Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Philippe Pétain

par Charactorium · Philippe Pétain (1856 — 1951) · Militaire · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Hiver 1949. Dans la lumière grise de la forteresse de l'île d'Yeu, un très vieil homme en costume civil reçoit, exceptionnellement, un visiteur. La mer bat les remparts de Port-Joinville. Le maréchal Pétain, prisonnier de la République, accepte de revenir, une dernière fois, sur les chemins qui l'ont mené de la gloire de Verdun au banc des accusés.

Quand vous prenez le commandement à Verdun, en février 1916, que voyez-vous d'abord ?

Je vois une saignée. Les Allemands veulent vider la France de son sang devant cette ville de la Meuse, et l'on me confie un secteur qui se meurt faute de tout. Un chef n'est rien sans ses lignes d'approvisionnement : je l'ai compris très jeune, dans l'infanterie où l'on m'a longtemps cru trop prudent pour faire carrière. À Verdun, j'ai d'abord regardé une carte, pas un champ d'honneur. Une seule route praticable montait de Bar-le-Duc, étroite, fragile. C'est elle qu'il fallait sauver avant de sauver les hommes. On l'a baptisée plus tard la Voie Sacrée ; pour moi, en 1916, ce n'était qu'une question d'organisation, froide, méthodique. La gloire, voyez-vous, vient toujours après le travail obscur des arrière-trains.

À Verdun, j'ai d'abord regardé une carte, pas un champ d'honneur.

Comment cette route a-t-elle pu nourrir une bataille entière sans jamais se rompre ?

Par la discipline des roues, monsieur. Jour et nuit, plus de six mille camions y roulaient sans s'arrêter ; un véhicule en panne, on le poussait dans le fossé pour ne pas briser le flot. Des territoriaux, à genoux, jetaient sans relâche des pierres sous les pneus pour que la chaussée tienne. À mon poste de commandement, je gardais l'oreille collée au téléphone de campagne : chaque heure, je voulais savoir combien d'hommes montaient, combien de tonnes d'obus, combien de blessés redescendaient. J'avais imaginé une rotation : aucune division ne devait s'épuiser entièrement dans cet enfer, chacune passait, puis cédait la place. On a dit que j'avais ménagé mes soldats. C'est vrai. Je n'ai jamais cru qu'on gagnât une guerre en gaspillant la chair française.

Je n'ai jamais cru qu'on gagnât une guerre en gaspillant la chair française.

Au printemps 1917, l'armée se mutine. Vous arrivez à sa tête : qu'avez-vous trouvé dans ces régiments ?

Des hommes à bout. L'offensive du Chemin des Dames venait de coûter des dizaines de milliers de vies pour quelques arpents de boue, et le soldat français, qui n'est pas un mouton, refusait de monter à l'abattoir. On me pressait de fusiller en masse pour l'exemple. J'ai refusé cette facilité sanglante. En mai 1917, j'ai parcouru les cantonnements, j'ai écouté. Les permissions ne tombaient plus, le vin était aigre, le courrier n'arrivait pas : voilà ce qui défait une troupe, bien avant les idées. J'ai rétabli les tours de repos, amélioré l'ordinaire, et surtout promis qu'on n'attaquerait plus à découvert sans les chars et sans les Américains. Un homme qui sait qu'on ne le sacrifiera pas pour rien retrouve son courage. La discipline est revenue d'elle-même.

Vous parlez d'attendre les chars et les Américains. Cette patience, n'était-ce pas aussi une philosophie de la guerre ?

C'était toute ma manière. On m'a reproché ma lenteur comme un défaut ; j'y voyais le respect de la vie de mes soldats. Le feu tue, disais-je à mes officiers : il faut donc lui opposer le métal et le nombre, non la poitrine des hommes. Après les mutineries de 1917, j'ai mené de petites offensives limitées, préparées par une artillerie écrasante, où l'on gagnait du terrain en perdant peu. La Malmaison, à l'automne, en fut l'exemple : un succès net, payé d'un prix mesuré. J'attendais que la matière travaille pour nous, et que les divisions américaines débarquent en masse. Certains généraux rêvaient de percées foudroyantes ; moi, je comptais mes morts. C'est peut-être pour cela que les poilus m'ont aimé, eux qui savaient ce que coûte une charge inutile.

Le feu tue : il faut lui opposer le métal, non la poitrine des hommes.

Le 17 juin 1940, vous prenez la radio pour annoncer la fin des combats. Dans quel état d'esprit montez-vous au micro ce jour-là ?

J'avais quatre-vingt-quatre ans et un pays en déroute sur les bras. Les routes du nord charriaient des millions de civils, l'armée était disloquée, et l'on m'avait appelé la veille pour présider le Conseil comme on appelle un médecin au chevet d'un mourant. Ce jour-là, j'ai dit à la France : « C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. » Ces mots, je les pesais. Je croyais sincèrement qu'il fallait demander l'armistice, le 22 juin, plutôt que de jeter dans la mer ce qui restait de nos soldats. Le lendemain, depuis Londres, un général que j'avais connu jeune officier répondait par un autre appel. L'Histoire nous a placés face à face, lui le refus, moi le renoncement. Je portais, moi, le poids des vivants à sauver.

L'Histoire nous a placés face à face, lui le refus, moi le renoncement.
Philippe Pétain 03
Philippe Pétain 03Wikimedia Commons, Public domain — Unknown (Bain News Service, publisher)

Beaucoup ont entendu dans cet appel une capitulation morale. Que répondez-vous à ceux qui disent qu'il fallait continuer la lutte ?

Je leur réponds qu'ils n'avaient pas, comme moi, le souvenir de Verdun dans les os. J'avais vu une génération entière fauchée entre 1914 et 1918 ; je ne pouvais me résoudre à voir la suivante anéantie en quelques semaines. Continuer la lutte, disait-on : mais avec quoi ? Le gouvernement songeait à fuir en Afrique du Nord et à abandonner le sol et le peuple à l'occupant. J'ai choisi de rester sur la terre de France, au milieu des Français, fût-ce dans le malheur. On m'a accordé les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940, et je n'ignorais pas le fardeau que cela représentait. Peut-être me suis-je trompé. Mais nul ne me fera croire que rester auprès d'un peuple vaincu pour amortir ses souffrances soit une lâcheté. C'était, à mes yeux, le devoir le plus dur.

Le 24 octobre 1940, à Montoire, vous serrez la main d'Hitler. Cette image a fait le tour du monde. Que cherchiez-vous dans cette rencontre ?

Du temps, et quelques allègements pour un peuple écrasé. À Montoire, on m'a photographié tendant la main au chancelier du Reich, et cette poignée de main a pesé sur moi plus que toutes mes batailles. Je croyais pouvoir négocier : la libération de prisonniers, un peu de pain, une ligne de démarcation moins cruelle. Quelques jours après, j'ai dit à la radio : « J'en ai accepté le principe », parlant de cette collaboration entre les deux pays. Le mot était terrible, je le savais. Je m'imaginais marchander pied à pied avec le vainqueur, lui céder l'écorce pour sauver l'arbre. L'occupant, lui, ne lâchait jamais rien sans contrepartie plus lourde encore. J'ai voulu ruser avec le plus fort, et c'est la France qui a porté l'humiliation de cette image.

Cette poignée de main a pesé sur moi plus que toutes mes batailles.
Philippe Pétain (en civil, autour de 1930)
Philippe Pétain (en civil, autour de 1930)Wikimedia Commons, Public domain — Harris & Ewing

À votre procès, en 1945, vous avez parlé d'avoir été un « bouclier ». Tenez-vous encore aujourd'hui à cette défense ?

J'y tiens, et l'on m'accordera que je suis venu la défendre. En avril 1945, alors qu'on me croyait à l'abri en Allemagne, j'ai écrit que je rentrais en France pour recevoir le jugement de mon pays, quelles qu'en fussent les conséquences. Devant la Haute Cour de Justice, j'ai soutenu avoir joué le rôle de bouclier pendant que d'autres, à Londres, brandissaient l'épée. Le bouclier reçoit les coups, l'épée les rend : il faut les deux, ai-je pensé, pour qu'un pays survive. On m'a condamné à mort, puis le général a commué ma peine. Je sais aujourd'hui qu'un bouclier qui couvre l'occupant autant qu'il protège n'est plus tout à fait un bouclier. Mais c'est avec cette conviction-là que j'ai agi, et c'est avec elle que je mourrai sur cette île d'Yeu.

Votre régime s'est donné une devise nouvelle : Travail, Famille, Patrie. Qu'entendiez-vous bâtir avec cette Révolution nationale ?

Je voulais relever un pays que je jugeais pourri par les querelles de partis et la facilité. « La défaite nous invite à revenir aux traditions de nos pères : Travail, Famille, Patrie. » Voilà ce que j'ai dit aux Français à l'été 1940, depuis l'Hôtel du Parc de Vichy. Je rêvais d'une France enracinée, paysanne, où l'on respecterait le métier, le foyer, la terre — ces valeurs de mon village de Cauchy-à-la-Tour. On a distribué la francisque, cette hache ancienne, à ceux qui me juraient fidélité, et mon visage de vieux maréchal couvrait les murs des écoles. Je n'ai pas vu, ou pas voulu voir, qu'on ne refonde pas une nation sous la botte d'un occupant, et qu'une révolution dictée dans la défaite tourne vite à la contrainte et au reniement de ce que la République avait de meilleur.

On ne refonde pas une nation sous la botte d'un occupant.

Dès octobre 1940, votre gouvernement promulgue le Statut des Juifs. Comment expliquez-vous cette loi, qu'aucun Allemand ne vous avait imposée ?

C'est la page que je ne puis ni effacer ni alléger. Ce Statut des Juifs, signé en octobre 1940, écartait des Français de l'armée, de la fonction publique, de l'enseignement, pour la seule raison de leur naissance. On le dira, et c'est vrai : l'occupant ne l'avait pas exigé. Il est sorti de notre propre initiative, de cet esprit de méfiance que je laissais prospérer autour de moi. J'ai cru, par aveuglement, sauver la France en la repliant sur elle-même, en désignant des boucs émissaires à sa détresse. Puis vint, en juillet 1942, la rafle du Vél d'Hiv, où une police française arrêta des milliers d'enfants, de femmes, de vieillards. Un soldat qui a couvert cela ne peut plaider l'ignorance jusqu'au bout. C'est le poids le plus lourd que j'emporte dans cette cellule de l'Atlantique.

C'est la page que je ne puis ni effacer ni alléger.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Philippe Pétain. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.