Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Sappho

par Charactorium · Sappho (650 av. J.-C. — 569 av. J.-C.) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Sappho
Wikimedia Commons, Public domain — John Denison Champlin, Charles Callahan Perkins

C'est sous le portique d'une demeure de Mytilène, à l'ombre tiède d'un après-midi de printemps, que Solon d'Athènes retrouve Sappho. La lyre repose contre une colonne, ses cordes encore vibrantes d'un air interrompu, et l'odeur du vin coupé d'eau flotte entre les sièges. Les deux poètes se connaissent par la réputation de leurs vers autant que par les affaires des cités, et Solon, voyageur attentif aux mœurs des Grecs, est venu écouter celle dont tout l'Égée chante les chants. Il vient en homme de loi qui sait aussi rimer, curieux de comprendre comment naît, sous les doigts d'une femme, une parole que les hommes mémorisent.

Sappho, je t'ai trouvée la lyre à la main, comme moi qui ai mis mes lois en vers. Dis-moi : d'où te vient un chant ?

Toi qui rimes tes décrets pour qu'ils entrent mieux dans la mémoire des hommes, Solon, tu sais déjà la moitié de ma réponse. Le chant ne vient pas de la tablette de cire où je griffonne mes brouillons : il vient d'abord de la voix et de la corde. J'accorde la lyre, je laisse une note appeler la suivante, et les mots s'ajustent au mètre comme des compagnes à une danse. Je façonne des rythmes que nul n'avait essayés avant moi, des strophes qui retombent toujours d'un même pas. Ce n'est qu'ensuite, parfois, que je confie le poème au papyrus. Mais le papyrus n'est qu'une cage ; l'oiseau, c'est la voix qui l'a tenu.

Le papyrus n'est qu'une cage ; l'oiseau, c'est la voix qui l'a tenu.

On dit qu'autour de toi se rassemblent de jeunes filles que tu instruis. À Athènes, j'ignore pareille école. Qu'enseignes-tu, et pourquoi ?

Elles viennent des grandes maisons de l'île, et je les forme à ce qui fait l'honneur d'une femme cultivée : la poésie, la lyre, la danse, le service d'Aphrodite. Nous formons ce qu'on nomme un thiase, une communauté autour de la déesse. Je leur apprends à porter leur voix, à mesurer un pas, à parer une fête de noces d'un épithalame digne. L'après-midi, nous chantons ensemble ; certaines repartiront se marier et emporteront ces chants chez elles. C'est un savoir qui ne bâtit pas de murailles comme tes lois, Solon, mais qui dresse autre chose : le goût, la grâce, la mémoire d'avoir été aimées et instruites. On ne gouverne pas que les cités ; on gouverne aussi les cœurs qu'on élève.

On ne gouverne pas que les cités ; on gouverne aussi les cœurs qu'on élève.

Tes vers parlent d'amour avec une franchise qui étonne. Toi qui chantes Aphrodite, n'est-ce pas hardi de mettre ainsi le désir au premier rang ?

Hardi ? D'autres chantent les armées de cavaliers, les flottes alignées, et ils croient nommer le plus beau spectacle. Moi je dis que le plus beau, c'est ce qu'on aime. Voilà tout mon art, et je n'en rougis pas. Quand je vois celle que mon cœur préfère parler doucement en riant, je sens ma poitrine se troubler, ma langue se briser, un feu courir sous ma peau. Pourquoi taire cela ? Les dieux nous ont faits sensibles avant de nous faire sages. J'appelle Aphrodite comme on appelle une alliée dans la bataille, car le désir EST une bataille. Mes chants disent l'amitié entre femmes, les fêtes, les séparations. Ce ne sont pas des aveux honteux : ce sont des offrandes.

Les dieux nous ont faits sensibles avant de nous faire sages.

Tu invoques souvent la déesse comme une compagne de combat. Lorsque tu l'as suppliée jadis, t'a-t-elle vraiment répondu ?

Je l'ai priée, Solon, de ne pas accabler mon cœur de peines et de tourments, de venir à moi comme autrefois, quand de loin elle entendait ma voix. Et dans le chant, oui, elle vient : sur un char tiré par des moineaux, elle me demande en souriant qui, cette fois, m'a fait souffrir, et qui je veux ramener à mon amour. Est-ce la déesse en personne ou la déesse que ma parole fait surgir ? Je ne saurais trancher, et je ne le veux pas. Le poète appelle, et quelque chose répond. Tu as bien dû l'éprouver toi aussi, quand un vers juste t'a délivré d'un souci que nul conseil n'apaisait. La prière chantée console mieux que la prière muette.

Le poète appelle, et quelque chose répond.

Tu n'as pas toujours vécu en paix sur ton île. J'ai entendu parler d'un exil loin de Lesbos. Que s'est-il passé ?

Tu touches là à des plaies que je préfère aux discours. Ma famille tient son rang parmi les grandes maisons de l'île, et qui tient un rang se trouve mêlé aux querelles de factions. Quand les rivalités ont tourné mal, il a fallu partir : j'ai gagné la Sicile, du côté de Syracuse, et j'y suis demeurée le temps que les vents politiques tournent. Toi qui as réformé Athènes en marchant entre les puissants et le peuple, tu sais qu'une cité ne pardonne pas aisément à ceux qui ont choisi le mauvais parti. On me croit toute entière occupée d'amour et de fêtes ; mais une poétesse de bonne maison vit aussi des secousses de sa cité. L'exil m'a appris ce que valait le retour.

Une poétesse de bonne maison vit aussi des secousses de sa cité.
Portrait of a Lady, said to be Madame de Reiset d'Arques, as Sappholabel QS:Len,"Portrait of a Lady, said to be Madame de Reiset d'Arques, as Sappho"label QS:Lit,"Ritratto di Madame de Reiset D’Arque
Portrait of a Lady, said to be Madame de Reiset d'Arques, as Sappholabel QS:Len,"Portrait of a Lady, said to be Madame de Reiset d'Arques, as Sappho"label QS:Lit,"Ritratto di Madame de Reiset D’ArqueWikimedia Commons, Public domain — Attributed to Marie-Guillemine Benoist

Toi qui as connu l'exil et le retour, crois-tu qu'un poète doive se mêler des affaires de la cité, comme je le fais ?

Nous n'avons pas le même outil, Solon, mais peut-être la même tâche. Tu calmes les factions par des lois pesées ; moi je n'ai que le chant. Et pourtant le chant aussi rassemble : aux noces, aux fêtes d'Aphrodite, aux deuils, c'est lui qui dit à une communauté ce qu'elle ressent ensemble. Je ne siège pas au conseil, je ne porte pas d'armes, mais ma voix circule de maison en maison plus vite qu'un décret. Un poète qui se tait quand sa cité souffre trahit son don. Je ne fais pas de lois ; je fais durer ce que les lois ne sauraient retenir : le souvenir d'un visage, la douceur d'un soir, la peine d'un départ. La cité a besoin des deux.

Ma voix circule de maison en maison plus vite qu'un décret.

Quand tu reçois ces jeunes filles l'après-midi, partagez-vous le vin et la table, comme nous le faisons entre hommes dans nos banquets ?

Nous avons nos rassemblements, moins bruyants que vos symposia d'hommes, mais non moins précieux. On y partage le pain d'orge, les figues, le fromage, le poisson que la mer toute proche nous donne en abondance, et le vin coupé d'eau selon la coutume. Surtout, on y partage des chants. C'est là que je compose à voix haute, qu'une fille reprend un refrain, qu'une autre apprend à mesurer sa danse. Nous honorons Aphrodite et Artémis, déesses chères à Lesbos. Ces heures ne ressemblent pas à vos débats de citoyens : pas de joutes de buveurs ni de discours politiques. Mais quand une jeune épouse part, ce sont ces après-midi-là qu'elle pleurera, et c'est mon chant qu'elle fredonnera à son tour.

Quand une jeune épouse part, c'est mon chant qu'elle fredonnera à son tour.
London King's College Statue Sappho 02
London King's College Statue Sappho 02Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Ad Meskens You are free to use this picture for any purpose as long as you credit its author, Ad Meskens. Example:

Tes strophes ont une cadence que je ne retrouve nulle part ailleurs. Comment as-tu inventé des formes que nul avant toi n'avait osées ?

En écoutant, Solon, simplement en écoutant. Une langue a son pas naturel, ses longues et ses brèves, et la lyre a ses cordes : il s'agit de les marier sans les contraindre. J'ai cherché des strophes qui retombent toujours sur le même rythme, comme une vague qui revient, pour que l'oreille les retienne sans effort. Ce n'est pas la science qui guide ma main, c'est la mémoire du corps : ce qui se chante bien se retient bien, et ce qui se retient se transmet. Une fille qui n'écrit pas emportera pourtant mes vers entiers, parce que le mètre les a gravés en elle. Voilà mon vrai métier : tailler la parole pour qu'elle survive à la voix qui l'a dite.

Tailler la parole pour qu'elle survive à la voix qui l'a dite.

Tu composes beaucoup, mais le papyrus est fragile et la mémoire faillible. Ne crains-tu pas que tes chants se perdent après toi ?

J'y songe, comment ne pas y songer ? Le papyrus jaunit, brûle, se déchire ; la cire s'efface dès qu'on la chauffe. Une part de ce que je compose mourra sans doute avec celles qui le savaient par cœur. Mais c'est justement pourquoi je me fie au chant plus qu'à l'écrit : un poème mémorisé voyage de bouche en bouche, il franchit la mer là où un rouleau pourrit dans un coffre. Si l'on me copie et me récite jusque dans les cités lointaines, alors quelque chose de moi durera, même fragmentaire. Je préfère survivre en morceaux dans mille mémoires que tout entière dans un seul coffre oublié. Le reste, Solon, je le laisse aux dieux et au hasard des âges.

Je préfère survivre en morceaux dans mille mémoires que tout entière dans un seul coffre oublié.

On murmure jusqu'à Athènes que tu surpasses bien des hommes en ton art. Comment portes-tu un renom si rare pour une femme ?

Le renom est une chose étrange, Solon : il me précède dans des cités où je n'ai jamais posé le pied. Je n'ai pas cherché la gloire des hommes ; j'ai chanté ce que j'aimais, et il s'est trouvé que d'autres voulaient le chanter après moi. Qu'une femme tienne ce rang surprend, je le sais — mais à Lesbos, où les filles des grandes maisons apprennent la lyre dès l'enfance, cela choque moins qu'ailleurs. Je ne me crois pas plus sage que les sages ; je crois seulement avoir dit tout haut ce que beaucoup taisent. Si l'on me lit demain dans des écoles que je ne verrai pas, ce ne sera pas mon orgueil qui aura voyagé, mais le désir des autres de se reconnaître dans mes vers.

J'ai chanté ce que j'aimais, et il s'est trouvé que d'autres voulaient le chanter après moi.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Sappho. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.