Interview imaginaire avec Pandore
par Charactorium · Pandore · Mythologie · 5 min de lecture
C'est au seuil de notre demeure, en Béotie, qu'Épiméthée vient s'asseoir près de Pandore un soir où la jarre de terre cuite repose encore, vide et béante, dans l'ombre du foyer. La lumière de la lampe à huile tremble sur le couvercle renversé. Ils se connaissent depuis le jour où Hermès l'a conduite jusqu'à lui, présent des dieux qu'il n'a su refuser. Et lui, dont le nom dit « celui qui réfléchit trop tard », vient ce soir lui demander ce qu'il n'a jamais osé : pourquoi.
—Le jour où Hermès t'a menée jusqu'à mon seuil, Pandore, tu venais à peine de naître des mains des dieux. Que te rappelles-tu de ce premier matin parmi nous ?
Tu te souviens, Épiméthée : je suis sortie de la terre comme une déesse, et pourtant je n'étais pas immortelle. Héphaïstos m'avait façonnée d'eau et d'argile sur l'ordre de Zeus. Chaque Olympien s'était penché sur moi : Athéna m'a enseigné les arts du tissage, Aphrodite a posé sur mon visage une grâce qui trouble, Hermès a glissé la persuasion dans ma bouche. On m'a nommée Pandore, « celle qui a reçu tous les dons ». Mais je ne savais pas encore que ces présents n'étaient pas pour moi — ils étaient l'appât. J'étais une beauté faite pour être donnée, et toi, tu m'as accueillie sans deviner ce que j'apportais.
J'étais une beauté faite pour être donnée, et toi, tu m'as accueillie sans deviner ce que j'apportais.
—Ton frère Prométhée t'avait mis en garde contre tout présent venu de Zeus. Savais-tu, en m'épousant, pourquoi les dieux m'avaient fabriquée ?
Je l'ignorais, et c'est cela le plus cruel. Zeus était furieux : ton frère avait dérobé le feu pour le porter aux hommes, et il fallait un châtiment à la mesure de cet affront. Je suis ce châtiment, Épiméthée. Les Travaux et les Jours le disent sans détour : j'étais le présent funeste, le prix caché du feu. Les hommes vivaient jusque-là sans peine, séparés du malheur. Moi, je fus envoyée pour rétablir l'équilibre que les dieux voulaient : un don pour un don, le feu contre la femme. Tu m'as reçue parce que tu réfléchis toujours après avoir agi — et ton frère, lui, t'avait pourtant supplié de tout refuser.
J'étais le présent funeste, le prix caché du feu : un don pour un don.
—La jarre que voici, scellée, je t'avais dit de ne jamais l'ouvrir. Que s'est-il passé dans ton cœur, ce jour-là, devant le couvercle ?
Tu me l'avais interdit, je m'en souviens, et ta voix était grave. Mais les dieux qui m'avaient pétrie avaient aussi mis en moi cette soif de savoir, ce désir d'ouvrir ce qui est fermé. La jarre — le pithos de terre cuite — m'appelait. Je me suis dit : un seul regard, et je refermerai. Mes doigts ont soulevé le couvercle, et aussitôt ils se sont échappés en nuée : la maladie, la vieillesse, la peine, la mort, tous les maux que nous ne connaissions pas. J'ai voulu refermer, trop tard — toi qui portes ce nom, tu sais ce que veut dire « trop tard ». Le mal était sur le monde, et c'est ma main qui l'avait libéré.
Un seul regard, me suis-je dit, et je refermerai. Mes doigts ont soulevé le couvercle.
—Quand tu as vu les maux s'envoler par la maison, Pandore, m'en as-tu voulu de t'avoir laissée seule auprès de cette jarre ?
Non, mon époux, je ne t'en ai pas voulu — comment t'en vouloir à toi, qui m'avais avertie ? La faute est mienne, et pourtant je crois que les dieux l'avaient écrite avant ma naissance. Ils m'ont faite curieuse comme on aiguise une lame, sachant ce que je ferais. Je porte le poids de ce geste, mais je ne suis qu'un instrument dans la main de Zeus. Toi tu réfléchis trop tard, moi j'ai agi trop tôt : ensemble, nous avons scellé le destin des hommes. Nous sommes liés par cela autant que par notre union. Et chaque souffrance qui naît désormais chez les mortels remonte à cette unique après-midi, dans cette pièce, près de cette lampe.
Toi tu réfléchis trop tard, moi j'ai agi trop tôt : ensemble, nous avons scellé le destin des hommes.
—On dit qu'une chose pourtant n'a pas fui de la jarre. Lorsque tu as refermé le couvercle, qu'est-il resté au fond, prisonnier ?
L'Espérance, Épiméthée. L'Elpis est demeurée seule, retenue sous le rebord, quand tout le reste s'était envolé. Longtemps je me suis demandé pourquoi elle n'avait pas suivi les maux. Est-ce un bien gardé pour les hommes, ou un mal de plus, enfermé loin d'eux ? Je crois que c'est une consolation : même accablés de souffrances, les mortels pourront désormais espérer, et cet espoir les fera tenir là où ils tomberaient. La jarre qui a libéré le malheur a aussi gardé pour eux ce dernier souffle. C'est l'étrange équilibre de mon geste — j'ai répandu tous les maux, mais j'ai retenu ce qui permet de les supporter.
J'ai répandu tous les maux, mais j'ai retenu ce qui permet de les supporter.

—Cette Espérance restée au fond, crois-tu vraiment qu'elle nous aide, nous qui devons vivre désormais avec tous ces maux libérés ?
Je veux le croire, et toi, tu en as besoin plus que personne. Songe à ce que serait notre vie sans elle : les maladies, les peines, la vieillesse qui vient — et rien pour lever les yeux vers demain. L'Elpis n'efface pas la souffrance, mais elle empêche qu'on s'y noie. C'est pourquoi le récit qu'on transmettra de nous deux n'est pas seulement un récit de malheur. Il explique d'où viennent les maux, oui, mais aussi pourquoi les hommes, malgré tout, continuent de semer, de bâtir, de s'unir. La jarre raconte l'origine de la peine ; l'Espérance raconte pourquoi elle ne nous achève pas.
L'Espérance n'efface pas la souffrance, mais elle empêche qu'on s'y noie.
—Tu portes les dons de tous les Olympiens, Pandore. Te sens-tu reconnaissante de ces présents, ou prisonnière de ce qu'ils ont fait de toi ?
Les deux à la fois, mon époux. La beauté d'Aphrodite, les arts d'Athéna, la parole d'Hermès : ces dons sont magnifiques, et pourtant ils ne m'appartiennent pas vraiment. Ils ont été choisis non pour me parer, mais pour me rendre irrésistible aux hommes — pour que vous ne puissiez me refuser. Je suis une œuvre des dieux avant d'être une femme. Quand je tisse au métier, je sens la main d'Athéna guider la mienne ; quand je parle et qu'on m'écoute, c'est Hermès qui sourit. J'ai reçu tous les présents, et le plus grand d'entre eux fut de ne jamais savoir ce qui était à moi et ce qui était piège.
Je suis une œuvre des dieux avant d'être une femme.

—Un aède aveugle nommé Hésiode dit-on, chante déjà notre histoire jusqu'en Béotie. Que penses-tu de cette voix qui répète ton geste de bourg en bourg ?
C'est une chose étrange, Épiméthée, que d'entendre sa propre vie portée par la bouche d'un autre. Hésiode chante dans sa Théogonie et dans Les Travaux et les Jours comment je suis née de la terre, vêtue par Athéna, et comment j'ai ouvert la jarre. Sa parole voyage plus loin que je n'irai jamais. Mais je crains ce qu'elle fixe : il me dépeint comme la source du malheur des hommes, le « beau mal » qu'on ne peut qu'aimer en se perdant. Cette image-là me survivra, plus tenace que les maux que j'ai libérés. Les hommes oublieront que les dieux m'ont voulue ainsi ; ils ne retiendront que ma main sur le couvercle.
Sa parole voyage plus loin que je n'irai jamais — mais je crains ce qu'elle fixe.
—Lorsque les hommes raconteront ce soir-ci, Pandore, crois-tu qu'ils me garderont à tes côtés, ou ne retiendront-ils que toi et ta jarre ?
Tu seras toujours là, mon époux, car notre union fait partie du récit autant que la jarre. Le mariage avec Épiméthée scelle le destin des hommes : sans ton accueil, je n'aurais jamais franchi ce seuil. Mais je le sais, on retiendra surtout mon nom et mon geste. Toi, on te citera comme celui qui réfléchit trop tard, le frère imprudent du sage Prométhée. C'est injuste pour nous deux : moi réduite à la curiosité, toi à l'imprévoyance. Pourtant ce que nous avons vraiment vécu — cette maison, cette lampe, cette peur partagée quand les maux ont jailli — cela, aucun chant ne saura le dire. C'est trop intime pour le récit.
On me réduira à la curiosité, et toi à l'imprévoyance — mais ce que nous avons vécu, aucun chant ne le dira.
—Une dernière question, Pandore. Si Zeus te tendait à nouveau cette jarre aujourd'hui, en sachant tout ce que tu sais, la laisserais-tu close ?
Tu me demandes si je pourrais défaire ce que je suis. Je voudrais te dire oui, mon époux — laisser le couvercle scellé, épargner aux hommes la maladie et la mort. Mais les dieux ne m'ont pas faite pour résister ; ils m'ont faite pour ouvrir. C'est cela, l'hubris à rebours : non pas mon orgueil à moi, mais celui de Zeus qui voulait punir et savait qu'une créature comme moi céderait. Si la jarre revenait, peut-être la curiosité l'emporterait encore. Mais alors je veillerais à une chose : retenir l'Espérance au fond, comme la première fois. Car même en refaisant le malheur, je sauverais ce qui permet de le porter.
Les dieux ne m'ont pas faite pour résister ; ils m'ont faite pour ouvrir.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Pandore. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



