Interview imaginaire avec Philippe Auguste
par Charactorium · Philippe Auguste (1165 — 1223) · Politique · 5 min de lecture
Deux élèves de cinquième, en classe découverte, poussent la porte d'une grande salle voûtée au cœur du vieux Paris. Là, près d'une fenêtre étroite, les attend un roi au regard vif et fatigué. Philippe Auguste leur fait signe de s'asseoir tout près : il a sept cents ans d'histoires à leur confier.
—Vous aviez quel âge quand vous êtes devenu roi de France ?
Tu sais, mon enfant, j'avais à peine 15 ans. C'était en 1180, mon père Louis VII venait de mourir. Imagine un garçon presque de ton âge à qui l'on pose une lourde couronne sur la tête. J'avais peur, oui. Le royaume que je recevais était tout petit : quelques terres autour de Paris, ce qu'on appelait le domaine royal. Autour, des seigneurs immenses me regardaient de haut. Surtout les rois d'Angleterre, qui tenaient la Normandie et l'Anjou. Ils étaient mes vassaux, ils me devaient fidélité, mais ils étaient bien plus riches que moi. Ce jour-là, je me suis juré une chose : ce petit royaume, je le ferais grand.
—Ça sentait quoi, dans les rues de votre ville ?
Ah, ne m'en parle pas ! Paris sentait la boue et l'ordure. Quand il pleuvait, les rues devenaient des rivières de fange. Une odeur infecte montait jusqu'à mon Palais de la Cité, sur l'île au milieu de la Seine. Un jour, n'y tenant plus, j'ai ordonné qu'on pave les grandes rues de bonnes pierres dures. Le moine Rigord, qui écrivait ma chronique, l'a noté lui-même. Imagine : avant, on marchait dans la gadoue jusqu'aux chevilles ; après, sur un sol solide et propre. Ça te paraît un petit détail. Mais une capitale digne d'un roi, vois-tu, ça commence par des rues où l'on peut marcher.
—Pourquoi vous avez construit d'aussi grands murs autour de Paris ?
Parce qu'une ville sans muraille, c'est comme une maison sans porte. J'ai fait élever une enceinte de pierre de plus de cinq kilomètres, sur les deux rives de la Seine. De 1190 à 1215, on a empilé les pierres sans relâche. Et à l'ouest, là où la ville était la plus fragile, j'ai bâti une forteresse : le Louvre. Un gros donjon rond, ceinturé de fossés pleins d'eau. Imagine une tour si haute qu'on la voyait de très loin, et qui disait à tous : ici règne le roi de France. Quand je partais guerroyer, je dormais tranquille : ma ville était gardée derrière ses pierres.
—Pourquoi vous avez pris toutes les terres de Jean sans Terre ?
Parce qu'il était mon vassal, et qu'un vassal doit obéir à son seigneur. Jean sans Terre, roi d'Angleterre, tenait la Normandie et l'Anjou comme fiefs reçus de moi. Mais il s'est mal conduit, et j'avais le droit, comme suzerain, de lui retirer ces terres. En 1202, je les ai donc confisquées. Puis j'ai pris ville après ville, château après château. En deux ans, de 1202 à 1204, mon domaine royal a doublé ! Imagine qu'on te donne d'un coup deux fois plus de jardin que tu n'en avais jamais eu. Voilà ce qui est arrivé au royaume de France.
Un vassal doit obéir à son seigneur, fût-il roi d'Angleterre.
—C'était difficile de prendre le château de Château-Gaillard ?
Oh oui, terriblement ! Château-Gaillard, c'était la plus belle forteresse de mon temps. Richard Cœur de Lion l'avait bâtie sur un rocher, au-dessus de la Seine, exprès pour me barrer la route de la Normandie. Des murs épais, des tours rondes, des fossés taillés dans la pierre vive. On l'a assiégé des mois entiers. Mes hommes ont creusé, sapé les murailles, attendu dans le froid et la faim. Et un jour, en 1204, il est tombé. Imagine notre joie ! Après ce château réputé imprenable, plus rien ne m'arrêtait. La Normandie tout entière est devenue française.

—Comment vous faisiez pour commander un royaume aussi grand ?
Belle question, mon enfant ! Un roi ne peut pas être partout à la fois. Alors j'ai inventé des hommes pour me représenter : les baillis. Un bailli, c'est un agent que j'envoyais dans les provinces rendre la justice et lever les impôts en mon nom. Avant eux, des seigneurs du coin volaient souvent le peuple sans rien craindre. Mes baillis, eux, devaient me rendre des comptes chaque année, à la Chandeleur. Imagine un maître qui envoie des messagers fidèles veiller sur sa maison quand il s'absente. C'est ainsi que j'ai tenu mon royaume bien en main, même de très loin.
Un roi ne peut être partout : alors j'ai envoyé mes baillis à ma place.
—C'est vrai que vous avez perdu tous vos papiers une fois ?
Hélas oui, et j'en ai eu grand honte. En 1194, je me suis battu contre Richard Cœur de Lion près de Fréteval. J'ai perdu la bataille, et pire encore, j'ai perdu mes archives ! Tous mes actes, mes traités, mes comptes, emportés ou détruits sur la route. Pour un roi, c'est comme perdre la mémoire d'un seul coup. Alors je me suis juré : plus jamais. J'ai fait copier et garder soigneusement chaque document qui comptait, dans ce qu'on a nommé le Trésor des chartes. Imagine un grand coffre où l'on range tout ce qui ne doit jamais se perdre. Ces vieux parchemins sont les ancêtres de nos archives.
—Vous étiez ami avec Richard Cœur de Lion, à la croisade ?
Ami... c'est vite dit, mon enfant ! En 1190, nous sommes partis ensemble pour la troisième croisade, ce grand voyage de guerre vers Jérusalem. Côte à côte, nous avons assiégé la ville d'Acre, là-bas en Terre sainte, et nous avons fini par la prendre. Mais après la victoire, tout a tourné au vinaigre. On s'est disputés sur le partage du butin, sur tout, sans cesse. Richard était orgueilleux, et moi têtu comme une mule. Alors, dès 1191, je suis rentré seul en France, le laissant poursuivre sans moi. Vois-tu, on peut combattre épaule contre épaule et ne pas s'aimer du tout.

—C'est vrai que vous avez quitté votre femme dès le lendemain du mariage ?
C'est vrai, et je ne suis pas fier de cette histoire-là. En 1193, j'ai épousé Ingeburge de Danemark, une princesse venue de loin. Et le lendemain même des noces, je l'ai répudiée, renvoyée, sans jamais dire pourquoi à personne. Même moi, je serais bien en peine de te l'expliquer clairement. Cela a déclenché une querelle terrible avec le pape, qui prenait la défense de cette pauvre femme. Vingt ans de conflit ! Le pape menaçait même de punir tout mon royaume. Tu vois, mon enfant, même un roi puissant commet des fautes qui le poursuivent longtemps. Celle-ci, je l'ai traînée presque toute ma vie.
—Vous aviez peur, avant la grande bataille de Bouvines ?
Oui, j'avais peur, et je ne l'ai pas caché. Ce jour de 1214, à Bouvines, presque toute l'Europe s'était liguée contre moi : l'Angleterre, la Flandre, l'empereur d'Allemagne. Avant le combat, je suis descendu de cheval, je me suis agenouillé dans l'herbe, et j'ai prié longuement. Devant moi flottait l'Oriflamme, la bannière de soie rouge de Saint-Denis. Puis la mêlée a éclaté. Des ennemis m'ont saisi par mes vêtements et m'ont jeté à terre ! J'ai cru ma dernière heure venue. Mes chevaliers se sont rués sur moi et m'ont relevé de justesse. Quand je me suis remis debout, la victoire était déjà à nous.
Avant la bataille j'ai prié à genoux ; pendant, mes chevaliers m'ont relevé de la boue.
—Qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous, aujourd'hui ?
Que retenir ? Pas seulement Bouvines, mon enfant, même si ce fut mon plus beau jour. Retiens plutôt ceci : j'ai reçu un petit royaume tremblant, et j'ai laissé une France forte. Des murs autour de Paris, des baillis dans les provinces, des archives bien gardées, un domaine royal deux fois plus grand. On m'a surnommé Auguste, comme un grand empereur romain d'autrefois, parce que j'avais agrandi mon pays. Mais je n'ai pas bâti cela tout seul. Imagine une cathédrale : un roi pose une pierre, son fils en pose une autre par-dessus. Moi, j'ai surtout veillé à poser de bonnes pierres bien solides.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Philippe Auguste. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


