Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Mélusine

par Charactorium · Mélusine · Mythologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Au crépuscule, près d'une fontaine de la forêt de Coulombiers, une dame d'eau accepte de paraître. Sa robe traîne sur la mousse, et l'on devine, sous l'ourlet, quelque chose qui n'est pas tout à fait un pied. Elle parle bas, comme on parle quand on a longtemps gardé un secret.

Comment Raymond vous a-t-il rencontrée, ce soir-là dans le Poitou ?

Il chevauchait éperdu, le malheureux, fuyant un sang qu'il avait versé par mégarde à la chasse. C'est près de la fontaine de Coulombiers qu'il m'a trouvée, à l'heure où l'eau devient noire et où les fées se font visibles. Je l'attendais, comprenez-vous, car nous autres, créatures de l'onde, savons reconnaître ceux que le destin nous amène. Je lui ai parlé doucement, je lui ai offert une fortune et un lignage, et je n'ai demandé qu'une chose : qu'il ne cherchât jamais à me voir le samedi. Les hommes croient choisir ; en vérité, ils acceptent. Il a accepté, comme on boit à une source sans en mesurer la profondeur.

Les hommes croient choisir ; en vérité, ils acceptent.

Pourquoi cette interdiction du samedi, précisément ?

Le samedi est mon jour de vérité, celui où ma nature reprend ses droits malgré moi. De la taille jusqu'au visage, je demeure femme ; mais en deçà, mon corps s'allonge en queue de serpent longue et grosse, et je me baigne seule dans une cuve d'eau chaude, retrouvant l'élément dont je viens. Ce n'est pas une honte que je cachais, c'est une loi. Une malédiction posée sur moi par ma propre mère, pour une faute ancienne que les vivants n'ont pas à connaître. Tant que Raymond respectait le pacte, l'eau et la terre cohabitaient en paix dans notre demeure. L'interdit n'était pas un caprice de femme : c'était la digue qui retenait deux mondes.

L'interdit n'était pas un caprice de femme : c'était la digue qui retenait deux mondes.

Que s'est-il passé le jour où il a rompu sa promesse ?

On lui avait soufflé que je le trompais, que mes absences cachaient un amant. La jalousie est une lame plus tranchante que toute épée de chevalier. Il vint, un samedi, percer d'un fer la porte de mon bain. Par cette ouverture étroite, il me vit telle que je suis, à demi serpente dans l'eau fumante. Je le sus à l'instant même, à un froid qui me traversa l'échine. J'aurais pu lui pardonner ce regard volé ; mais lorsque, plus tard, dans sa colère devant la cour, il me nomma tout haut « serpente », alors le pacte fut brisé sans retour. Le secret tu, on survit ; le secret crié, on disparaît.

Le secret tu, on survit ; le secret crié, on disparaît.

Vous souvenez-vous de l'instant de votre départ ?

Je m'en souviendrai jusqu'à la fin des âges, car cet instant n'a pas de fin pour moi. Je suis montée sur le rebord de la fenêtre, et mon corps tout entier a cédé à l'onde et à l'air : je suis devenue serpente ailée, immense, et j'ai fait trois fois le tour des tours de Lusignan en poussant un cri que nul mur n'a pu retenir. Mes fils dormaient ; je les ai effleurés du regard, ne pouvant plus les toucher de mes mains de femme. Depuis, dit-on, je reviens hurler sur les remparts quand un seigneur de ma race va mourir. On ne quitte pas ce qu'on a bâti : on le hante.

On ne quitte pas ce qu'on a bâti : on le hante.

Que diriez-vous de cette demeure, le château de Lusignan, qu'on vous attribue tout entier ?

Je l'ai dressé en une seule nuit, pierre sur pierre, pendant que le Poitou dormait. Au matin, là où il n'y avait qu'une lande, se tenait une forteresse aux murailles si hautes que les bergers crurent à un songe. Ce n'était pas vanité : une dynastie sans assise est un nom porté par le vent. J'ai donné aux Lusignan un roc, des fossés, une chapelle, et bientôt le pays alentour devint riche et puissant. Les hommes bâtissent en cent ans ce que je bâtis avant l'aube, parce que je connais le langage de la pierre comme celui de l'eau. Tout ce que vous voyez de durable en ce monde a souvent été posé par des mains qu'on n'ose pas nommer.

Une dynastie sans assise est un nom porté par le vent.
Mélusine par Jules Garnier
Mélusine par Jules GarnierWikimedia Commons, Public domain — Jules-Arsène Garnier

Vos contemporains croyaient-ils vraiment que vous aviez élevé ces murs par magie ?

Croire est un grand mot pour des gens qui voyaient la forteresse et n'y trouvaient pas d'autre explication. Une fontaine où une fée paraît, un château surgi en une nuit, une dame qu'on ne voit jamais le samedi : assemblez ces signes, et la légende se construit aussi sûrement que le donjon. J'ai laissé faire, car le merveilleux sert ceux qui l'inspirent. Un seigneur dont l'aïeule a remué les pierres par enchantement inspire plus de crainte qu'un homme né d'un simple mariage. Les murs de Parthenay comme ceux de Lusignan portent encore, dit-on, la marque de mon passage. Le prodige est un ciment qui tient mieux que la chaux.

Le prodige est un ciment qui tient mieux que la chaux.

Comment expliquez-vous votre lien si étroit avec l'eau et la métamorphose ?

Je viens de l'onde, de ces eaux dormantes qu'on dit communiquer avec l'île d'Avalon et les royaumes féeriques. L'eau est mon premier vêtement et ma dernière demeure. C'est près d'une fontaine que les hommes me rencontrent, c'est dans le bain que ma vérité se révèle, et c'est sous la forme d'une serpente d'eau que je m'enfuis. Le miroir d'un bassin me montre telle que je suis vraiment, là où les miroirs de la cour ne renvoient qu'une dame en sa robe. La métamorphose n'est pas une punition seule : c'est le rappel que je n'appartiens jamais tout à fait à la terre ferme. On ne marie pas une rivière sans qu'elle déborde un jour.

On ne marie pas une rivière sans qu'elle déborde un jour.

Pourquoi avoir laissé Raymond vous voir un jour, alors que tout reposait sur ce secret ?

Je ne l'ai pas laissé : il a forcé. Mais vous touchez là une vérité que je n'aime guère dire. Toute créature double désire, au fond, être vue entière. Sous ma forme de fée, parée de ma robe et de mes coiffes de dame, j'étais aimée pour la moitié de moi-même. La queue de serpent qui battait l'eau chaude le samedi, c'était l'autre moitié, celle que nul ne devait chérir. Peut-être ai-je, sans le vouloir, espéré qu'il m'aimerait jusque-là. Les fées aussi connaissent cette faim d'être reconnues telles qu'elles sont. C'est pourquoi, lorsque le regard est venu, j'ai éprouvé autant de soulagement que d'effroi.

Toute créature double désire, au fond, être vue entière.
Fougères (35) Église Saint-Sulpice Sculpture de la fée Mélusine
Fougères (35) Église Saint-Sulpice Sculpture de la fée MélusineWikimedia Commons, CC0 — GO69

Que sont devenus les dix enfants que vous avez donnés à Raymond ?

Dix fils, oui, et chacun marqué d'un signe étrange à sa naissance — une dent de trop, une oreille démesurée, un œil rouge — comme si ma nature affleurait dans leur chair. Ils ont essaimé bien au-delà du Poitou. Mes descendants ont régné jusqu'en Chypre et porté leurs armes en Terre sainte, là où les croisés bâtissaient des royaumes. Pendant des générations, les seigneurs de ma race ont revendiqué tout haut d'avoir une fée pour aïeule. Folie ? Calcul, plutôt : une ascendance à demi divine vaut mieux qu'un long parchemin de titres. J'ai donné à cette dynastie plus que des terres : je lui ai donné un sang dont on n'oserait jamais railler l'origine.

Une ascendance à demi divine vaut mieux qu'un long parchemin de titres.

Comment votre histoire est-elle parvenue jusqu'aux hommes qui l'ont écrite ?

Longtemps, je n'ai vécu que dans les bouches. Des jongleurs et des trouvères chantaient ma geste de château en château, et chaque voix ajoutait sa pierre à ma légende comme j'en ai ajouté aux miennes. Bien avant qu'on me couche sur le parchemin, on murmurait déjà mon nom près des fontaines du Poitou. Puis vint un clerc nommé Jean d'Arras, qui rassembla ces rumeurs éparses et en fit un roman en prose, ordonné, pour plaire à de hauts seigneurs. Un autre, Couldrette, le reprit en vers peu après. Ils croyaient me fixer ; ils n'ont fait que me donner mille demeures de papier. Une légende mise en livre ne meurt plus, mais elle cesse aussi de changer.

Ils croyaient me fixer ; ils n'ont fait que me donner mille demeures de papier.

Que ressentez-vous à l'idée d'être ainsi figée dans un manuscrit, vous qui êtes faite de mouvement ?

Un mélange que les vivants connaissent mal. Tant que je passais de voix en voix, j'étais libre : tantôt fée bienfaisante, tantôt serpente terrible, selon le cœur de celui qui chantait. Le roman de Jean d'Arras m'a donné une forme arrêtée, belle sans doute, mais arrêtée. Le merveilleux aime l'ombre et la variante ; le livre, lui, exige une seule vérité. Et pourtant, sans ces pages, qui dirait encore mon nom ? Je suis comme l'eau que l'on met en vase : conservée, mais privée de courant. Si je pouvais imaginer qu'on me lise encore dans des siècles, je souhaiterais qu'on n'oublie pas le cri sur les tours — car c'est dans le cri, non dans l'encre, que je suis tout entière.

Je suis comme l'eau que l'on met en vase : conservée, mais privée de courant.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mélusine. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.