Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Solon

par Charactorium · Solon (629 av. J.-C. — 559 av. J.-C.) · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sous le portique d'une demeure d'Athènes, alors que le soir tombe sur l'Agora, que Thalès de Milet retrouve Solon vers 585 av. J.-C. Une lampe à huile éclaire des tablettes de cire encore couvertes de chiffres et de lois. Les deux hommes se sont croisés naguère sur les chemins d'Ionie, où l'on compte volontiers le Milésien et l'Athénien parmi les esprits les plus sages de la Grèce. Thalès, qui mesure les ombres et les astres, est venu mesurer ce soir la sagesse d'un homme qui a osé refaire les lois d'une cité.

Solon, toi que je tiens pour un esprit aussi juste que mesuré, qu'as-tu donc fait le jour où tu as brisé les fardeaux des endettés ?

Ce jour-là, Thalès, j'ai arraché les bornes qui clouaient nos paysans à la terre d'autrui. Les hektémores livraient le sixième de leur récolte, et beaucoup, ne pouvant payer, étaient vendus comme bétail, eux, leurs femmes, leurs enfants. J'ai déclaré que nul Athénien ne pourrait plus engager son corps pour une dette. On nomma cela la Seisachthéia, le rejet des fardeaux. J'ai fait revenir ceux qu'on avait vendus au-delà des mers, qui ne parlaient même plus notre langue. Toi qui sais combien la mesure est difficile, tu me croiras : ni les riches ni les pauvres ne furent pleinement contents. Mais des milliers d'hommes redevinrent libres, et c'est là le poids que je voulais ôter.

Nul Athénien ne pourrait plus engager son corps pour une dette.

Mais dis-moi franchement : en libérant ces hommes, n'as-tu pas spolié ceux qui avaient prêté de bonne foi ?

Tu poses la question que m'ont jetée à la face les puissants, Thalès. Oui, j'ai déçu les créanciers : ils espéraient garder leurs gages humains, et je les leur ai retirés. Mais je n'ai pas redistribué les terres comme le réclamait la foule, qui me croyait prêt à tout partager. Je me suis tenu au milieu, comme un homme couvrant de son bouclier deux camps à la fois. Les uns m'accusèrent de timidité, les autres de pillage. Je crois qu'on juge bien une loi quand les deux excès la détestent également. J'ai préféré l'équilibre à la faveur, car une cité ne tient pas sur le ressentiment d'un seul parti.

Je crois qu'on juge bien une loi quand les deux excès la détestent également.

On raconte, jusqu'en Ionie, qu'Athènes t'offrait la couronne du tyran. Pourquoi, mon ami, l'as-tu refusée ?

Parce que la tyrannie est une belle place, Thalès, mais on n'en descend pas vivant. Beaucoup me pressaient de saisir le pouvoir absolu, puisque j'avais déjà les mains sur la cité. J'aurais pu régner. J'ai préféré ne retrancher ni ajouter à l'honneur du peuple plus qu'il n'en fallait, et veiller à ce que les puissants ne fussent point lésés. Si j'avais pris la couronne, mes lois n'auraient été que ma volonté, et seraient mortes avec moi. En refusant, je les ai laissées appartenir à tous. On m'a traité d'insensé d'avoir lâché un tel filet plein de poissons. Mais toi qui cherches le principe des choses, tu sais qu'un fondement vaut mieux qu'un trône.

La tyrannie est une belle place, mais on n'en descend pas vivant.

Et ce long voyage qui t'a mené, dit-on, jusqu'en Égypte et à Chypre, n'était-ce pas une manière de fuir ta propre cité ?

Ce ne fut pas une fuite, Thalès, mais une précaution. Une fois mes lois gravées, j'ai fait jurer aux Athéniens de n'y rien changer durant dix ans, et je suis parti pour qu'on ne vînt pas chaque jour me supplier d'interpréter, d'amender, d'excepter. Un législateur toujours présent devient un tyran malgré lui. En Égypte, j'ai écouté les prêtres, qui mesurent le temps en milliers d'années et nous tiennent, nous Grecs, pour des enfants. À Chypre, j'ai vu d'autres manières de bâtir une cité. J'avais besoin que mes lois marchent sans moi, comme un enfant qu'on laisse tomber pour qu'il apprenne à se tenir. L'absence du père fut le dernier de mes ouvrages.

Un législateur toujours présent devient un tyran malgré lui.

Avant les lois, on te connaissait poète. Est-il vrai que tes vers ont rendu Salamine aux Athéniens ?

Ah, Salamine ! Voilà ma jeunesse, Thalès. Nous avions perdu l'île contre les Mégariens, et la honte était si vive qu'on avait défendu, sous peine de mort, de proposer même de la reconquérir. Alors j'ai feint la folie, et sur la place j'ai récité une élégie qui appelait les Athéniens à laver leur déshonneur. Les mots firent ce que la loi interdisait : la jeunesse s'enflamma, on reprit les armes, et l'île redevint nôtre. J'ai appris ce jour-là qu'un poème bien placé renverse plus de murs qu'un bélier. La poésie ne fut jamais pour moi un simple ornement : ce fut mon premier outil de cité, avant même que je tienne le stylet du législateur.

Un poème bien placé renverse plus de murs qu'un bélier.
(Venice) Solone - Francesco Hayez - gallerie Accademia Venice
(Venice) Solone - Francesco Hayez - gallerie Accademia VeniceWikimedia Commons, Public domain — Didier Descouens

Toi qui as si bien manié les vers, pourquoi avoir continué à rimer même après tes lois, plutôt que de te taire ?

Parce que les lois sans paroles restent muettes, Thalès. Quand un homme réforme une cité, on le calomnie de partout : l'un dit qu'il a trop pris aux riches, l'autre qu'il a trop peu donné aux pauvres. Alors j'ai répondu en vers, non pour me vanter, mais pour expliquer. J'ai chanté ce que j'avais fait et pourquoi je l'avais fait, afin que le peuple comprît mes raisons et non seulement mes décrets. Une loi qu'on n'explique pas, on la subit ; une loi qu'on comprend, on la défend. Mes élégies furent comme le préambule gravé au seuil de mes tables : elles disaient l'esprit, là où les articles ne disaient que la lettre.

Une loi qu'on n'explique pas, on la subit ; une loi qu'on comprend, on la défend.

Tu as, paraît-il, rangé les citoyens selon leur fortune et non leur naissance. N'est-ce pas trahir le sang des nobles ?

Le sang des nobles, Thalès, n'a jamais labouré un champ ni armé un navire. J'ai divisé les Athéniens en quatre classes, mesurées non au lignage mais à ce que chacun récolte : les pentacosiomédimnes en tête, puis les chevaliers, les laboureurs aisés, et enfin les thètes. À chaque rang, ses charges et ses honneurs, en proportion. Ainsi un homme riche né hors des grandes familles peut désormais prétendre aux magistratures, là où autrefois la seule naissance fermait toutes les portes. Je n'ai pas aboli les nobles, je les ai mis au même rang que leur fortune. Et les plus humbles, les thètes, j'ai voulu qu'ils siègent au moins à l'assemblée et aux tribunaux, car une cité qui exclut tout un peuple s'arme contre elle-même.

Le sang des nobles n'a jamais labouré un champ ni armé un navire.
Dr. Solon Paul Charles Henkel
Dr. Solon Paul Charles HenkelWikimedia Commons, Public domain — William Alexander Kennedy Martin

En ouvrant ainsi les charges, ne crains-tu pas d'avoir donné trop au peuple, ou pas assez pour le contenter ?

C'est l'exacte ligne sur laquelle j'ai marché, Thalès, comme toi sur l'arête d'une démonstration. J'ai donné au peuple autant de pouvoir qu'il en fallait, ni plus ni moins : le droit de juger, de voter, de demander des comptes aux magistrats. Mais j'ai laissé les fonctions de commandement aux plus capables de les porter. Donne tout au peuple, il devient une houle sans gouvernail ; ne lui donne rien, il devient un esclave qui n'a plus rien à défendre. J'ai cherché la juste part, celle qui attache chacun à la cité sans la livrer au tumulte. Les sages comme toi savent que la mesure est plus difficile que l'excès, car l'excès n'a qu'à se laisser aller.

Donne tout au peuple, il devient une houle sans gouvernail.

Avant toi, dit-on, les lois vivaient dans la seule bouche des juges. Pourquoi as-tu voulu les graver pour tous les yeux ?

Parce qu'une loi qu'on ne peut lire, Thalès, est une loi que les puissants tordent à leur gré. Auparavant, les nobles disaient le droit de mémoire, et nul ne pouvait les contredire : chacun jugeait selon son intérêt et nommait cela coutume. J'ai fait inscrire mes lois sur des tables de bois tournantes, les axones, et je les ai dressées sur l'Agora, à la vue de tous. Le pauvre comme le riche peut désormais aller voir de ses yeux ce que la loi prescrit. Le stylet et la pierre valent mieux que la parole d'un seul homme, car la pierre ne ment pas et n'oublie pas. La loi écrite est devenue le bien commun de la cité, et non plus le secret d'une caste.

Une loi qu'on ne peut lire est une loi que les puissants tordent à leur gré.

Mais le bois et la pierre se brisent, mon ami. Crois-tu vraiment que des lois gravées suffisent à tenir une cité debout ?

Tu vises juste, Thalès, et c'est la crainte qui m'a poussé hors d'Athènes. Non, la pierre seule ne tient rien : une loi ne vaut que par les citoyens qui consentent à l'honorer. J'ai souvent dit que mes lois n'étaient ni les meilleures possibles, ni les pires, mais les meilleures que ce peuple-ci pouvait recevoir. Si demain un homme habile veut les renverser, aucune table ne l'en empêchera. Ce que j'ai gravé, ce n'est pas tant des règles qu'une habitude : celle de regarder la loi en face, ensemble, sur la place publique. Tant que les Athéniens iront lire leurs axones plutôt que d'obéir à un maître, la cité tiendra. C'est sur ce consentement, plus fragile que la pierre et plus durable qu'elle, que j'ai parié.

Mes lois n'étaient ni les meilleures possibles, mais les meilleures que ce peuple-ci pouvait recevoir.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Solon. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.