Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Robert Schuman

par Charactorium · Robert Schuman (1886 — 1963) · Politique · 7 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le jardin de pierres grises de Scy-Chazelles, par un matin de printemps 1958, que Konrad Adenauer vient retrouver son ami Robert Schuman. Le chancelier connaît bien cette demeure lorraine où l'odeur des buissons taillés se mêle à celle de l'encre des dossiers. Les deux hommes se sont écrit d'innombrables télégrammes depuis huit ans, coordonnant patiemment la réconciliation de leurs deux peuples. Aujourd'hui, Adenauer pose sa serviette et vient écouter, en ami plus qu'en chancelier, l'homme derrière l'œuvre.

Robert, mon ami, vous êtes né à Luxembourg quand la Lorraine était allemande. Comment cet enfant des frontières est-il devenu citoyen français à trente-deux ans ?

Tu touches là, Konrad, à ce qui m'a fait tel que je suis. Je suis né en 1886 dans un Grand-Duché coincé entre vos terres et les nôtres, d'une famille lorraine sous administration allemande. J'ai fait mon droit dans vos universités, à Bonn, à Munich, à Berlin — et tu sais bien que je parle encore votre langue mieux que beaucoup de mes collègues du Quai d'Orsay. Quand la Lorraine est revenue à la France en 1918, je suis devenu Français sans cesser d'être ce que j'avais toujours été : un homme des deux rives. On a voulu voir là une faiblesse, presque un soupçon. Moi j'y ai vu ma chance. Comment haïr l'Allemagne quand on a appris à penser dans ses livres ? Cette double appartenance n'était pas un déchirement : c'était déjà, en germe, toute l'Europe que nous bâtissons ensemble.

Comment haïr l'Allemagne quand on a appris à penser dans ses livres ?

Avant nos travaux communs, la Gestapo vous a arrêté en 1940. Vous ne m'en parlez jamais. Que vous a appris ces années de clandestinité ?

C'est vrai que j'en parle peu, et tu comprends pourquoi. En septembre 1940, ils sont venus me chercher à cause de mon opposition au régime. On m'a tenu prisonnier à Neustadt, puis j'ai pu m'évader en 1942. J'ai vécu caché, de monastère en monastère, dans la zone libre, sous de faux noms, sachant qu'une dénonciation pouvait tout finir. Je ne te raconte pas cela pour me plaindre — d'autres ont souffert mille fois plus. Mais dans ces couvents silencieux, j'ai eu le temps de méditer sur ce qui produisait, depuis 1870, cette suite de guerres entre nos peuples. J'ai compris que les traités, les frontières, les vainqueurs et les vaincus ne réglaient rien. Il fallait autre chose, un lien si concret qu'aucune haine ne pourrait plus le rompre. Ma conviction européenne n'est pas née dans un bureau : elle est née dans une cellule.

Ma conviction européenne n'est pas née dans un bureau : elle est née dans une cellule.

Parlons du 9 mai 1950. Tu m'as fait prévenir quelques heures seulement avant l'annonce. Pourquoi tant de secret entre nous deux ?

Pardonne-moi encore ce silence, Konrad — ce n'était pas méfiance envers toi, mais peur des fuites. Avec Jean Monnet, nous avions rédigé le texte presque clandestinement, sans en informer la plupart de mes propres ministres. La moindre indiscrétion, et les chancelleries, les industriels, les jaloux auraient étouffé l'idée avant sa naissance. Je t'ai envoyé un émissaire le matin même parce qu'il était impensable de lancer une telle main tendue à l'Allemagne sans ton accord de cœur. Quand on m'a rapporté ta réaction, j'ai su que nous réussirions. L'après-midi, au Salon de l'Horloge du Quai d'Orsay, devant la presse internationale, j'ai lu cette déclaration en tremblant un peu. Je n'ai jamais oublié ce que j'ai dit ce jour-là : l'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble, mais par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait.

Il était impensable de tendre la main à l'Allemagne sans ton accord de cœur.

Beaucoup à Bonn, comme à Paris, jugeaient votre méthode trop modeste. Pourquoi le charbon et l'acier, et non pas tout de suite la grande Europe politique ?

Parce que la grande Europe politique d'un seul coup, mon ami, c'est un rêve qui s'effondre au premier obstacle. Nous l'avons vu après chaque guerre : on signe de beaux principes, et tout se défait. J'ai préféré la méthode des petits pas que Monnet appelait si justement. Le charbon et l'acier, ce sont les nerfs de la guerre — ceux dont on faisait les canons. Les placer sous une Haute Autorité commune, au-dessus de nos deux gouvernements, c'était rendre une nouvelle guerre non seulement impensable, mais matériellement impossible. Voilà le sens de la supranationalité : nous cédons tous les deux une part de souveraineté, à parts égales. J'ai dit devant l'Assemblée que nous demandions à l'Allemagne une limitation, mais que la France acceptait exactement la même. Une solidarité de fait, concrète, avant les grands discours. On bâtit la paix comme on bâtit une cathédrale : pierre après pierre.

On bâtit la paix comme on bâtit une cathédrale : pierre après pierre.

Le traité de Paris de 1951 a lié six pays. En signant, pensais-tu déjà à ce qui viendrait après, au-delà du charbon ?

Bien sûr que j'y pensais, et toi aussi. Le 18 avril 1951, quand nos six nations — la France, ton Allemagne, l'Italie de De Gasperi, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg — ont signé ce traité, nous savions tous que nous ne créions pas seulement un marché du charbon. Nous créions un laboratoire. La première institution supranationale de l'histoire, avec sa Haute Autorité indépendante des gouvernements. Si cela fonctionnait pour l'acier, pourquoi pas demain pour le commerce, pour l'énergie, pour bien d'autres choses encore ? Je t'avoue, Konrad, que je me garde de prophétiser. Je sais seulement qu'une fois qu'on a habitué des peuples à décider ensemble, à partager une autorité commune, le chemin ne se rebrousse pas. Chaque réalisation concrète appelle la suivante. Nous avons planté une graine ; ni toi ni moi ne verrons peut-être l'arbre entier.

Nous avons planté une graine ; ni toi ni moi ne verrons peut-être l'arbre entier.
Robert Schuman Plaque (Graunstrasse 31)
Robert Schuman Plaque (Graunstrasse 31)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — OTFW, Berlin

Ici, dans cette maison de pierre où je te rends visite, on te surnomme le « moine de la politique ». Cette foi, que pèse-t-elle dans ton action ?

Le surnom me fait sourire, mais je ne le renie pas. Tu sais que je ne me suis jamais marié, que je vis seul ici, à Scy-Chazelles, entouré de mes livres en plusieurs langues. Chaque matin, avant l'aube, où que je sois, je vais à la messe ; le soir, j'arpente ce jardin en récitant mon chapelet. Ce n'est pas une coquetterie de dévot. Pour moi, la démocratie doit être fraternelle ou elle ne sera pas : une politique de fraternité, sinon elle devient tyrannie ou anarchie. L'Europe que nous bâtissons n'est pas qu'une affaire de tonnes d'acier et de tarifs douaniers. C'est une œuvre morale, un devoir envers les morts des trois guerres qui nous ont opposés. Toi qui partages cette foi, Konrad, tu comprends que je ne sépare pas l'homme d'État du chrétien. Ma sobriété n'est pas une vertu affichée — c'est simplement que le faste me semble une perte de temps.

L'Europe n'est pas qu'une affaire d'acier : c'est une œuvre morale.

Tu refuses les résidences officielles, tu manges seul une soupe et du fromage lorrain. Cette austérité, n'est-elle pas un poids, à ton âge ?

Un poids ? Non, Konrad, c'est tout le contraire : c'est mon repos. Quand je rentre du Quai d'Orsay ou de Strasbourg, je retrouve cette demeure de pierres grises du quinzième siècle, mon potager, ma bibliothèque, mon bréviaire annoté de ma main. Je dîne d'une soupe, d'un peu de fromage, d'un verre de vin de Moselle, et cela me suffit amplement. À Paris, j'ai toujours logé dans des appartements modestes, refusant les fastes auxquels ma fonction me donnait droit. Mes collègues fréquentent les salons et les dîners ; moi je me retire tôt, avec un texte de droit ou de philosophie. Vois-tu, un homme encombré de biens et d'honneurs devient prudent, il a peur de tout perdre. Celui qui ne possède presque rien est libre de servir une grande idée jusqu'au bout. Ma frugalité n'est pas un sacrifice : c'est ma liberté.

Celui qui ne possède presque rien est libre de servir une grande idée jusqu'au bout.
Aachen 11-11 Robert-Schuman-Strasse EinhardGymnasium
Aachen 11-11 Robert-Schuman-Strasse EinhardGymnasiumWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — A.Savin

À l'Assemblée de Strasbourg que tu présides, tu passes du français à l'allemand, puis au luxembourgeois. Pourquoi tiens-tu tant à ce mélange des langues ?

Parce qu'une Europe qui imposerait une seule langue trahirait son propre principe. Quand je préside cette Assemblée parlementaire, j'insiste pour qu'aucune langue ne soit privilégiée, et je donne l'exemple : j'interviens tour à tour dans la tienne, dans la mienne, dans celle de mon enfance luxembourgeoise. Ce n'est pas une performance, Konrad — c'est ma manière de dire que la diversité n'est pas l'ennemie de l'unité. Nous ne voulons pas fondre nos peuples dans un moule unique ; nous voulons qu'ils décident ensemble tout en restant eux-mêmes. Strasbourg est le symbole parfait de cela : tant de fois disputée entre nos deux nations, elle devient le cœur d'une réconciliation. Quand j'y siège, je pense à tous ceux qui sont morts pour déplacer cette frontière de quelques kilomètres. Désormais, on n'y déplace plus que des idées et des votes. C'est une victoire silencieuse, mais immense.

On n'y déplace plus des frontières : seulement des idées et des votes.

Le 9 mai est devenu une date que l'on commémore déjà. Mesures-tu, Robert, ce que ton geste de ce matin-là a déclenché ?

Je me méfie des grands mots sur ma propre personne, tu le sais. Ce matin du 9 mai, je n'ai été qu'une voix qui a lu un texte mûri à plusieurs. Sans Monnet pour la méthode, sans toi pour la réponse allemande, sans De Gasperi et les autres, ce papier serait resté lettre morte. Ce qui m'émeut, ce n'est pas la date qu'on retient, c'est ce qui s'est passé en quelques heures : un Français tendait la main à l'Allemagne sans arrière-pensée, et l'Allemagne la saisissait. Après ce que nos peuples s'étaient infligé, c'était presque un miracle de confiance. Je crois que la véritable audace, ce jour-là, n'était pas dans le plan technique du charbon et de l'acier. Elle était dans le pari sur la bonne foi de l'adversaire d'hier. Tu as fait, ce matin-là, la moitié du chemin. Sans cela, je n'aurais lu qu'un discours de plus.

Un Français tendait la main à l'Allemagne sans arrière-pensée, et l'Allemagne la saisissait.

Une dernière question d'ami, Robert. Après la prison, la fuite, l'épreuve, qu'est-ce qui te fait tenir et croire encore que tout cela durera ?

Ce qui me fait tenir, Konrad, c'est précisément d'avoir touché le fond. Quand on a connu la cellule de Neustadt, la peur de la dénonciation, le silence des monastères où je me cachais, on ne se paie plus de mots sur la paix. On sait ce que coûte la guerre, dans sa chair même. Je ne crois pas que notre œuvre soit à l'abri ; rien d'humain ne l'est. Des hommes après nous pourront l'abîmer, la ralentir, douter. Mais nous aurons créé des liens si concrets, si quotidiens, que les défaire coûterait plus cher que de les garder. C'est là toute la sagesse de la solidarité de fait : elle ne repose pas sur les bons sentiments, qui passent, mais sur des intérêts partagés, qui demeurent. Ce que nous unissons aujourd'hui est plus fort que ce qui nous a divisés. Et cela, mon ami, aucune Gestapo ne pourra plus jamais l'arrêter.

Ce que nous unissons aujourd'hui est plus fort que ce qui nous a divisés.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Robert Schuman. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.