs et leurs tribunaux. Chacun de ces millet répond de lui-même devant moi, paie son tribut, et garde en échange sa langue, son culte, ses coutumes. Crois-tu que la contrainte donne des sujets fidèles ? Elle donne des révoltés qui attendent leur heure. En laissant à chaque peuple ce qui lui est cher, je me les attache plus sûrement que par mille janissaires. Un empire ne dure pas par la seule épée : il dure par l'art de faire vivre ensemble des hommes qui ne prient pas le même Dieu. Voilà l'ouvrage le plus difficile, et le plus durable.

Un empire ne dure pas par la seule épée.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mehmet II. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.