Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Ryunosuke Akutagawa

par Charactorium · Ryunosuke Akutagawa (1892 — 1927) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Ryunosuke Akutagawa
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Tabata, un soir d'automne. Dans un bureau de Tokyo où les livres montent jusqu'aux cloisons de papier, un homme maigre aux petites lunettes rondes nous reçoit en kimono, une tasse de thé refroidissant à portée de main. Ryūnosuke Akutagawa parle bas, avec la précision d'un homme qui compte ses mots comme les cases d'une feuille quadrillée.

Comment un étudiant de vingt-quatre ans devient-il, presque du jour au lendemain, un écrivain que l'on prend au sérieux ?

Tout a tenu dans une enveloppe. J'avais publié Le Nez, l'histoire d'un moine que son ridicule appendice rend malade de honte, dans une petite revue d'étudiants, Shinshichō. Je ne me faisais aucune illusion : on écrit d'abord pour quelques camarades. Et puis Natsume Sōseki, l'homme que tout le pays lisait, m'a adressé une lettre. Il m'encourageait à continuer sur cette voie, avec une chaleur que je n'attendais pas. J'ai relu ce feuillet je ne sais combien de fois. Un débutant vit dans le doute permanent de n'être qu'un imposteur ; il suffit parfois qu'un maître admiré pose la main sur votre épaule, même par écrit, pour que ce doute recule d'un pas. Ce jour-là, je n'ai pas cessé d'avoir peur — mais j'ai cessé de me demander si j'avais le droit d'écrire.

Il suffit qu'un maître pose la main sur votre épaule, même par écrit, pour que le doute recule d'un pas.

Pourquoi aller chercher vos histoires dans un recueil de contes vieux de huit siècles ?

Parce que les vieux contes du Konjaku Monogatari ont déjà fait le tri : il ne reste que l'os, l'acte nu, le geste d'un homme acculé. Prenez Rashōmon — un serviteur sous une porte en ruine, la pluie, un cadavre, et cette question toute simple : vole-t-on pour survivre, ou survit-on pour continuer de voler ? Le conteur du XIIe siècle raconte ; moi, je m'installe à l'intérieur du crâne de l'homme, à l'instant précis où il bascule. Je ne rajeunis pas les histoires anciennes, je les fends comme on fend une bûche pour voir le fil du bois. Le décor est médiéval, mais la peur d'avoir faim et la facilité avec laquelle on se donne raison, elles, n'ont pas d'époque.

Je ne rajeunis pas les vieilles histoires, je les fends comme on fend une bûche pour voir le fil du bois.

Dans Dans le fourré, chaque témoin d'un même meurtre se contredit. Que cherchiez-vous à démontrer ?

Rien à démontrer — plutôt à faire ressentir un vertige. Un homme est mort dans un bosquet ; le bûcheron qui a trouvé le corps, le bandit, la femme, jusqu'au mort qu'on fait parler par une médium : chacun raconte une scène différente, et chacun dit vrai. Non parce qu'ils mentent, mais parce que chacun sauve à tout prix son propre visage. J'ai compris très tôt que nous ne racontons jamais ce qui s'est passé, mais ce que nous avons besoin d'avoir vécu. Là où l'histoire ancienne donnait un coupable, je n'ai laissé qu'un trou noir au milieu des voix. Certains lecteurs m'en veulent de ne pas trancher. Mais trancher aurait été mentir à mon tour.

Nous ne racontons jamais ce qui s'est passé, mais ce que nous avons eu besoin d'avoir vécu.

Votre nouvelle Figures infernales montre un peintre qui sacrifie tout, même les siens, à son œuvre. Jusqu'où iriez-vous pour un chef-d'œuvre ?

Mon peintre, dans Jigokuhen, ne peut représenter l'enfer qu'après l'avoir vu de ses yeux brûler une femme réelle. C'est monstrueux, et pourtant je comprends ce fanatisme mieux que je ne voudrais. On répète autour de moi la formule du geijutsu shijō shugi, l'art pour l'art, comme si c'était une élégance. Mais poussée jusqu'au bout, elle est une fournaise : l'artiste finit par regarder la vie, même la sienne, comme une simple matière à peindre. Devant mon papier quadrillé, penché des après-midi entiers sur une seule phrase, il m'arrive de sentir cette froideur venir. Je ne sacrifierais personne — mais je sais que quelque chose en moi le voudrait, et c'est précisément cela que la nouvelle avoue à ma place.

L'art pour l'art, poussé jusqu'au bout, est une fournaise où l'on regarde même sa propre vie comme une matière à peindre.

On vous décrit penché des heures sur une seule ligne. Comment travaillez-vous vraiment ?

Lentement, et avec une mauvaise conscience permanente. Le matin ne me vaut rien : je dors mal, je me lève sans entrain, je lis mon courrier au milieu de mes livres. C'est l'après-midi que je m'assois pour de bon, à Tabata, devant les feuilles de genkō yōshi où chaque caractère doit tenir dans sa case. J'aime encore préparer mon encre à l'ancienne, frotter le bâton sur la pierre humide avant de tracer un brouillon au pinceau ; ce geste patient m'oblige à réfléchir avant d'écrire. Une bonne phrase me coûte parfois une journée entière, et je la rature le lendemain. On imagine l'écrivain inspiré ; je suis surtout un artisan méfiant, qui compte ses mots comme d'autres comptent leur monnaie.

On imagine l'écrivain inspiré ; je suis surtout un artisan méfiant qui compte ses mots comme d'autres comptent leur monnaie.
Akutagawa Ryunosuke photo
Akutagawa Ryunosuke photoWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Vous portez le kimono chez vous et le costume en ville. Ce partage vous ressemble-t-il ?

Il me résume mieux que n'importe quel portrait. Chez moi, sur les tatamis, je suis un homme de l'ancien Japon, entouré de contes et de pierres à encre. Dès que je franchis la porte pour enseigner à Yokosuka ou dîner en ville, j'endosse le costume occidental, les livres anglais que j'ai étudiés à l'université. L'ère Taishō tout entière est ainsi coupée en deux : le train et le télégraphe d'un côté, les temples de l'autre. Beaucoup vantent cette modernité comme un progrès sans ombre. Moi je la vis comme un vêtement mal ajusté qui me tire aux épaules. Je ne suis ni tout à fait de l'ancien monde, ni à l'aise dans le nouveau — un homme des seuils, qui n'habite vraiment aucune des deux pièces.

Je ne suis ni tout à fait de l'ancien monde ni à l'aise dans le nouveau — un homme des seuils.

Que vient faire un peuple de créatures aquatiques du folklore dans une satire aussi récente que Kappa ?

Le kappa est un vieux farceur des rivières, mi-grenouille mi-singe, dont les enfants ont peur. J'aime le dessiner dans mes marges, et je crois que je lui ressemble un peu : de travers, mal à l'aise sur la terre ferme des hommes. En envoyant un voyageur chez les kappa, j'ai pu retourner notre société comme un gant — leur façon de naître, de travailler, de se moquer de la religion n'est que la nôtre vue dans un miroir déformant. On rit, puis on s'arrête de rire. C'est le privilège de la créature imaginaire : elle peut dire de nos institutions ce qu'un homme de l'ère Taishō ne dirait qu'à voix basse, sous peine d'ennuis avec la loi de préservation de la paix.

La créature imaginaire peut dire de nos institutions ce qu'un homme n'ose murmurer qu'à voix basse.
Akutagawa Ryunosuke photo2
Akutagawa Ryunosuke photo2Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Vous êtes né une année, un mois, un jour du Dragon. Cette légende familiale pèse-t-elle sur vous ?

On m'a appelé Ryūnosuke, où loge le caractère du dragon, parce que je serais venu au monde en 1892 à l'heure même de cet animal. Une jolie histoire, dont j'ai longtemps tiré une secrète fierté d'enfant. Mais j'ai appris très vite qu'une autre légende, plus sombre, courait sous celle-là : quelques mois après ma naissance, ma mère a sombré dans la folie, et l'on m'a confié aux Akutagawa, dont je porte le nom. Depuis, la question ne me quitte pas — ai-je hérité, avec ce nom, de cette fêlure-là ? Le dragon des almanachs et la démence maternelle logent dans le même berceau. On n'échappe pas à ce qu'on vous a raconté de votre premier jour.

Le dragon des almanachs et la démence maternelle logent dans le même berceau.

Vos derniers textes semblent tourner le regard vers vous-même. Qu'est-ce qui a changé ?

L'inquiétude a cessé d'être un thème pour devenir mon climat. Après mon épuisant voyage en Chine, en 1921, ma santé et mon assurance se sont effritées ensemble ; l'insomnie m'a livré aux somnifères, au Veronal que l'on trouve dans toutes les pharmacies. J'ai alors écrit La Vie d'un idiot, une existence — la mienne — en éclats de verre, sans plus me protéger derrière un serviteur médiéval ou un peintre d'enfer. Quand on me demande de nommer ce que je ressens, je ne trouve rien de plus juste qu'une vague inquiétude à l'égard de mon avenir. Ce n'est pas un désespoir bruyant, plutôt un brouillard qui ne se lève pas. Le conteur des contes anciens s'est retiré ; il ne reste que l'homme, et le brouillard.

Ce n'est pas un désespoir bruyant, plutôt un brouillard qui ne se lève pas.

Si vous pouviez imaginer qu'on vous lise encore dans un siècle, qu'aimeriez-vous qu'il reste de vous ?

C'est un jeu d'orgueil auquel je me prête mal, moi qui doute déjà d'être lu la saison prochaine. Mais puisque vous m'y invitez : j'aimerais qu'il reste une inquiétude honnête, pas une morale. Que l'on rouvre Rashōmon ou Dans le fourré non pour y trouver une leçon, mais pour éprouver ce vertige devant la vérité qui se dérobe. Dans Les Paroles d'un nain, j'ai noté qu'il fallait mépriser les conventions tout en vivant comme si on ne les méprisait pas — c'est à peu près toute ma sagesse, et elle ne pèse pas lourd. Si un lecteur lointain refermait mon livre un peu moins sûr de ses certitudes, et un peu plus indulgent envers les hommes acculés, cela me suffirait amplement.

J'aimerais qu'il reste de moi une inquiétude honnête, pas une morale.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ryunosuke Akutagawa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.