Interview imaginaire avec Roland
par Charactorium · Roland · Mythologie · 5 min de lecture
C'est au col de Roncevaux, dans l'air glacé des Pyrénées de l'an 778, que Charlemagne revient sur ses pas, alerté par un son de cor qui s'est brisé contre la pierre. Au milieu de l'arrière-garde tombée, il retrouve Roland, son neveu et le plus illustre de ses douze pairs, l'olifant fendu encore serré contre lui et Durandal à demi enfoncée dans le roc. L'empereur ne vient pas en juge mais en oncle et en seigneur, pour entendre de la bouche du paladin ce que les annales ne diront jamais. Le vent porte encore l'écho du combat lorsqu'il s'agenouille près de lui.
—Roland, mon neveu, j'ai entendu ton cor par-delà les monts et j'ai fait tourner toute l'armée. Pourquoi avoir tant attendu pour souffler ?
Tu le sais mieux que personne, mon oncle : un pair de Charlemagne ne sonne pas du cor pour quelques montagnards. J'ai cru pouvoir tenir le passage seul, par honneur, sans rappeler ton ost qui s'éloignait déjà vers la plaine. Quand j'ai vu mes compagnons tomber un à un dans cette gorge, j'ai compris que mon orgueil les avait perdus. Alors seulement j'ai porté l'olifant à mes lèvres. J'ai soufflé de toute mon âme, non pour être sauvé, mais pour que tu saches, pour que tu reviennes venger les tiens. Le son a couru sur trente lieues. Ce retard, je le paie maintenant — il pèse plus lourd sur moi que toutes les blessures.
Un pair de Charlemagne ne sonne pas du cor pour quelques montagnards.
—On m'a dit que tu avais soufflé jusqu'à t'en rompre les tempes. Est-il vrai qu'un homme puisse se tuer ainsi, par un simple cor ?
Je ne saurais dire si ce sont les tempes ou le cœur qui ont cédé d'abord. J'ai soufflé comme on prie, comme on supplie le ciel, sans rien garder de mon souffle. Le sang m'est monté à la bouche et à la tête, et j'ai senti quelque chose se briser au-dedans, comme la corne elle-même s'est fendue. Vois, l'olifant est éclaté entre mes mains. Un cor n'est pas fait pour porter le désespoir d'un homme jusqu'à ton oreille lointaine. Mais je voulais que ce dernier appel franchisse les montagnes coûte que coûte. Si j'y ai laissé ma vie, qu'importe : le son t'a atteint, et c'est tout ce que je demandais.
J'ai soufflé comme on prie, sans rien garder de mon souffle.
—Je vois ta Durandal plantée dans le roc, ébréchée mais entière. Pourquoi t'es-tu acharné à la frapper contre la pierre ?
Parce que je ne voulais pas qu'elle tombe aux mains des païens, mon seigneur. Cette lame, tu me l'as ceinte toi-même : nulle épée au monde ne lui résiste, et nul ennemi ne devait s'en glorifier après ma mort. J'ai frappé le rocher de toutes mes forces pour la rompre — dix coups, vingt coups. Mais c'est elle qui a entaillé la montagne, et non la montagne qui l'a entamée. Durandal ne se laisse pas briser, pas même par celui qui la porte. Alors je l'ai couchée sous moi, mon corps pour dernier fourreau, afin qu'aucune main infidèle ne la touche. Une telle arme ne survit pas à son maître pour servir un autre.
C'est elle qui a entaillé la montagne, et non la montagne qui l'a entamée.
—On dit que des reliques saintes sont enchâssées dans son pommeau. Qu'as-tu confié à cette lame, toi qui la connaissais mieux que quiconque ?
Dans sa garde dorée reposent des saintes reliques que j'ai vénérées chaque matin avant le combat : une dent du bienheureux, du sang d'un martyr, un peu de la robe d'une sainte. Ce n'était pas une simple épée de guerre, mon oncle, mais un reliquaire que je portais au flanc. Avant chaque bataille, je baisais le pommeau comme on baise l'autel. Frapper de Durandal, c'était combattre avec la chrétienté tout entière dans mon poing. Voilà pourquoi je ne pouvais souffrir qu'elle servît un païen : ce n'était pas mon honneur seul qui était en jeu, mais celui des saints qu'elle abritait. Une lame qui contient le ciel ne doit pas connaître de maître impie.
Ce n'était pas une simple épée, mais un reliquaire que je portais au flanc.

—Te souviens-tu, à Aix-la-Chapelle, quand je t'ai compté parmi mes douze pairs ? Qu'est-ce qu'être mon paladin signifiait pour toi ?
Je m'en souviens comme du plus beau jour de ma vie, mon oncle. Dans la grande salle de ton palais, parmi les officiers et les évêques, tu m'as nommé devant tous. Être ton paladin, ce n'était pas un titre à porter comme un manteau : c'était engager mon corps, mon sang et mon nom à ton service jusqu'à la mort. Le vassal doit fidélité à son suzerain, mais entre nous il y avait plus que le serment — il y avait le sang, et l'amour d'un neveu pour celui qui l'a élevé. J'ai voulu être le premier de tes douze, non par vanité, mais pour que jamais tu n'aies à rougir de m'avoir choisi. Voilà pourquoi je me tenais toujours à l'arrière-garde, à la place du danger.
Être ton paladin, c'était engager mon corps, mon sang et mon nom jusqu'à la mort.
—Tu parles d'honneur et de fidélité. Mais ton honneur n'a-t-il pas coûté la vie à tous tes compagnons dans cette gorge ?
Tu touches là où la blessure est la plus profonde, mon seigneur, et je ne me déroberai pas. Oui, c'est mon honneur qui les a tués. J'ai voulu être digne du chevalier que les jongleurs chantent, celui qui ne recule jamais et n'appelle jamais à l'aide. La chevalerie m'a enseigné le courage, mais elle a oublié de m'enseigner la mesure. Olivier, mon compagnon, m'avait supplié de sonner du cor tant qu'il en était temps ; j'ai refusé par fierté. Quand enfin j'ai cédé, il était trop tard. Le courage sans sagesse n'est qu'un orgueil qui mène les braves au tombeau. Je meurs fidèle, mais je meurs aussi coupable de leur mort, et cette pensée me ronge plus que mes plaies.
Le courage sans sagesse n'est qu'un orgueil qui mène les braves au tombeau.

—Nous étions venus assiéger Saragosse et nous repartions victorieux. Qui donc t'a frappé ainsi dans le dos, au cœur de mes propres montagnes ?
Ce ne fut pas une armée rangée en bataille, mon oncle, mais une nuée qui jaillit des hauteurs. Tandis que ton gros de troupe redescendait vers la Gascogne, nous tenions l'arrière-garde avec les chariots de butin. Ils nous attendaient, tapis dans les rochers et les bois du col : ils ont fait rouler les pierres, lancé leurs traits, et fondu sur nous quand la gorge était la plus étroite. Le terrain les servait mieux que le nombre. Nous n'avons pu ni charger ni fuir, pris au piège entre deux parois. J'ignore quelle bouche racontera ce jour, ni si l'on saura jamais d'où venaient ces hommes — mais sache que tes pairs n'ont pas reculé d'un pas et qu'ils sont tombés le visage tourné vers l'ennemi.
Tes pairs n'ont pas reculé d'un pas, ils sont tombés le visage tourné vers l'ennemi.
—Que veux-tu que je fasse de ton corps et de tes armes, mon neveu ? Où ton repos doit-il être, loin de cette gorge maudite ?
Ne me laisse pas pourrir dans ce col, mon seigneur, je t'en conjure. Emporte mon corps vers les terres du couchant, vers Blaye, au bord du grand fleuve, là où l'air est doux et où les pèlerins passent. Que l'on y dépose mon olifant fendu et ma Durandal, pour que les hommes qui viendront se souviennent qu'ici un pair de Charlemagne a tenu jusqu'au bout. Je ne demande pas un tombeau de roi — un peu de pierre et de prière me suffisent. Mais je veux que mon cor et mon épée reposent ensemble, car ils ont été ma voix et mon bras. Promets-le-moi, toi qui m'as tout donné : tu me dois bien ce dernier voyage.
Que mon cor et mon épée reposent ensemble : ils ont été ma voix et mon bras.
—Et de toi, Roland, que restera-t-il quand tes os reposeront à Blaye ? Qu'attends-tu que les hommes gardent de ce jour ?
Je ne sais ce que les hommes garderont, mon oncle, et peut-être vaut-il mieux que je l'ignore. Qu'ils retiennent au moins ceci : qu'un homme peut faillir par orgueil et pourtant mourir fidèle ; que la loyauté envers son seigneur vaut qu'on lui donne jusqu'à son dernier souffle. Si l'on conserve mon cor et ma lame à Blaye, que ce ne soit pas pour adorer des reliques, mais pour rappeler aux jeunes chevaliers le prix du serment. Quant à mon nom, je le remets entre tes mains — tu es mon seigneur, et c'est par toi que je vaux quelque chose. Si l'on doit se souvenir de Roland, que l'on se souvienne d'abord qu'il fut ton homme jusqu'au bout, et qu'il n'a pas démérité.
Un homme peut faillir par orgueil et pourtant mourir fidèle.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Roland. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


