Interview imaginaire avec Romy Schneider
par Charactorium · Romy Schneider (1938 — 1982) · Spectacle · Culture · 5 min de lecture

Paris, un après-midi gris de la fin des années 1970. Romy Schneider reçoit dans son appartement du 7e arrondissement, une tasse de café fort déjà froide devant elle, un scénario annoté ouvert sur la table basse. Elle allume une cigarette avant même la première question, et le silence de la rue rejoint le sien.
—Comment une adolescente de seize ans devient-elle, du jour au lendemain, l'impératrice la plus connue d'Europe ?
J'avais seize ans, et je crois que je ne comprenais pas encore ce qu'on me demandait. Ernst Marischka m'a choisie en partie parce que ma mère, Magda Schneider, avait déjà porté cette couronne dans les années trente — c'était presque une affaire de famille. On tournait aux studios Bavaria, près de Munich, dans ces robes de cour si lourdes qu'il fallait m'aider à me relever entre les prises. Le premier Sissi est sorti en 1955 et, en une saison, je n'appartenais plus à moi-même. Toute l'Europe germanophone m'avait vue jeune, gracieuse, souriante. Ce qu'elle ne savait pas, c'est que je commençais déjà à étouffer sous ce corsage.
Toute l'Europe m'avait vue gracieuse et souriante ; personne ne savait que j'étouffais sous ce corsage.
—Vous êtes-vous longtemps battue pour qu'on vous regarde autrement que comme cette jeune impératrice ?
Des années. Vous savez, un rôle comme celui-là ne s'efface pas, il se loge dans la tête des gens et il y reste. Je l'ai dit un jour à L'Express, et c'est peut-être la chose la plus vraie que j'aie confiée à un journaliste : « J'ai été Sissi pendant des années sans le vouloir, dans la tête des gens. Il m'a fallu du courage, de la ténacité et de bons metteurs en scène pour qu'on me regarde enfin autrement. » Le costume de cour, la couronne, le sourire d'opérette — tout cela avait fabriqué une image que je n'avais pas choisie. Rompre avec le cinéma commercial germanique, quitter l'Allemagne, ce n'était pas un caprice. C'était une question de survie d'actrice.
—Que s'est-il passé au Festival de Cannes, en 1958, qui a fait basculer votre vie ?
Cannes, 1958. J'y suis arrivée en petite vedette allemande, et j'en suis repartie autre. C'est là que j'ai rencontré Alain Delon. Notre histoire est devenue un événement dans les journaux de toute l'Europe, mais ce que les journaux n'ont pas compris, c'est qu'elle m'a surtout donné une raison de tout quitter. J'ai rompu mes engagements en Allemagne, je me suis installée à Paris, et j'ai recommencé à zéro dans une langue qui n'était pas tout à fait la mienne. On croit toujours que je suis venue en France par amour. C'est vrai, mais je suis restée par ambition — l'ambition de rôles que le cinéma d'outre-Rhin ne m'offrirait jamais.
Je suis venue en France par amour, mais je suis restée par ambition.
—Pourquoi La Piscine, en 1969, marque-t-elle un tournant si net dans votre carrière française ?
Parce que, pour la première fois, le public français m'a vue en femme adulte, et non en jeune fille. Jacques Deray nous a réunis, Alain et moi, dix ans après Cannes, dans cette lumière du Midi où la moindre tension devient suffocante. J'y jouais quelque chose de trouble, de retenu, où le silence pesait plus que les répliques. La Piscine est sorti en 1969 et, soudain, on ne me renvoyait plus à mon corsage viennois. J'avais mis dix ans à obtenir ce simple droit : celui d'être regardée comme une femme, sensuelle et opaque, plutôt que comme une carte postale d'impératrice.
—Comment décririez-vous votre manière de travailler avec Claude Sautet ?
Avec Claude Sautet, j'ai désappris. J'arrivais avec mon scénario couvert de notes — j'annote tout, la psychologie de chaque scène, chaque respiration d'un personnage — et lui, patiemment, me demandait d'en oublier la moitié. Le jour où j'ai reçu le César pour Une histoire simple, je n'ai pas parlé de moi, j'ai parlé de lui : « C'est lui qui m'a appris à jouer sans jouer, à être plutôt qu'à paraître. Ce prix est autant le sien que le mien. » Tout était là. Depuis César et Rosalie, en 1972, il m'a montré qu'une femme moderne, tiraillée, ordinaire, pouvait tenir un film entier sans jamais élever la voix. Le naturel, au cinéma, est la chose la plus travaillée du monde.
Le naturel, au cinéma, est la chose la plus travaillée du monde.

—Que représentait pour vous le personnage d'Une histoire simple, cette femme qui choisit de vivre seule ?
Une liberté que peu de rôles m'avaient offerte. Cette femme décide de sa vie, de son corps, de sa solitude, sans qu'un homme vienne lui dicter sa conduite — et Sautet l'a filmée sans jugement, avec cette tendresse un peu rugueuse qui est la sienne. Le César de la meilleure actrice, en 1979, ma première récompense, je l'ai reçu pour ce silence-là, pour cette manière de dire beaucoup en montrant peu. Quand j'y repense, je crois que j'ai passé toute ma carrière à fuir la femme décorative pour rejoindre celle-ci : une femme qui pense, qui doute, et qui reste debout. C'est cela que je cherchais depuis que j'avais quitté les studios allemands.
—Vous souvenez-vous de ce que Luchino Visconti vous a permis, sur le tournage de Ludwig ?
Visconti m'a rendue à la même impératrice Élisabeth que Sissi — mais adulte, cette fois, désenchantée, tragique. Il tournait avec une exigence presque cruelle, à Rome et ailleurs, et il ne me protégeait de rien. Je lui ai écrit un jour ce que je ressens encore : « Vous m'avez donné la permission d'être laide, d'être vieille, d'être tragique. C'est le plus beau cadeau qu'un metteur en scène puisse faire à une actrice. » Comprenez-vous l'ironie ? Le même personnage qui m'avait enfermée à seize ans m'a libérée à trente-quatre, parce qu'un immense cinéaste avait décidé de regarder son visage vieillir. Ludwig, en 1972, m'a enfin fait exister pour la critique internationale.
Il m'a donné la permission d'être laide, d'être vieille, d'être tragique.

—Craignez-vous les rôles qui vous obligent à toucher au tragique, à la douleur ?
Non — je les cherche. Longtemps j'ai eu peur de déplaire, peur de casser la porcelaine de mon image. Puis Visconti, et ensuite Andrzej Żuławski avec L'Important c'est d'aimer en 1975, m'ont convaincue du contraire. Chez Żuławski, j'incarnais une actrice au bord du gouffre, et j'y suis allée sans filet, sans concession, jusqu'à me faire mal. La critique européenne a parlé de composition ; moi, j'ai surtout eu le sentiment de me rapprocher de la vérité. Une actrice qui refuse la laideur, la fatigue, le désespoir, ne montre qu'une moitié de l'être humain. Je préfère montrer l'autre, même si elle abîme les portraits qu'on aime faire de moi.
—Vous êtes née à Vienne, vous triomphez à Paris : à quel pays appartenez-vous vraiment ?
À aucun, et c'est peut-être ma vraie patrie. Je suis née Rosemarie Albach à Vienne, en 1938, dans une famille d'acteurs autrichiens ; j'ai grandi dans une langue, et j'ai bâti ma carrière dans une autre. J'ai dit un jour au Spiegel ce que je n'ai jamais mieux formulé depuis : « Je ne suis ni allemande ni française, je suis les deux. Cette dualité, c'est ma souffrance et ma force. » On me réclame ici comme une gloire nationale, on me juge là-bas comme une transfuge. Entre les deux, il y a moi, qui traverse les frontières avec mon accent et mes valises. Le cinéma, au fond, est le seul territoire où je me suis jamais sentie chez moi.
Je ne suis ni allemande ni française : entre les deux, il y a moi.
—Ces coproductions entre plusieurs pays, ces tournages qui vous baladent d'une culture à l'autre : est-ce un déchirement ou une chance ?
Les deux, toujours les deux. Ces coproductions franco-allemandes — et italiennes, et bien d'autres — m'ont permis de ne jamais être enfermée dans un seul cinéma, une seule école, une seule manière de jouer. Je passe des plateaux de Paris à ceux de Rome, d'un metteur en scène latin à un réalisateur du Nord, et chaque frontière franchie m'apprend un autre silence, une autre lumière. Bien sûr, cela veut dire vivre dans les valises, sans jamais tout à fait poser sa tête quelque part. Mais quand je pense à la petite Viennoise qui n'aurait pu être que Sissi toute sa vie, je me dis que ce vertige-là valait la peine d'être vécu.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Romy Schneider. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


