Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Robert Schuman

par Charactorium · Robert Schuman (1886 — 1963) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Scy-Chazelles, un matin de l'automne 1962. Dans la petite maison de pierres grises où il s'est retiré, Robert Schuman reçoit entre sa bibliothèque encombrée de livres en trois langues et la fenêtre qui donne sur son jardin de Moselle. La voix est douce, l'accent légèrement germanique ; il répond posément, comme on récite, sans jamais hausser le ton.

Commençons par le commencement : où êtes-vous né, et qu'est-ce que ce lieu a fait de vous ?

Je suis venu au monde en 1886 à Clausen, un faubourg de Luxembourg, dans une famille lorraine que l'histoire avait ballottée entre deux drapeaux. Ma mère était luxembourgeoise, mon père un Lorrain devenu allemand malgré lui après 1871. J'ai donc grandi entre trois langues, et l'on m'a toujours reproché ce léger accent que vous entendez : je parle le français comme un homme qui a d'abord appris à penser en allemand. Longtemps j'ai cru que cette frontière intérieure était une infirmité. J'ai compris plus tard qu'elle était une chance. Quand on a porté en soi les deux peuples qui se sont entre-déchirés à Sedan, à Verdun, on ne peut plus haïr franchement ni l'un ni l'autre. On cherche le pont.

On m'a toujours reproché ce léger accent : je parle le français comme un homme qui a d'abord appris à penser en allemand.

Vous êtes pourtant devenu citoyen français assez tard. Comment cela s'est-il produit ?

J'avais trente-deux ans lorsque la Lorraine est revenue à la France, en 1918. Imaginez : j'étais déjà avocat installé à Metz, j'avais passé mon doctorat de droit dans les universités allemandes, plaidé en allemand, et voilà qu'en une signature de traité je changeais de patrie sans changer de maison. Beaucoup, dans ma situation, ont vécu cela comme un déchirement. Moi, j'y ai vu une délivrance et une mission. Dès 1919, mes concitoyens de la Moselle m'ont envoyé siéger au Palais Bourbon, et je n'ai plus quitté ce siège pendant plus de quarante ans. Mais je n'ai jamais oublié d'où je venais. Un homme des marches comprend mieux que d'autres combien une frontière est une cicatrice, jamais une muraille naturelle.

Une frontière est une cicatrice, jamais une muraille naturelle.

Vint la guerre, et l'Occupation. Que vous est-il arrivé en 1940 ?

La Gestapo est venue me chercher en septembre 1940. J'avais refusé de collaborer, et un homme qui connaît si bien l'Allemagne dérange davantage qu'un ennemi ordinaire. On m'a emmené à Neustadt, en résidence surveillée d'abord, puis sous une menace plus lourde. J'ai prié beaucoup, je vous l'avoue, car je ne voyais pas d'issue humaine. En 1942, j'ai pu m'évader, et j'ai vécu caché jusqu'à la Libération, passant de presbytère en monastère dans la zone dite libre, sous un faux nom, lisant mon bréviaire le soir comme un religieux en fuite. C'est dans ces années de clandestinité que ma conviction s'est durcie comme l'acier qu'on trempe : tant que les nations resteront souveraines jusqu'à pouvoir se faire la guerre, elles se la feront.

Diriez-vous que ces années de persécution ont changé votre manière de faire de la politique ?

Elles ont tout changé, sans rien renier. Avant la guerre, je travaillais comme un juriste consciencieux, dossier après dossier, dans la IVe République de demain comme dans la IIIe d'hier. Après la cache, après la peur, après avoir vu mon pays deux fois envahi en une seule vie d'homme, je n'ai plus pu me contenter de gérer. Quand je suis rentré, j'ai rejoint le MRP, ce parti de démocrates-chrétiens né de la Résistance, et j'ai porté en moi une certitude presque obstinée : la paix ne se décrète pas dans les traités de circonstance, elle se bâtit dans les choses concrètes. Le charbon, l'acier, le pain — ce que les peuples se disputent. Tant qu'on n'aurait pas mis en commun ce pour quoi ils s'égorgent, on n'aurait rien fait.

La paix ne se décrète pas dans les traités de circonstance, elle se bâtit dans les choses concrètes.

Parlons du 9 mai 1950. Comment cette journée s'est-elle réellement déroulée ?

Ce fut une affaire de conspirateurs, je le confesse en souriant. Jean Monnet et ses collaborateurs avaient rédigé le projet dans le plus grand secret, et nous l'avons gardé sous le manteau jusqu'au dernier instant, par crainte des fuites — un seul mot échappé et toutes les chancelleries l'auraient étranglé au berceau. J'ai même fait prévenir le chancelier Adenauer quelques heures à peine avant l'annonce ; il m'a fait répondre que c'était, pour lui, le premier geste sincère d'un Français envers l'Allemagne depuis la guerre. Puis, l'après-midi, dans le Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay, j'ai lu mon texte devant la presse du monde entier. Ma voix tremblait un peu. Je savais que je proposais une chose inouïe : que la France et l'Allemagne, ennemies héréditaires, remettent leur charbon et leur acier à une autorité commune.

Robert Schuman Plaque (Graunstrasse 31)
Robert Schuman Plaque (Graunstrasse 31)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — OTFW, Berlin

Une phrase de cette déclaration est restée célèbre. Que vouliez-vous dire exactement ?

J'ai dit ce jour-là : « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait. » Voilà toute ma méthode en une ligne. Je me méfie des grands édifices dessinés d'avance, des fédérations proclamées dans l'enthousiasme et mortes le lendemain. Je crois aux petits pas qui engagent. Mettez deux peuples à exploiter ensemble la même mine, à partager la même fonte, et vous tisserez entre eux mille liens si serrés que la guerre deviendra non seulement impensable, mais matériellement impossible. La solidarité de fait précède l'amitié des cœurs ; elle ne l'attend pas, elle la fabrique.

La guerre deviendra non seulement impensable, mais matériellement impossible.

Comment avez-vous convaincu vos compatriotes d'accepter de limiter la souveraineté de la France ?

Ce fut le plus dur. Devant l'Assemblée nationale, en juillet 1950, on m'accusait de livrer la France à son vainqueur de la veille. J'ai répondu sans détour : « Nous demandons à l'Allemagne d'accepter une souveraineté limitée sur ses ressources en charbon et en acier, mais nous acceptons exactement les mêmes limitations pour la France. C'est une égalité de droits et de devoirs. » Là était toute la nouveauté morale de l'affaire. Je n'imposais pas au vaincu ce que le vainqueur refuse pour lui-même — l'erreur de Versailles, qui avait nourri les pires rancunes. Je plaçais les deux nations sous la même règle, sous la même Haute Autorité. Une autorité au-dessus des États : voilà le mot qui faisait frémir, et qui pourtant était la clé de tout.

Aachen 11-11 Robert-Schuman-Strasse EinhardGymnasium
Aachen 11-11 Robert-Schuman-Strasse EinhardGymnasiumWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — A.Savin

Cette Haute Autorité, cette idée de supranationalité, qu'avait-elle de si révolutionnaire ?

Jusqu'alors, les États ne se liaient qu'en gardant le dernier mot ; chacun pouvait toujours dire non et reprendre ses billes. La supranationalité rompait avec cela. La Haute Autorité de la CECA, instituée par le traité de Paris en 1951 entre six pays — France, Allemagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg —, décidait pour tous sans réclamer l'accord unanime de chaque gouvernement. Neuf hommes indépendants, ne devant de comptes à aucune capitale, gérant en commun la fonte de tout un continent. C'était inouï dans l'histoire. Plus tard, quand on m'a fait l'honneur de présider la première Assemblée parlementaire européenne, j'ai veillé à ce que cette autorité nouvelle ne fût pas qu'une mécanique de techniciens, mais qu'elle eût des élus pour la regarder dans les yeux. Une intégration européenne sans contrôle des peuples ne serait qu'une bureaucratie de plus.

On vous surnomme le « moine de la politique européenne ». Reconnaissez-vous l'homme dans ce portrait ?

Le surnom me fait sourire, mais il ne ment pas tout à fait. Je ne me suis jamais marié, je vis seul dans cette maison de Scy-Chazelles, et chaque matin, avant les dépêches et les ambassadeurs, je vais à la messe, quelle que soit la ville où je me trouve. Le soir, je marche dans mon jardin en récitant mon chapelet. Ma table est frugale — une soupe, des légumes du potager, un verre de vin de Moselle —, mes costumes sont sombres, et je fuis les mondanités où s'épuisent tant de mes confrères. Ce n'est pas vertu affichée : c'est que je crois sincèrement que la politique est un service, non un théâtre. On gouverne mieux les hommes quand on n'attend rien d'eux pour soi-même.

La politique est un service, non un théâtre.

Au fond, cette Europe que vous bâtissez, est-ce un projet économique ou une foi ?

Les deux ne se séparent pas dans mon esprit. Je passe mes journées à parler de tonnes de charbon, de quotas d'acier, de tarifs — la matière la plus terre à terre qui soit. Mais derrière chaque tonne, je vois des hommes qui ne s'entre-tueront plus. Dans le petit livre que je voudrais laisser, Pour l'Europe, j'ai écrit ce qui me tient le plus à cœur : « La démocratie doit être fraternelle ou elle ne sera pas. Elle doit être une politique de fraternité, sinon elle deviendra une tyrannie ou une anarchie. » L'Europe que je rêve n'est pas un marché agrandi ; c'est une communauté de peuples qui se reconnaissent enfin comme frères. Le charbon n'est que le commencement. La fraternité est le but.

L'Europe que je rêve n'est pas un marché agrandi ; c'est une communauté de peuples qui se reconnaissent enfin comme frères.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Robert Schuman. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.