Ryunosuke Akutagawa(1892 — 1927)

Ryūnosuke Akutagawa

Japon

6 min de lecture

LettresÉcrivain(e)XXe siècleÈre Taishō (1912-1926), période d'ouverture culturelle et d'occidentalisation du Japon, entre tradition et modernité

Écrivain japonais du début du XXe siècle, maître de la nouvelle. Il puise dans les contes anciens du Japon pour explorer l'ambiguïté de la vérité et la psychologie humaine. Figure majeure de la littérature japonaise moderne, il met fin à ses jours en 1927.

Questions fréquentes

Ce qu'il faut retenir, c'est qu'Akutagawa est considéré comme le père de la nouvelle japonaise moderne. Né en 1892 à Tokyo, il a marqué l'ère Taishō (1912-1926) par des récits brefs mais denses, souvent adaptés de contes anciens comme le Konjaku Monogatari. Ce qui distingue son œuvre, c'est sa capacité à explorer l'ambiguïté de la vérité et la psychologie humaine avec une précision clinique, comme dans Dans le fourré (1922) ou Rashōmon (1915). Son suicide en 1927 à 35 ans a figé sa légende, et le prix Akutagawa, créé en 1935, reste la plus haute distinction littéraire pour les jeunes auteurs japonais.

Faits marquants

  • Né en 1892 à Tokyo, sous l'ère Meiji
  • Publie sa nouvelle 'Rashōmon' en 1915
  • Publie 'Dans le fourré' (Yabu no naka) en 1922, qui inspirera le film de Kurosawa en 1950
  • Se suicide en 1927 à l'âge de 35 ans
  • Le prix Akutagawa, créé en 1935, récompense les jeunes écrivains japonais en son honneur

Œuvres & réalisations

Rashōmon (羅生門) (1915)

Nouvelle inaugurale qui le révèle : sous une porte en ruine d'un Kyoto dévasté, un serviteur hésite entre honnêteté et survie.

Le Nez (Hana, 鼻) (1916)

Histoire d'un moine humilié par son très long nez ; c'est elle qui valut à Akutagawa les éloges de Natsume Sōseki.

Le Fil de l'araignée (Kumo no Ito, 蜘蛛の糸) (1918)

Conte moral d'inspiration bouddhique sur un brigand à qui le Bouddha offre une chance de salut, souvent lu par les enfants.

Figures infernales (Jigokuhen, 地獄変) (1918)

Récit d'un peintre prêt à tout sacrifier, même les siens, au nom de la perfection de son art.

Dans le fourré (Yabu no naka, 藪の中) (1922)

Un meurtre raconté par plusieurs témoins qui se contredisent ; chef-d'œuvre sur la vérité, adapté par Kurosawa.

Les Paroles d'un nain (Shuju no kotoba, 侏儒の言葉) (1923-1927)

Recueil d'aphorismes mordants sur la morale, l'art et la société.

Kappa (河童) (1927)

Satire de la société humaine vue à travers le pays imaginaire des kappa, créatures du folklore.

La Vie d'un idiot (Aru ahō no isshō) (1927)

Autobiographie en fragments, publiée après sa mort, où il regarde lucidement sa propre existence.

Anecdotes

Akutagawa serait né en 1892, une année du Dragon, et la légende familiale veut qu'il soit venu au monde le mois, le jour et même l'heure du Dragon. C'est pourquoi on lui donna le prénom Ryūnosuke, où le caractère « ryū » (龍) signifie « dragon ».

Quelques mois après sa naissance, sa mère sombra dans la folie. Le bébé fut confié à la famille de son oncle maternel, les Akutagawa, dont il prit le nom. Toute sa vie, il garda la hantise d'avoir hérité de cette fragilité mentale, peur qui hante plusieurs de ses récits.

Le plus grand écrivain de l'époque, Natsume Sōseki, lut la nouvelle « Le Nez » du jeune Akutagawa et lui écrivit une lettre enthousiaste l'encourageant à continuer. Cet appui d'un maître admiré lança la carrière du débutant de 24 ans.

Akutagawa était un lecteur insatiable de contes anciens. Beaucoup de ses nouvelles, comme « Rashōmon » ou « Dans le fourré », sont des réécritures modernes d'histoires tirées du « Konjaku Monogatari », un recueil japonais du XIIe siècle.

En 1950, le cinéaste Akira Kurosawa adapta deux nouvelles d'Akutagawa dans son film « Rashōmon », qui fit connaître le cinéma japonais dans le monde entier. On parle depuis d'« effet Rashōmon » pour décrire des témoignages contradictoires d'un même événement.

En son honneur, son ami l'écrivain Kikuchi Kan créa en 1935 le prix Akutagawa, qui est aujourd'hui la plus prestigieuse récompense littéraire du Japon pour les jeunes auteurs.

Sources primaires

Rashōmon (羅生門), incipit (1915)
C'était un soir. Sous la porte Rashōmon, un serviteur attendait que la pluie cesse de tomber.
Dans le fourré (Yabu no naka), déposition du bûcheron (1922)
Oui, monsieur. C'est bien moi qui ai découvert le cadavre. Ce matin, comme à mon habitude, j'étais parti couper du bois dans la montagne, derrière le bosquet.
Note à un vieil ami (Aru kyūyū e okuru shuki) (1927)
Ce que j'éprouve, c'est seulement une vague inquiétude (bonyari shita fuan) à l'égard de mon avenir.
Les Paroles d'un nain (Shuju no kotoba), aphorisme (1923-1927)
Le plus sage face à la vie est de mépriser les conventions tout en vivant comme si on ne les méprisait pas.

Lieux clés

Kyōbashi, Tokyo

Quartier de Tokyo où naquit Akutagawa en 1892. Sa famille biologique, les Niihara, y tenait une laiterie.

Université impériale de Tokyo (Hongō)

Akutagawa y étudia la littérature anglaise. C'est durant ses années d'étudiant qu'il publia ses premières nouvelles.

École d'ingénierie navale de Yokosuka

Pour gagner sa vie au début de sa carrière, Akutagawa y enseigna l'anglais pendant quelques années.

Tabata, Tokyo

Quartier où Akutagawa s'installa et tint un véritable salon littéraire pour de jeunes écrivains. C'est là qu'il vécut ses dernières années et mit fin à ses jours en 1927.

Shanghai, Chine

En 1921, Akutagawa parcourut la Chine comme correspondant d'un grand journal d'Osaka. Ce voyage, fatigant, marqua un tournant dans sa santé et son inspiration.

Temple Jigen-ji, Tokyo

Temple du quartier de Sugamo où se trouve la tombe d'Akutagawa.

Voir aussi