Mara

Mara

9 min de lecture

SpiritualitéMythologieAvant J.-C.Époque du Bouddha historique, vers le Ve siècle avant J.-C., dans le contexte de l'Inde ancienne

Dans la tradition bouddhiste, Mara est le démon suprême du désir et de l'illusion. Il tenta d'empêcher Siddhartha Gautama d'atteindre l'Éveil en le soumettant à des tentations et des épreuves sous l'arbre de la Bodhi. Il personnifie les forces de l'attachement et de l'ignorance qui enchaînent les êtres au cycle des renaissances.

Questions fréquentes

Mara est une figure centrale du bouddhisme ancien : il incarne les forces du désir, de l'illusion et de la mort qui empêchent les êtres d'atteindre l'Éveil. Ce qu'il faut retenir, c'est que Mara n'est pas un simple démon extérieur : son nom signifie « celui qui tue » en sanskrit, et il personnifie surtout les attachements intérieurs qui maintiennent les êtres dans le cycle des renaissances (samsāra). Dans les textes du Canon Pāli (notamment le Māra-saṃyutta), il apparaît comme un être rusé qui tente le Bouddha et ses disciples sous des formes variées — serpent, taureau ou jeune homme séduisant. Moins un ennemi guerrier qu'une métaphore des obstacles à la libération spirituelle.

Faits marquants

  • Mara tente Siddhartha Gautama sous l'arbre de la Bodhi vers 528 avant J.-C.
  • Il envoie ses trois filles — Désir, Délice et Passion — pour séduire le futur Bouddha
  • Il déchaîne une armée de démons pour effrayer Siddhartha, sans succès
  • Siddhartha touche la terre (geste du témoin) pour repousser Mara et atteindre l'Éveil
  • Mara est présent dans les textes canoniques bouddhistes, notamment le Pali Canon (Majjhima Nikaya)

Œuvres & réalisations

Māra-saṃyutta (Groupement sur Mara) — Canon Pāli (IIIe s. av. J.-C. (oral) ; Ier s. av. J.-C. (écrit))

Section du Saṃyutta Nikāya entièrement consacrée aux interactions entre Mara et le Bouddha ou ses disciples. C'est la source textuelle la plus complète sur Mara dans le bouddhisme Theravāda.

Buddhacarita d'Aśvaghoṣa — Chant XIII (Ier–IIe siècle apr. J.-C.)

Épopée poétique en sanskrit retraçant la vie du Bouddha, dont un chant entier est consacré à la bataille contre Mara sous l'arbre de la Bodhi. Ce texte a profondément influencé l'iconographie bouddhiste asiatique.

Lalitavistara Sūtra — Chapitre XXI (IIe–IVe siècle apr. J.-C.)

Texte mahāyāna narrant la vie du Bouddha avec des éléments merveilleux. Le chapitre sur la victoire sur Mara est l'une des descriptions les plus développées de la confrontation, influençant l'art bouddhiste du Gandhāra et de l'Asie centrale.

Frises sculptées de Sāñcī (IIe–Ier siècle av. J.-C.)

Les grands stūpas de Sāñcī (Madhya Pradesh, Inde) comportent parmi les plus anciennes représentations sculptées de la tentation de Mara. Ces reliefs en pierre constituent un témoignage iconographique exceptionnel sur la manière dont les premières communautés bouddhistes représentaient Mara.

Peintures murales de Ajantā (IIe siècle av. J.-C. – VIe siècle apr. J.-C.)

Les grottes d'Ajantā (Maharashtra, Inde) conservent de remarquables fresques représentant la scène de la tentation et de la défaite de Mara. Ces peintures sont parmi les plus belles expressions de l'art bouddhiste indien.

Statues en bhūmisparśa mudrā (geste de prise de la terre à témoin) (À partir du IIe siècle apr. J.-C.)

Le geste iconographique qui commémore la victoire sur Mara — la main droite du Bouddha touchant la terre — est devenu l'une des poses les plus répandues dans la statuaire bouddhiste à travers toute l'Asie (Inde, Thaïlande, Cambodge, Japon).

Anecdotes

Lors de la nuit de l'Éveil, Mara envoya ses armées de démons contre Siddhartha Gautama assis sous l'arbre de la Bodhi à Bodh Gaya. Le futur Bouddha demeura imperturbable, et lorsque Mara réclama un témoin de ses mérites, Siddhartha toucha la terre de sa main droite : la déesse de la terre elle-même témoigna en sa faveur, dispersant l'armée démonique.

Mara possède trois filles dont les noms signifient respectivement le Désir (Taṇhā), la Répulsion (Aratī) et la Passion (Ragā). Il les envoya séduire Siddhartha pour le détourner de sa méditation. Le futur Bouddha les perçut pour ce qu'elles étaient — des illusions — et elles repartirent sans avoir rien accompli.

Dans plusieurs textes du Canon pāli, Mara tente à plusieurs reprises de perturber non seulement le Bouddha, mais aussi ses disciples monks et nonnes. Il apparaît sous des formes variées — serpent, taureau, jeune homme séduisant — pour semer le doute. À chaque fois, les disciples parviennent à le reconnaître et à le chasser par la force de leur méditation.

Le nom 'Mara' signifie littéralement 'celui qui tue' ou 'la mort' en sanskrit et en pāli. Dans la cosmologie bouddhiste, il règne sur le Kāmadhātu, le Royaume du Désir, l'un des trois mondes de l'existence conditionnée. Il symbolise non pas un être extérieur maléfique, mais les forces intérieures qui enchaînent tout être conscient à la souffrance et au cycle des renaissances.

Dans le texte Pāli du Dhammapada, le Bouddha déclare avoir vaincu Mara non par la force, mais par la connaissance et la compassion. Cette victoire symbolique est représentée dans l'art bouddhiste par le geste de la 'prise de la terre à témoin' (bhūmisparśa mudrā), l'une des poses iconographiques les plus répandues dans les statues du Bouddha à travers toute l'Asie.

Sources primaires

Majjhima Nikāya — Mahādukkhakkhandha Sutta (Vers le IIIe siècle avant J.-C. (compilation orale), transcrit vers le Ier siècle avant J.-C.)
Mara, le Malin, s'approcha du Bienheureux et lui dit : 'Moine, tu es lié par Mara, tu es enchaîné, intérieurement et extérieurement. Tu ne m'échapperas pas.' Le Bienheureux répondit : 'Je suis libre de toi, Mara.'
Samyutta Nikāya — Māra-saṃyutta (Groupement sur Mara) (Vers le IIIe siècle avant J.-C. (compilation orale), transcrit vers le Ier siècle avant J.-C.)
Alors Mara, le Malin, pensant : 'Le Bienheureux me connaît, le Bien-Allé me connaît', disparut sur place, malheureux et déçu.
Buddhacarita d'Aśvaghoṣa — Chant XIII (La défaite de Mara) (Vers le Ier–IIe siècle après J.-C.)
Alors Mara, roi de la sphère du désir, voyant que le prince était sur le point d'atteindre la délivrance, rassembla ses armées et s'avança. Mais le prince, assis immobile, toucha la terre de sa main : 'Que cette terre soit mon témoin.'
Lalitavistara Sūtra — Chapitre XXI (Vers le IIe–IVe siècle après J.-C.)
Mara dit à ses troupes : 'Allez, troublez ce mendiant, qu'il ne parvienne pas à l'Éveil.' Mais les fleurs lancées comme des projectiles se transformaient en guirlandes aux pieds du Bodhisattva.
Dhammapada — Versets 1-2 (Vers le IIIe siècle avant J.-C. (compilation orale))
L'esprit précède toutes choses, l'esprit est leur maître, elles sont produites par l'esprit. Si quelqu'un parle ou agit avec un esprit impur, la souffrance le suit comme la roue suit le pied du bœuf.

Lieux clés

Bodh Gaya (Bihar, Inde)

C'est sous l'arbre Aśvattha (figuier des pagodes, Ficus religiosa) de Bodh Gaya que se déroula la confrontation décisive entre Mara et Siddhartha Gautama. Ce site est aujourd'hui le lieu le plus sacré du bouddhisme mondial, marqué par le temple Mahābodhi (classé au patrimoine UNESCO).

Lumbini (Népal)

Lieu de naissance de Siddhartha Gautama, le futur Bouddha qui vainquit Mara. Ce site est sacré pour les bouddhistes du monde entier et constitue le point de départ du récit qui aboutit à la défaite de Mara.

Sarnath (Uttar Pradesh, Inde)

C'est à Sarnath que le Bouddha, après sa victoire sur Mara, prononça son premier sermon. La diffusion de l'enseignement bouddhiste qui s'ensuivit constitue la réponse définitive à Mara, puisque la libération des êtres est précisément ce qu'il voulait empêcher.

Kapilavastu (région du Teraï, Népal/Inde)

Ancienne capitale du royaume des Śākya, où Siddhartha vécut son enfance protégée dans les palais de son père. Cette vie d'illusion et d'attachement aux plaisirs peut être vue comme le domaine premier de Mara avant que Siddhartha ne le quitte.

Kushinagar (Uttar Pradesh, Inde)

Lieu du Parinirvāṇa (mort) du Bouddha. La mort du Bouddha représente, dans la symbolique bouddhiste, la sortie définitive du cycle de Mara : en atteignant le nirvāṇa, le Bouddha échappe pour toujours à son emprise.

Voir aussi