Interview imaginaire avec Napoléon Bonaparte
par Charactorium · Napoléon Bonaparte (1769 — 1821) · Politique · 5 min de lecture
C'est dans les allées de roses de la Malmaison, par un matin de printemps 1813, que Joséphine reçoit celui qui fut son époux. La Grande Armée vient de se briser sur les neiges de Russie, et l'Empire, pour la première fois, vacille. Divorcés depuis trois ans, ils ne se sont pourtant jamais tout à fait quittés : elle l'appelle encore Bonaparte, il vient chercher chez elle un silence qu'aucune cour ne lui donne. Entre le parfum des premières fleurs et le bruit lointain d'une fontaine, elle l'interroge non en impératrice déchue, mais en femme qui connaît l'homme sous le bicorne.
—Bonaparte, quand je t'ai connu tu n'étais qu'un jeune général pressé. Parle-moi de Toulon, ce siège qui, dit-on, t'a tout donné.
Tu t'en souviens bien, Joséphine : on me confiait l'artillerie d'une armée découragée, et l'on doutait qu'un Corse de vingt-quatre ans sût où placer ses canons. J'ai vu d'un seul coup d'œil que tout tenait à un fort, l'Aiguillette, qui commandait la rade. Prenez ce point, répétais-je, et les Anglais lèvent l'ancre. On m'a laissé faire par lassitude plus que par confiance. La ville reprise, j'étais général de brigade en 1793, avant même d'avoir l'âge de mener un bataillon. Ce jour-là j'ai compris une chose que je n'ai plus jamais oubliée : la fortune se donne à qui ose la saisir le premier.
La fortune se donne à qui ose la saisir le premier.
—Et l'Italie ? Tu m'écrivais du front ces lettres brûlantes pendant que tes soldats, disais-tu, marchaient pieds nus. Comment les tenais-tu ?
Je ne les tenais pas, Joséphine : je leur parlais vrai. Je leur ai dit qu'ils étaient nus, mal nourris, que le gouvernement leur devait beaucoup et ne pouvait rien leur donner. Puis je leur ai promis les plus fertiles plaines du monde. Un soldat pardonne la faim si on lui montre l'horizon. En quelques semaines nous avions plié le Piémont ; en un an, l'Autriche reculait. Je partageais leur bivouac, je connaissais le nom de leurs anciens, je récompensais le brave devant le rang. Une armée, vois-tu, ne se commande pas avec des ordres : elle se mène avec de la gloire promise — et un peu tenue.
—Au retour d'Égypte tout vacillait, et le 18 Brumaire tu as pris le pouvoir. Mais après, comment rebâtir un pays en ruine ?
On croit que le plus dur fut de prendre le pouvoir ; le plus dur fut de le faire servir. La France n'avait plus d'administration, plus de crédit, plus de routes sûres. J'ai voulu que l'ordre parti de Paris arrivât intact jusqu'au moindre village. La loi du 28 pluviôse an VIII a placé dans chaque département un préfet, un seul homme répondant de tout devant l'État. La même année 1800, j'ai fondé la Banque de France pour rendre à la monnaie une valeur que la Révolution lui avait ôtée. Bâtir ces institutions m'a coûté plus de fatigue qu'une campagne — mais une bataille se gagne ou se perd en un jour, une institution dure un siècle.
—Et l'Église ? Tu sais combien cela me touchait. Pourquoi avoir traité avec le pape Pie VII, toi qui ne crois guère ?
Je ne traite pas avec le Ciel, Joséphine, je traite avec la France. Dix ans de Révolution avaient brouillé le pays avec ses prêtres ; les campagnes ne pardonnaient pas qu'on eût touché à leurs autels. En 1801, le Concordat signé avec Pie VII a réglé le sort des biens d'Église vendus, donné un statut nouveau au clergé, rendu la paix aux consciences. Que je croie ou non importe peu : un peuple qui prie tranquille ne se révolte pas. On m'a reproché de plier devant Rome ; je n'ai plié que le nécessaire, et c'est moi qui nommais les évêques. La religion, bien tenue, est le meilleur rempart de l'ordre social.
—Et notre sacre, à Notre-Dame... Ce 2 décembre, tu as pris la couronne des mains du pape pour la poser toi-même. Pourquoi ce geste ?
Comment l'oublierais-tu, toi que j'ai couronnée de mes propres mains ce jour-là ? Pie VII était venu de Rome, et chacun attendait qu'il me sacrât comme on sacrait jadis nos rois. J'ai pris la couronne et je l'ai posée moi-même sur ma tête. Non par mépris du pape — par vérité. Je ne tenais mon Empire ni de l'Église ni d'un sang reçu, mais du peuple et de l'épée. Puis je t'ai couronnée, toi, devant toute l'Europe assemblée. Ce geste disait tout : ce que j'étais, je l'avais fait moi-même. Une couronne reçue se reprend ; une couronne conquise ne se rend qu'avec la vie.
Je ne tenais mon Empire ni de l'Église ni d'un sang reçu, mais du peuple et de l'épée.

—On murmurait que tu trahissais la République en te faisant empereur. Toi qui venais de la Révolution, comment l'as-tu accepté en toi-même ?
Trahir la Révolution ? Je l'ai sauvée d'elle-même. Une République qui change de maîtres tous les six mois n'est qu'un désordre qui s'ignore. Le peuple ne voulait plus de comités ni de factions : il voulait un nom, une main ferme, la certitude du lendemain. En ceignant la couronne, je n'ai pas renié 1789 — j'ai mis l'égalité civile à l'abri sous une autorité qu'on ne renverse pas chaque saison. Les carrières restaient ouvertes au talent ; un fils de tonnelier pouvait devenir maréchal. Voilà ma vraie noblesse : celle du mérite, non du berceau. L'Empire n'était pas le contraire de la Révolution, Joséphine — il en était le rempart.
—Tu passais des nuits au Conseil d'État sur ce Code civil. Qu'y cherchais-tu, toi qui pouvais en laisser le soin à tes juristes ?
Parce que ces lois-là, nul ne pouvait les faire à ma place. La France comptait autant de coutumes que de provinces ; on changeait de droit en changeant de rivière. J'ai voulu un seul Code pour tous, du Rhin aux Pyrénées : deux mille deux cent quatre-vingt-un articles réglant la propriété, la famille, le contrat. J'ai présidé moi-même nombre de séances du Conseil d'État, discutant chaque mot avec les jurisconsultes, car une loi obscure est une injustice qui s'ignore. Promulgué en 1804, il a remplacé le fatras de l'Ancien Régime par un texte clair, que le dernier des paysans peut comprendre. Donner à un peuple ses lois, c'est lui donner sa colonne vertébrale.
—Tu me parles de ce Code avec plus de feu que de tes victoires. Le mettrais-tu vraiment au-dessus d'Austerlitz ?
Sans hésiter. Une bataille gagnée éblouit un jour et pâlit le lendemain ; qu'une seule défaite survienne, et l'on oublie quarante victoires. Austerlitz fut mon chef-d'œuvre, je l'avoue sans fausse modestie — mais les lauriers se fanent. Mon Code civil, lui, ne se fane pas. Il vivra quand mes canons seront rouillés, jusque dans des pays qui m'auront combattu. Voilà ce que je veux qu'on retienne de moi : non l'homme qui a pris des villes, mais celui qui a donné des lois. Ma vraie gloire n'est pas d'avoir gagné des batailles ; elle est dans ce livre que le temps ne pourra effacer.
Ma vraie gloire n'est pas d'avoir gagné des batailles ; elle est dans ce livre que le temps ne pourra effacer.
—On murmure que la Russie a englouti ta Grande Armée dans les neiges. Je t'ai connu invincible — as-tu eu peur, cette fois ?
La peur, non — mais j'ai vu le fond des choses. La Russie ne m'a pas vaincu : c'est l'hiver, l'espace, le vide qu'ils m'ont opposés en reculant toujours. J'avais mené six cent mille hommes au-delà du Niémen ; il en est revenu une ombre. Je ne te cacherai pas, à toi, ce que je tais à mes ministres : un homme monté si haut sait qu'il peut tomber d'autant plus bas. L'Europe entière sent ma blessure et déjà se ligue. Mais tant qu'il me reste un fusil et une heure, je relève des armées. Ce n'est pas la chute qui m'effraie — c'est l'idée de laisser la France plus petite que je ne l'ai trouvée.
—Et si un jour tout s'écroulait... où voudrais-tu reposer, toi qui as parcouru l'Europe entière sans jamais te poser nulle part ?
Quelle étrange question, Joséphine... et pourtant tu touches juste, comme toujours. J'ai dormi sous la tente en Égypte, dans la neige de Russie, dans vingt palais qui n'étaient pas à moi. Si tout devait finir, je ne voudrais ni d'un tombeau de roi ni d'une île lointaine. Je voudrais reposer au bord de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé et qui, je le crois, m'aimera par-delà mes fautes. Qu'on oublie mes guerres, soit ; qu'on garde mes lois et mon nom mêlé à celui de la France. Le reste — les couronnes, les conquêtes — n'est que fumée. Toi seule sais combien, sous l'empereur, l'homme était simple.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Napoléon Bonaparte. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


