Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Patricia Grace

par Charactorium · Patricia Grace (1937 — ?) · Lettres · Culture · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Patricia Grace
Wikimedia Commons, Public domain — Metro-Goldwyn-Mayer

Hongoeka Bay, fin d'après-midi. La marée se retire derrière les fenêtres et l'on entend, plus loin, les enfants du marae rentrer. Patricia Grace nous reçoit dans une maison où traînent des carnets pleins de mots entendus la veille ; elle parle bas, comme quelqu'un qui a passé sa vie à écouter avant d'écrire.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez compris que le livre que vous teniez entre les mains n'avait jamais existé avant vous ?

C'était 1975, et le recueil s'appelait Waiariki. Je me rappelle avoir pensé, presque bêtement : voilà, jusqu'ici aucune femme comme moi n'avait posé ces histoires-là en anglais, sur une page, pour de bon. J'avais été institutrice dans des écoles primaires pendant des années, et je voyais bien ce qui manquait : les petits Maoris ouvraient des livres où leur grand-mère, leur marae, leur baie n'apparaissaient jamais. Alors on grandit en croyant que sa vie n'est pas digne d'être racontée. J'écrivais donc autant contre ce silence que pour lui. Ce n'était pas une conquête glorieuse, plutôt un manque que je bouchais avec mes propres mains.

Les petits Maoris ouvraient des livres où leur grand-mère n'apparaissait jamais.

Qu'est-ce que votre passage par l'école vous a appris sur les histoires qu'un enfant a besoin de lire ?

Devant une classe, on voit tout de suite quel enfant se sent chez lui dans un livre et quel enfant s'y sent invité par politesse, comme un étranger. J'ai enseigné longtemps avant de me consacrer à l'écriture, et cette expérience-là ne m'a jamais quittée. Un enfant doit pouvoir tourner une page et se dire : ça, c'est ma tante, ça, c'est la manière dont on parle chez nous, ça, c'est le te reo māori que j'entends le dimanche. La dignité passe par là, par ce petit choc de reconnaissance. Je n'écrivais pas pour instruire des étrangers sur les Maoris ; j'écrivais pour que les nôtres se voient tenir debout dans une phrase.

La dignité passe par ce petit choc de reconnaissance.

Dans Potiki, pourquoi avoir laissé des passages entiers en te reo māori sans jamais les traduire pour le lecteur ?

Parce que traduire, c'est parfois s'excuser. Dans Potiki, en 1986, j'ai décidé que la langue maorie serait présente sans béquille, sans note en bas de page tendant la main au lecteur qui ne comprend pas. Qu'il accepte, pour une fois, de ne pas tout saisir. Toute ma vie, c'est nous qui avons dû faire l'effort de comprendre la langue de l'autre ; le colonialisme a fonctionné ainsi, en imposant sa grammaire comme la seule mesure du monde. Alors laisser le te reo intact, non traduit, c'était renverser doucement ce rapport de force. La langue n'y est pas un ornement exotique : elle est le sol sur lequel les personnages tiennent debout.

Traduire, c'est parfois s'excuser — et je ne voulais plus m'excuser.

Certains lecteurs se plaignent de ne pas tout comprendre. Que leur répondez-vous ?

Je leur réponds que ne pas tout comprendre est une expérience, pas une punition. Un mot en te reo māori laissé nu dans Potiki agit comme une porte entrebâillée : on devine une pièce derrière, on sait qu'elle est habitée, même sans y entrer. Le lecteur pākehā découvre alors ce que nous avons ressenti pendant des générations, quand notre propre monde nous était traduit, expliqué, corrigé par d'autres. Ce léger inconfort, je le tiens pour précieux. La langue maorie a été reconnue langue officielle en 1987, un an après ce roman, après des décennies où on l'avait presque étouffée ; l'inscrire telle quelle dans un livre, c'était lui rendre son droit d'exister sans permission.

Comment cette baie où nous sommes assis a-t-elle façonné votre manière d'écrire ?

Hongoeka Bay n'est pas un décor pour moi, c'est une matière. J'ai grandi ici, près de Plimmerton, dans une communauté serrée au bord de l'eau, avec le marae à quelques pas et la mer qui rythmait les repas. On mangeait ce que la baie donnait : le pāua, le kina, le poisson pêché le matin, le kūmara des jardins. Mes lecteurs maoris, souvent, referment un de mes livres en me disant qu'ils y ont reconnu leur propre cuisine, leur propre tante, leur propre dispute de famille. C'est le plus beau compliment. J'ai puisé si près de chez moi que le lieu et la fiction ont fini par se confondre.

Hongoeka Bay n'est pas un décor, c'est une matière.
Patricia Grace Wellington Writers Walk
Patricia Grace Wellington Writers WalkWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Pippipip

D'où vous viennent les histoires que vous racontez ?

Elles arrivent par l'oreille bien avant la plume. J'ai toujours gardé des carnets où je notais ce que j'entendais sur le marae : une tournure, une expression en te reo, le souvenir d'un vieil homme, une querelle autour d'un enterrement. Notre culture est d'abord orale ; les histoires circulent le soir, dans les hui, dans les cuisines. Mon travail n'a été que de tendre l'oreille avec assez de patience, puis de reporter tout cela sans le trahir. Un matau, un vieil hameçon de pêche accroché quelque part, peut contenir toute une généalogie. J'écris moins des inventions que des choses déposées en moi par les voix des miens.

Les histoires arrivent par l'oreille bien avant la plume.

Dans vos livres, la terre semble bien plus qu'une propriété. Comment la concevez-vous ?

La whenua n'est pas un bien qu'on possède, c'est un bien qui nous possède. Dans notre conception, la terre appartient aux ancêtres et aux enfants pas encore nés ; nous n'en sommes que les gardiens, et ce devoir de garde, nous l'appelons kaitiakitanga. Vendre sa terre, au sens où l'entend un promoteur, c'est presque un contresens, une profanation. Voilà pourquoi, dans Potiki, une famille tient tête à ceux qui veulent transformer son sol ancestral en projet immobilier. Ce n'est pas de l'entêtement : c'est le refus de trancher un fil qui relie les morts, les vivants et ceux qui viendront. On ne monnaie pas une lignée.

La whenua n'est pas un bien qu'on possède, c'est un bien qui nous possède.

Vous avez écrit Potiki à une époque de grandes mobilisations pour les terres maories. Ces luttes ont-elles nourri votre roman ?

Comment aurait-il pu en être autrement ? En 1975, Dame Whina Cooper conduisait la grande Marche pour la terre depuis le Northland jusqu'à Wellington, et deux ans plus tard des militants occupaient Bastion Point pendant plus de cinq cents jours pour empêcher qu'on vende leurs terres ancestrales. Tout cela était dans l'air que je respirais. Potiki, en 1986, n'invente rien : il ramasse cette colère, cette dignité, cette manière qu'ont les nôtres de s'asseoir sur leur sol et de dire simplement, nous ne partirons pas. J'ai voulu que le roman garde la mémoire de ces gestes, pour qu'on n'oublie pas ce qu'il a coûté de rester.

Patricia Grace in 2016
Patricia Grace in 2016Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Marcushobsonauthor

Qu'est-ce qui vous a poussée, dans Tu, à revenir sur le 28e Bataillon maori ?

Une dette, je crois. Entre 1939 et 1945, le 28e Bataillon maori s'est battu en Afrique du Nord et en Italie, avec un courage dont on parle encore, et pourtant ces hommes revenaient dans un pays qui continuait de traiter les leurs comme des citoyens de seconde zone. Dans Tu, paru en 2004, j'ai voulu tenir ensemble deux voix : celle du soldat au loin, dans la boue et le bruit, et celle des familles restées ici, guettant les lettres. Ce que je cherchais, c'était ce fil ténu entre l'homme qui se bat sous un ciel étranger et la terre natale qu'il porte en lui comme une seconde patrie.

Que change le fait de raconter la guerre depuis la maison, et pas seulement depuis le front ?

Cela rétablit une vérité que les récits de guerre oublient : une bataille se livre aussi dans les cuisines restées silencieuses. Dans Tu, les inquiétudes des familles de Nouvelle-Zélande pèsent autant que les combats d'Italie. Chez nous, un homme n'est jamais un individu seul ; il est un maillon d'un iwi, relié aux siens par la whakapapa, cette généalogie qui le rattache à ses ancêtres et à sa terre. Quand il tombe au loin, c'est toute une communauté qui vacille. En donnant la parole à ceux qui attendent, je voulais rappeler que la guerre ne se mesure pas seulement en médailles, mais en absences autour du feu.

Une bataille se livre aussi dans les cuisines restées silencieuses.

Après tant d'années, qu'espérez-vous encore laisser à ceux qui vous liront ?

Le sentiment que nos vies ordinaires méritaient d'être écrites. Si un jour un enfant de Hongoeka Bay, ou d'ailleurs, ouvre l'un de mes livres et se dit qu'il a le droit, lui aussi, de prendre la plume et de raconter les siens, alors j'aurai fait mon travail. Je ne me suis jamais pensée comme une bâtisseuse de monuments ; plutôt comme quelqu'un qui range soigneusement des tāonga, ces trésors qui sont autant des objets que des mots, des chants, des savoirs. La littérature maorie était un jardin presque nu quand j'ai commencé. J'ai simplement voulu y planter assez pour que d'autres, après moi, aient de quoi cueillir.

J'ai simplement voulu planter assez pour que d'autres aient de quoi cueillir.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Patricia Grace. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.