Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Noé

par Charactorium · Noé · Mythologie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Le chantier sent encore la poix et le bois vert. Sous l'ombre du mont Ararat où la grande coque s'est enfin posée, un vieil homme à la barbe blanche s'assoit sur une poutre, les mains durcies par cent vingt années de travail. Il accepte de raconter le Déluge, l'attente et l'arc qui a fendu le ciel.

Comment l'ordre de construire ce navire vous est-il parvenu ?

La voix m'est venue alors que la terre était pleine de violence, et elle m'a donné des nombres avant de me donner des planches. Trois cents coudées de long, cinquante de large, trente de haut : je devais bâtir un coffre de bois, le calfeutrer de poix au-dedans comme au-dehors, percer une seule fenêtre et une seule porte. Je n'ai pas demandé pourquoi un homme du IIIe millénaire devrait élever pareille montagne de cèdre loin de toute mer. J'ai pris mes outils de charpentier, et j'ai commencé. Cent vingt ans durant, mes voisins ont ri en passant devant le chantier ; je frappais le bois pendant qu'ils labouraient. Marcher avec Dieu, voyez-vous, ce n'est pas comprendre Dieu : c'est obéir avant de comprendre, et lever la cognée chaque matin sur une parole qu'aucun œil ne confirme encore.

Marcher avec Dieu, ce n'est pas comprendre : c'est lever la cognée chaque matin sur une parole qu'aucun œil ne confirme.

Cent vingt ans sur un seul ouvrage : qu'est-ce qui vous tenait debout devant la moquerie ?

Le doute frappe plus fort que la masse, croyez-moi. Chaque saison, je voyais mes fils Sem, Cham et Japhet grandir au pied d'une coque que nul fleuve ne portait, et chaque saison un voisin me demandait quel poisson j'espérais pêcher si haut sur la terre ferme. Je n'avais pour réponse que la poix sous mes ongles et un coffre qui montait, planche après planche. La foi, à mon âge, n'est pas une flamme : c'est une habitude des mains. On revient au bois parce qu'on y est revenu hier. J'ai appris que l'Arche ne se bâtit pas d'un grand élan d'âme, mais d'un nombre énorme de petits gestes têtus, accomplis sans preuve, jusqu'au jour où le ciel se fend et donne raison à la cognée.

Vous souvenez-vous du jour où les bêtes sont entrées dans l'Arche ?

Je n'ai pas couru les steppes pour les prendre au lacet : je n'aurais pas su. La parole m'avait dit d'en faire entrer un couple de chaque espèce, deux par deux pour les bêtes impures, sept par sept pour les pures — et de cela, je n'avais nulle idée du comment. Puis un matin, l'horizon a remué. Ils sont venus d'eux-mêmes, le lourd et le rampant, le fauve et la colombe, descendant les collines vers ma porte unique comme s'ils répondaient à un appel que mon oreille ne percevait pas. J'ai compté, j'ai placé, j'ai nourri. Cette procession silencieuse m'a fait plus trembler que le Déluge lui-même : car j'ai compris ce jour-là que les animaux sauvés n'étaient pas mon œuvre, mais un dépôt qu'on me confiait, et que je n'étais que le gardien d'une création qui m'échappait.

Ils sont venus d'eux-mêmes, répondant à un appel que mon oreille ne percevait pas.

Que représentait pour vous la charge de tous ces êtres enfermés sous le même toit ?

Imaginez une maison de bois où le rugissement répond au bêlement, où l'odeur du fauve se mêle à celle de la paille, et où huit âmes humaines seulement veillent sur tout le souffle du monde. Nous étions de petit nombre, comme on le redira longtemps après moi : ma femme, mes trois fils, leurs épouses. Chaque jour, il fallait porter le grain, curer, apaiser. La nuit, sous le martèlement des eaux contre la coque, j'écoutais respirer cette arche pleine de vie et je me disais que toute la création tenait désormais dans la largeur de cinquante coudées. Ce n'était pas un orgueil : c'était un poids. Sauver, ce n'est pas un instant héroïque ; c'est se lever encore pour nourrir des bêtes affamées pendant que dehors le monde entier disparaît.

Comment avez-vous su que les eaux commençaient enfin à se retirer ?

Quand le coffre s'est immobilisé contre la pierre du mont Ararat, je n'ai pas crié victoire : on ne voyait que de l'eau, partout, plate et grise jusqu'au bord du ciel. J'ai d'abord lâché un corbeau ; il est allé, venu, allé encore, sans jamais m'apporter de nouvelle, tournoyant au-dessus de la noyade. Alors j'ai pris une colombe dans mes mains et je l'ai jetée vers le large. La première fois, elle est revenue les serres vides : nulle terre où poser la patte. J'ai attendu sept jours, le cœur suspendu comme un homme qui guette l'aube après une trop longue nuit. La patience, dans une arche close, est une épreuve plus dure que la tempête : on a fait le plus gros de l'ouvrage, et il ne reste qu'à attendre un signe qui ne dépend plus de vos mains.

La patience, dans une arche close, est plus dure que la tempête.
Noah's Drunkennesslabel QS:Len,"Noah's Drunkenness"label QS:Lfr,"L'ivresse de Noé"label QS:Lit,"Ebbrezza di Noè"
Noah's Drunkennesslabel QS:Len,"Noah's Drunkenness"label QS:Lfr,"L'ivresse de Noé"label QS:Lit,"Ebbrezza di Noè"Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Antonio Zanchi

Et ce fameux rameau, quel souvenir en gardez-vous ?

La colombe est revenue au soir du second envoi, et dans son bec elle tenait une feuille fraîche : un rameau d'olivier, vert, arraché à un arbre qui respirait de nouveau quelque part sous les eaux retirées. Je vous le dis simplement : j'ai pleuré. Cette petite branche pesait plus lourd dans ma main que les trois cents coudées de bois que j'avais clouées. Elle signifiait que la terre recommençait à porter, que les racines tenaient encore, que la vie n'avait pas été entièrement effacée. Les hommes, longtemps après moi, feront de ce rameau le signe de la paix ; pour moi, ce soir-là, il fut d'abord le signe que je pourrais bientôt sentir à nouveau l'odeur de la terre mouillée sous mes pieds, et non plus celle du bois et de la poix.

Cette petite branche pesait plus lourd que les trois cents coudées de bois que j'avais clouées.

Après être descendu de l'Arche, qu'avez-vous éprouvé devant le monde lavé de tout ?

Un silence immense, d'abord. Plus de violence, plus de clameur des hommes : seulement le vent sur une terre nue et la boue qui séchait. J'ai dressé un autel et j'ai offert, car un homme qui a tant reçu ne peut garder ses mains vides. Et c'est là que la parole a scellé avec moi une alliance nouvelle : jamais plus l'eau ne submergerait la terre entière, jamais plus toute chair ne périrait sous le Déluge. Cette promesse n'était pas un marché ; c'était un don. Au temps de la colère, il est dit que je fus le salut d'un reste du monde — mais je sais bien que ce reste, je ne l'ai pas mérité par ma force. J'ai seulement été l'homme qu'on a trouvé juste dans sa génération, et qui a tenu sa cognée jusqu'au bout.

Elisabeth Antoinette Suzanne Lagier de Pluviannes et Antoine-Noé de Polier de Bottens
Elisabeth Antoinette Suzanne Lagier de Pluviannes et Antoine-Noé de Polier de BottensWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Pourquoi un arc dans le ciel, plutôt qu'une parole, pour sceller cette promesse ?

Parce qu'une parole s'oublie, et qu'un signe se voit. La voix m'a dit qu'elle posait son arc-en-ciel dans la nuée, et qu'à chaque fois que les eaux du ciel s'amasseraient au-dessus des hommes, cet arc paraîtrait pour rappeler l'alliance : non pas une menace, mais un apaisement. Songez-y : l'arc d'un guerrier, mais détendu, retourné vers le ciel, désarmé. Mes fils, et les fils de mes fils qui repeupleront la terre, lèveront les yeux après l'orage et verront cette courbe de lumière sans avoir connu le Déluge. Ils ne sauront peut-être pas pourquoi leur cœur s'apaise à ce spectacle. Moi, je le sais : c'est la mémoire d'une colère qui a juré de ne plus revenir, écrite en couleurs pour ceux qui n'ont pas vu monter les eaux.

L'arc d'un guerrier, mais détendu, retourné vers le ciel, désarmé.

Quel fut votre premier geste d'homme dans ce monde recommencé ?

J'ai gratté la terre. Après avoir été le gardien d'une arche flottante, je suis redevenu ce que j'étais avant tout : un homme qui se lève avant l'aube pour ses bêtes et ses cultures. J'ai planté une vigne. On s'étonne parfois que le sauveur d'un monde s'occupe d'un cep ; mais c'est précisément cela, recommencer : non pas refaire des miracles, mais remettre la main à la culture ordinaire, attendre que la sève monte, que la grappe noircisse. La civilisation ne renaît pas d'un grand discours, elle renaît d'un sillon. J'ai été le premier, dit-on, à tirer le vin de la treille dans ce monde neuf — et j'ai appris, à mes dépens, que l'homme rendu à la terre redevient aussi un homme faillible. Recommencer, ce n'est pas être parfait : c'est reprendre le travail, avec ses joies et ses faiblesses.

La civilisation ne renaît pas d'un grand discours, elle renaît d'un sillon.

Que ressentez-vous en songeant à vos fils chargés de repeupler toute la Terre ?

Une gravité, plus qu'une fierté. Sem, Cham et Japhet sont sortis de l'Arche avec leurs épouses, et de ces quelques foyers descendront, dit la bénédiction, tous les peuples qui couvriront la terre. Songez au vertige : chaque nation à venir, chaque langue, chaque cité — depuis les rives de l'Euphrate jusqu'aux confins du monde — tient dans ces trois jeunes hommes qui dorment encore sous mon toit. Je ne verrai pas la moitié de ce qu'ils engendreront. Mon rôle s'achève là où le leur commence : j'ai sauvé une semence, à eux de la répandre. Un patriarche n'est pas celui qui possède l'avenir ; c'est celui qui le confie. J'ai porté le souffle du monde sur l'eau pendant quarante jours ; il leur revient maintenant de le porter sur la terre ferme, pour mille générations.

Un patriarche n'est pas celui qui possède l'avenir ; c'est celui qui le confie.
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Pour aller plus loin

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Noé. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.