Interview imaginaire avec Pauli Murray
par Charactorium · Pauli Murray (1910 — 1985) · Société · Politique · Spiritualité · 5 min de lecture

Automne 1978. Dans un petit appartement de New Haven encombré de dossiers juridiques et de recueils de théologie, une femme de soixante-huit ans nous reçoit près d'une vieille machine à écrire portative. Prêtre depuis un an, avocate depuis toujours, Pauli Murray parle bas, mais chaque phrase tombe comme une plaidoirie.
—Vous souvenez-vous du jour où l'Université de Caroline du Nord a rejeté votre candidature ?
1938. J'avais rassemblé mes relevés, mes lettres de recommandation, tout ce qu'une candidate méritante pouvait offrir. La réponse est venue de Chapel Hill : refusée. Pas pour incompétence — pour la couleur de ma peau. J'ai pris ma plume et je leur ai écrit ce que je pense encore aujourd'hui : "I am unable to understand why a state university, supported by public taxation, should deny admission to any qualified citizen solely on account of race." Une université payée par les impôts de tous, fermée à certains à cause de leur naissance. Cette humiliation ne m'a pas brisée, elle m'a organisée. J'ai commencé à écrire à Eleanor Roosevelt, à comprendre que ce mur n'était pas un accident mais une architecture — une architecture qu'on pouvait démonter pierre par pierre, avec le droit.
Cette humiliation ne m'a pas brisée, elle m'a organisée.
—Comment ce refus est-il devenu, six ans plus tard, un argument juridique ?
À Howard University, en 1944, je suis sortie première de ma promotion — la seule femme, souvent la voix qu'on n'attendait pas. Un professeur avait lancé, presque pour rire, que la doctrine « séparés mais égaux » était intouchable. J'ai rédigé un mémoire pour démontrer le contraire : que Plessy v. Ferguson était constitutionnellement indéfendable, que la ségrégation, par définition, blessait. On m'a regardée comme une rêveuse. Dix ans plus tard, en 1954, la Cour suprême a tranché exactement dans ce sens avec Brown v. Board of Education, et Thurgood Marshall s'était nourri de ces arguments. Je n'ai pas plaidé devant la Cour ce jour-là. Mais j'avais posé une brique sous l'édifice, et cela m'a suffi de le savoir.
—Parlez-nous de ce que Thurgood Marshall appelait votre « bible ».
C'était un travail de fourmi, et de colère froide. Pour States' Laws on Race and Color, en 1951, j'ai voulu rassembler en un seul volume toutes les lois discriminatoires des quarante-huit États — chaque disposition, chaque décision de justice qui séparait un citoyen d'un autre selon sa couleur. Des centaines de textes, annotés à la main, tapés sur ma machine à écrire portative jusqu'à ce que mes doigts n'en puissent plus. Marshall l'a appelé la « bible » du mouvement, et rien ne m'a fait plus plaisir : car un avocat qui veut abattre les lois Jim Crow doit d'abord pouvoir les tenir toutes dans sa main. On ne combat bien que ce qu'on a d'abord entièrement cartographié.
On ne combat bien que ce qu'on a d'abord entièrement cartographié.
—À quoi ressemblaient vos journées pendant ce long travail d'inventaire ?
Je me levais tôt, toujours par la prière et un temps de silence — cette habitude m'a suivie toute ma vie. Puis, les premières heures étaient pour l'écriture, avant que le monde ne réclame son dû. L'après-midi appartenait aux bibliothèques : je recopiais des statuts, je vérifiais des références, je comparais un article de Mississippi à celui d'Alabama. Le soir, je lisais — de la théologie, de la jurisprudence, de la philosophie — et je tenais mon journal, comme depuis l'enfance. Je vivais dans des chambres louées, modestes, souvent seule, mangeant simplement comme on mange dans le Sud : haricots, pain de maïs. La précarité ne m'a jamais quittée, mais elle m'a appris que l'esprit n'a pas besoin de confort pour travailler, seulement de constance.
—Vous avez forgé une expression étrange, « Jane Crow ». Que vouliez-vous nommer ?
En 1965, avec Mary Eastwood, j'ai écrit Jane Crow and the Law. Nous vivions tous sous Jim Crow, le régime qui séparait les races. Mais les femmes noires, elles, portaient un second joug, plus discret, jamais nommé : celui de leur sexe. J'ai appelé cela Jane Crow. Je l'ai écrit noir sur blanc : "The similarities between the operation of 'Jane Crow' and Jim Crow are striking." Deux discriminations qui ne s'additionnent pas, elles se tressent. Je le savais dans ma chair : trop femme pour le monde des avocats, trop noire pour bien des salles. Nommer, c'est déjà résister — car une injustice sans nom se cache, et ce qui se cache, on ne peut le juger.
Une injustice sans nom se cache, et ce qui se cache, on ne peut le juger.

—Que représente pour vous le fait que Ruth Bader Ginsburg vous ait citée comme co-auteure ?
En 1971, une jeune avocate du nom de Ruth Bader Ginsburg préparait un mémoire capital pour la Cour suprême sur l'égalité des sexes. Elle a tenu à inscrire mon nom en co-autrice, alors que je n'avais pas rédigé une ligne de ce texte-là. C'était sa manière de dire que les idées ont une généalogie, que les arguments qu'elle portait avaient été pensés avant elle. J'avais plaidé, dès le Civil Rights Act de 1964, pour que le titre VII interdise aussi la discrimination fondée sur le sexe — et on avait obtenu gain de cause. Voir une nouvelle génération reprendre le flambeau et nommer ceux qui l'avaient allumé, c'est peut-être la seule immortalité à laquelle une militante puisse honnêtement prétendre.
—Dans Proud Shoes, vous écrivez porter « deux brins » d'histoire dans votre sang. Comment vit-on cela ?
Proud Shoes, en 1956, fut mon effort pour regarder ma propre lignée sans détourner les yeux. Je l'ai écrit ainsi : "I was the granddaughter of a woman who had been a slave, and the great-granddaughter of a slave owner." Les deux brins couraient dans mes veines, et je ne pouvais en renier aucun. L'Amérique raciale ne m'a pas seulement entourée, elle m'a façonnée du dedans. J'ai grandi à Durham, en Caroline du Nord, dans la ségrégation quotidienne, élevée par mes grands-parents. Raconter cette famille métissée, esclaves et maîtres mêlés, c'était refuser la fable simple d'un peuple d'un seul sang. Nous sommes tous, en Amérique, les héritiers d'une histoire qu'on nous a appris à taire.

—On vous décrit souvent comme une « anomalie ». Ce mot vous appartient-il ?
Oui, et je l'ai revendiqué. J'ai écrit un jour que j'étais "an anomaly in almost every group I entered — too dark-skinned to be white, too light-skinned to feel entirely at home in the Black community, a woman in a world of male lawyers, a priest in a church unaccustomed to women at the altar." J'ai souvent porté des pantalons quand on attendait d'une femme des robes ; j'ai interrogé, très tôt, ce que les autres tenaient pour évident dans le partage des sexes. On aurait voulu me ranger dans une case, et aucune ne me tenait tout entière. Longtemps j'en ai souffert. Puis j'ai compris que cette place inconfortable, à la couture de tout, était précisément d'où l'on voit le mieux les injustices que les autres ne remarquent pas.
Cette place inconfortable, à la couture de tout, est d'où l'on voit le mieux les injustices.
—En 1977, à soixante-sept ans, vous êtes ordonnée prêtre. Comment avez-vous vécu ce jour ?
Le monde m'avait connue avocate, poète, professeure. Ce jour-là, à la cathédrale nationale de Washington, j'ai revêtu l'aube et l'étole, et je suis devenue la première femme noire ordonnée prêtre de l'Église épiscopalienne. L'ordination des femmes n'y était permise que depuis un an. Après une vie à combattre les murs devant les tribunaux, j'en franchissais un dernier, devant l'autel. Ce n'était pas une rupture avec mes combats d'avant : la prière du matin m'avait toujours accompagnée, à travers les mémoires juridiques et les nuits d'écriture. Simplement, la même quête de justice avait enfin trouvé son langage le plus ancien, celui de la vocation.
—On raconte que votre première messe eut un décor très particulier. Que signifiait-il pour vous ?
J'ai voulu célébrer ma première eucharistie dans une petite église de Caroline du Nord — celle où ma grand-mère, née esclave, avait été baptisée un siècle plus tôt. Songez-y : une femme réduite en esclavage y avait reçu l'eau du baptême sur un banc réservé aux gens comme elle ; et sa petite-fille y revenait tenir le calice, en tant que prêtre. Entre ces deux femmes, un siècle d'Amérique, de lois Jim Crow, de refus et de procès. Ce jour-là, je n'ai pas seulement dit la messe : j'ai bouclé une boucle, refermé une plaie ouverte depuis l'esclavage. Toute ma vie j'avais cherché la justice dans les textes ; là, je la tenais entre mes mains, sous la forme du pain.
Ce jour-là je n'ai pas seulement dit la messe : j'ai refermé une plaie ouverte depuis l'esclavage.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Pauli Murray. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


