Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Solon

par Charactorium · Solon (629 av. J.-C. — 559 av. J.-C.) · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Sous le portique de l'Agora, à l'heure où le soleil oblique frappe les stèles fraîchement gravées, un vieil homme au manteau de laine simple observe les passants qui s'arrêtent pour lire ses lois. Il revient d'un long voyage, le visage tanné par les vents de mer. Il accepte de parler, à condition qu'on ne le flatte point.

On dit qu'avant vos lois, des Athéniens étaient vendus comme esclaves pour quelques dettes. Que se passait-il alors dans la cité ?

La terre elle-même portait des bornes de honte. Les petits paysans, ceux qu'on nommait les Hékémorages, rendaient une part lourde de leur récolte aux riches propriétaires, et quand la moisson manquait, ils s'engageaient eux-mêmes, puis leurs enfants. J'ai vu des familles entières franchir la mer, vendues hors de l'Attique, sur des navires qui ne revenaient pas. Quand on m'a confié le pouvoir d'arbitre, en l'an que vous appelez 594, j'ai d'abord arraché ces bornes du sol. J'ai posé pour règle que nul ne pourrait plus engager son propre corps ni vendre ses enfants. On a nommé cela la Seisachthéia, l'allègement des fardeaux. Ce ne fut pas un cadeau : ce fut rendre à des hommes ce qu'on leur avait pris, leur dos et leur nom.

J'ai d'abord arraché les bornes de honte du sol même de l'Attique.

Cette mesure a-t-elle contenté tout le monde ?

Personne, et c'est peut-être le signe qu'elle était juste. Les pauvres voulaient qu'on partageât aussi la terre des riches, comme on coupe un gâteau en parts égales ; les riches, eux, ne pardonnaient pas qu'on eût brisé leurs créances. Moi, je me suis tenu entre les deux, le bouclier devant l'un et l'autre camp. Dans mes vers, j'ai dit ce que j'avais fait : j'ai donné au peuple autant de pouvoir qu'il en fallait, ni retranché ni ajouté à son honneur, et veillé que les puissants ne fussent point lésés. Ceux qui réclamaient tout m'ont traité de timide ; mais une cité n'est pas une Agora où l'on hurle plus fort que le voisin. C'est une balance. Et la balance, si elle penche d'un seul côté, n'est plus une balance.

Personne ne fut content, et c'est peut-être le signe que la chose était juste.

Vous avez réparti les citoyens en classes selon leur fortune. Pourquoi la richesse plutôt que la naissance ?

Parce que la naissance est un hasard, et le mérite, jamais. Auparavant, seules quelques familles, celles que l'on dit bien-nées, tenaient les charges, les archontes, les honneurs, comme un bien de famille qu'on se lègue avec la maison. J'ai mesuré chacun, non à ses ancêtres, mais à ce que sa terre produisait de grain et d'huile : quatre classes, du plus riche au simple travailleur. Ainsi un homme sans aïeux glorieux, s'il avait amassé par son labeur, pouvait monter vers les magistratures. Ce n'était pas l'égalité — je ne suis pas un songeur — mais c'était une porte là où il n'y avait qu'un mur. L'aristocratie n'a plus eu le monopole du grain ni de la parole. On apprend vite, quand on cesse de croire que le sang gouverne mieux que le bras.

La naissance est un hasard ; le mérite, jamais.

N'était-ce pas dangereux de retirer leur privilège aux familles puissantes ?

Tout ce qui touche au pouvoir est dangereux, même de ne rien faire. J'ai gravé les lois sur des stèles dressées en plein air, et sur ces tablettes de bois que l'on fait tourner, afin que chacun pût les lire, et non pas seulement les entendre de la bouche d'un noble qui les pliait à son gré. Une loi cachée n'est qu'une arme dans la manche du fort. En la posant sous le ciel, à la vue de tous, je l'ai retirée des mains d'une seule famille pour la donner à la cité. Les grands ont grogné, certes. Mais j'ai aussi laissé aux plus fortunés les plus hautes charges : on ne désarme pas un homme puissant, on lui donne une raison de servir plutôt que de mordre. Voilà le calcul d'un législateur, non d'un saint.

Une loi cachée n'est qu'une arme dans la manche du fort.

On raconte qu'on vous a proposé de devenir tyran d'Athènes. Comment avez-vous accueilli cette offre ?

Comme on accueille un poison versé dans une coupe d'or : avec méfiance pour l'éclat. Beaucoup me pressaient, amis et flatteurs, de garder pour moi seul ce pouvoir qu'on m'avait prêté le temps de réformer. La tyrannie, disaient-ils, était un beau domaine — oui, ajoutais-je, mais sans issue pour en sortir. J'avais arraché des hommes à la servitude ; quel sens aurait eu d'asservir ensuite la cité tout entière à ma personne ? Un homme qui garde tout le pouvoir finit par ne plus rien tenir d'autre. J'ai préféré laisser mes lois marcher seules, comme un père laisse l'enfant qu'il a élevé. Et pour qu'on ne vînt point me supplier de les changer chaque matin, j'ai fait mes bagages.

La tyrannie est un beau domaine, mais sans issue pour en sortir.
(Venice) Solone - Francesco Hayez - gallerie Accademia Venice
(Venice) Solone - Francesco Hayez - gallerie Accademia VeniceWikimedia Commons, Public domain — Didier Descouens

Vous avez donc quitté Athènes pour dix années. Qu'espériez-vous d'un si long éloignement ?

Qu'on cessât de me regarder. Tant que le législateur reste sous le portique, chacun vient lui dire : « celle-ci m'arrange, change celle-là ». J'avais fait jurer aux Athéniens de garder mes lois sans y toucher jusqu'à mon retour ; en m'absentant longtemps, je les forçais à vivre avec elles, à les user comme on use une sandale jusqu'à ce qu'elle épouse le pied. Une loi ne vaut que si elle survit à l'absence de celui qui l'a tracée. J'ai pris la mer, vers l'Égypte, vers Chypre, en l'an que vous nommez 580. Mes lois, elles, sont restées à l'Agora, gravées, muettes, à se défendre seules. C'était là ma vraie épreuve, plus encore que de les écrire.

Une loi ne vaut que si elle survit à l'absence de celui qui l'a tracée.

Avant d'être législateur, vous fûtes poète. Comment vos vers ont-ils servi la cité ?

Le vers entre où le discours se heurte à la porte. Quand Athènes, lasse, avait renoncé à reprendre Salamine aux Mégariens — au point qu'on punissait de mort celui qui en parlait encore — je n'ai pas harangué sur la place : j'ai feint la folie, ceint ma tête, et récité une élégie sur la place comme un homme hors de lui. Les mots, scandés, ont rallumé ce que les arguments n'atteignaient plus : la honte d'avoir cédé une île de nos pères. On a repris les armes, et l'île. J'ai compris ce jour-là que la poésie n'est pas un ornement pour les banquets : c'est une corde tendue jusqu'au cœur des hommes. Plus tard, j'ai usé du même art pour expliquer mes lois — car un peuple obéit mieux à ce qu'il a chanté.

Le vers entre où le discours se heurte à la porte.
Dr. Solon Paul Charles Henkel
Dr. Solon Paul Charles HenkelWikimedia Commons, Public domain — William Alexander Kennedy Martin

Pourquoi mettre vos réformes en vers plutôt que dans un simple décret ?

Parce qu'un décret se lit et s'oublie ; un vers se retient et se transmet. Lorsque les deux camps m'accablaient, les uns me jugeant trop hardi, les autres trop timide, je n'allais pas plaider devant chaque maison. J'ai répondu par l'élégie : j'y ai dit que j'avais donné au peuple autant de pouvoir qu'il en fallait, sans rogner l'honneur des puissants. Ces vers couraient de bouche en bouche, au symposium, où l'on discute autour du vin coupé d'eau, bien mieux que ne l'aurait fait une stèle de pierre. Le poète parle au souvenir, le magistrat seulement à l'oreille du jour. Et j'avais besoin que mes raisons survécussent à la colère d'une seule saison.

Un décret se lit et s'oublie ; un vers se retient et se transmet.

Durant votre exil, vous avez visité l'Égypte. Qu'êtes-vous allé chercher chez ces peuples lointains ?

Des miroirs. Un homme qui n'a jamais quitté sa cité croit que sa coutume est la seule loi du monde, comme l'enfant croit que toute mère est la sienne. Chez les Égyptiens, j'ai vu des prêtres qui gardaient la mémoire de milliers d'années, et qui nous trouvaient, nous autres Grecs, jeunes et oublieux comme des enfants. Cela m'a humilié, au bon sens du mot. J'ai observé comment d'autres répartissaient les charges, comment ils tenaient leurs registres et leurs terres. On ne réforme pas une cité avec ses seules idées : il faut avoir vu ailleurs pour cesser de croire son propre désordre éternel. Je suis parti vieux, mais avec l'appétit d'apprendre d'un homme qui sait qu'il ignore.

Un homme qui n'a jamais quitté sa cité croit que sa coutume est la seule loi du monde.

De tous ces voyages, quelle leçon rapportez-vous pour ceux qui gouverneront après vous ?

Qu'aucune cité n'est à l'abri, et qu'aucune œuvre n'est jamais achevée. J'ai vu naître à l'orient des puissances neuves, des rois qui avalent les royaumes les uns après les autres ; le monde grec n'est pas seul, et il fera bien de s'en souvenir. Pour Athènes, ma crainte n'est pas l'étranger : c'est l'homme habile qui flattera le peuple pour s'en faire le maître, et bâtira sa tyrannie sur les libertés que j'ai semées. Mes lois ne sont pas des murs, ce sont des digues : elles tiennent tant qu'on les entretient. Que les citoyens veillent eux-mêmes sur l'Ecclésia et sur leurs tribunaux, sans s'en remettre à un sauveur. Le jour où un peuple cherche un maître, il a déjà cessé d'être libre.

Mes lois ne sont pas des murs, ce sont des digues : elles tiennent tant qu'on les entretient.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Solon. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.