Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Stendhal

par Charactorium · Stendhal (1783 — 1842) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un salon enfumé de la rue Saint-Honoré, un soir de l'hiver 1839, que Victor Hugo retrouve Henri Beyle, que tout Paris commence à nommer Stendhal. La Chartreuse de Parme vient de paraître ; sur le guéridon traîne un exemplaire aux pages déjà cornées. Les deux hommes se connaissent de longue date, croisés au théâtre comme dans les querelles du roman, le lyrique et l'observateur. Hugo, qui domine la scène depuis sa Notre-Dame de Paris, vient pousser son cadet dans ses retranchements de peintre froid des passions.

Mon cher Beyle, on murmure que votre Julien Sorel ne sort pas de votre tête, mais d'un fait divers bien réel. Est-ce vrai ?

Vous avez l'oreille fine, Hugo. Oui, j'ai pris mon Julien dans la Gazette des Tribunaux. Un séminariste du Dauphiné, un certain Antoine Berthet, précepteur chez les notables, qui tira sur sa maîtresse à l'église et finit sur l'échafaud en 1829. Voilà mon point de départ. Le romancier qui invente tout invente du faux ; moi, je relève la chronique d'un fait, et je remonte le mécanisme à l'envers, ressort après ressort. Comment un fils de charpentier, intelligent et brûlant, se hisse-t-il dans une société qui lui refuse tout sauf l'hypocrisie ? Le crime de Berthet ne m'intéressait pas ; son ambition, si. Le réel ne me sert que d'amorce. Ensuite, je dissèque.

Le romancier qui invente tout invente du faux ; moi, je relève la chronique d'un fait.

Vous parlez d'ambition comme d'une maladie de notre siècle. Pourquoi en faire le moteur de tout votre Rouge et le Noir ?

Parce que c'est la fièvre de l'époque, Hugo, et vous le savez aussi bien que moi. Sous l'Empereur, un homme de rien pouvait devenir colonel à trente ans ; sous ces Bourbons revenus, il faut ramper, flatter, mentir, porter la soutane faute de pouvoir porter l'épée. Le rouge ou le noir : l'uniforme ou le séminaire. Mon Julien naît trop tard, dans une France où l'énergie n'a plus de débouché honnête. Alors il porte le masque, il calcule, et son cœur véritable se venge en éclatant au pire moment. L'ambition, chez moi, n'est pas un vice de coquin : c'est la sève d'un caractère fort que la société comprime jusqu'à le faire exploser.

Le rouge ou le noir : l'uniforme ou le séminaire.

Une chose m'intrigue. Vous signez Stendhal, mais on vous baptisa Henri Beyle. Pourquoi tant de noms d'emprunt sous une seule plume ?

Comptez-les si le cœur vous en dit : j'ai dû en user plus de deux cents. Stendhal me vient d'une petite ville d'Allemagne que j'aimais, Stendal. Le reste, fantaisie, prudence, plaisir du masque. Voyez-vous, Hugo, vous régnez sous votre nom, en pleine lumière, et c'est votre force ; moi, je me défie de la place publique. Un pseudonyme, c'est une fenêtre par où l'on observe sans être vu. La police, les salons, les sots, je leur échappe en changeant d'habit. Et puis l'homme qui signe n'engage que ce nom-là ; le Beyle privé reste libre. J'écris pour les rares esprits qui me liront dans cinquante ans, non pour les badauds d'aujourd'hui. Le masque me protège d'eux.

Un pseudonyme, c'est une fenêtre par où l'on observe sans être vu.

Vous avez suivi les aigles de l'Empereur. Que reste-t-il, dans vos livres, de l'officier que vous fûtes en 1814 ?

Tout, peut-être. J'ai porté l'uniforme d'intendance, j'ai vu la grande armée se défaire, j'ai connu Milan prise et l'abdication de 1814. Croyez-moi, qui a vu une déroute ne peint plus jamais la bataille comme dans les poèmes. Le champ d'honneur, de près, c'est de la fumée, de la boue, des ordres contradictoires, un homme qui ne comprend rien à ce qui l'entoure. C'est ainsi que mon Fabrice traverse Waterloo dans la Chartreuse : il y est et n'y voit goutte. La guerre m'a enseigné l'énergie des hommes, et aussi le hasard qui broie les plans. De cette jeunesse en armes, j'ai gardé le culte de l'élan, et la haine des phrases creuses.

Le champ d'honneur, de près, c'est de la fumée, de la boue, des ordres contradictoires.

On vous dit ennemi du beau langage, vous qui prétendez lire le Code civil pour vous régler le style. Est-ce une coquetterie ?

Nullement, et ici nous nous séparons franchement, Hugo. Vous aimez la phrase qui chante, l'image qui foudroie, et nul ne vous égale en cela. Moi, je veux la phrase qui dit juste, et rien de plus. Quand je rédige, je relis quelques pages du Code civil pour me décrasser de l'emphase et trouver le ton net. Une émotion vraie n'a pas besoin d'ornement ; le mot exact, posé sans tremblement, frappe plus fort que la métaphore. Décrire l'âme d'un homme demande la précision d'un géomètre, non les couleurs d'un peintre. Vous éclairez ; moi je veux montrer. Nous servons le même siècle par deux portes opposées.

Une émotion vraie n'a pas besoin d'ornement ; le mot exact frappe plus fort que la métaphore.
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French: Portrait de Stendhaltitle QS:P1476,fr:"Portrait de Stendhal"label QS:Lfr,"Portrait de Stendhal"Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Louis Ducis

Avant le roman, vous aviez écrit De l'Amour, un livre presque savant. Peut-on vraiment disséquer le sentiment comme un naturaliste ?

Je l'ai tenté, et l'on m'a peu lu. Dans De l'Amour, en 1822, j'ai voulu suivre la naissance de la passion étape par étape, comme on suit une plante qui pousse. J'ai nommé ce phénomène la cristallisation : songez à un rameau jeté dans la mine de sel de Salzbourg ; on l'en retire couvert de diamants. Ainsi l'esprit pare l'être aimé de mille perfections imaginaires. L'amour n'est pas une foudre du ciel, c'est un travail secret de l'âme qui orne sans cesse son objet. Vingt ans, Hugo, j'ai tenu un journal pour épier mes propres mouvements de cœur, froidement, comme on observe un autre. C'est de cette manie d'analyse que sont nés tous mes personnages.

L'amour n'est pas une foudre du ciel, c'est un travail secret de l'âme.

Cette manie de vous épier vous-même, jusque dans vos journaux intimes, ne risque-t-elle pas de glacer le cœur que vous prétendez peindre ?

On me le reproche souvent, et vous touchez là un point sensible. Mais regardez bien : pour peindre le feu, il faut une main qui ne tremble pas. Si je m'attendrissais en écrivant, je mentirais, je grossirais tout. C'est en m'observant à froid que j'ai surpris les détours du cœur — la vanité qui se déguise en amour, l'orgueil qui se prend pour de la vertu. Mon journal n'est pas une confession : c'est un cahier d'expériences sur le seul sujet que je connaisse à fond, moi-même. Le lecteur croit que j'ai inventé Julien ou Fabrice ; en vérité, j'ai prêté à chacun un morceau d'Henri Beyle, passé au crible. Le froid de l'analyse est au service de la chaleur vraie.

Pour peindre le feu, il faut une main qui ne tremble pas.
French:  Portrait de Stendhaltitle QS:P1476,fr:"Portrait de Stendhal"label QS:Lfr,"Portrait de Stendhal"
French: Portrait de Stendhaltitle QS:P1476,fr:"Portrait de Stendhal"label QS:Lfr,"Portrait de Stendhal"Wikimedia Commons, Public domain — Louis Ducis

Vous revenez sans cesse à l'Italie, à Milan, à l'opéra. Qu'allez-vous chercher là-bas que Paris vous refuse ?

Le bonheur de sentir sans honte, Hugo. À Milan, où j'ai vécu de 1814 à 1821, j'ai découvert un peuple qui ne rougit pas de ses passions. À la Scala, j'ai entendu Cimarosa et Rossini, et j'ai pleuré sans qu'on me crût ridicule. Ici, à Paris, tout sentiment doit passer par le filtre de la vanité, du mot d'esprit, du qu'en-dira-t-on. Là-bas, on aime, on hait, on se venge avec une franchise que notre civilisation polie a perdue. C'est pourquoi j'ai placé ma Chartreuse à Parme : l'Italie est le pays où mes héros peuvent vivre tout entiers, sans le corset de nos convenances. J'y ai laissé la meilleure part de mon cœur.

L'Italie est le pays où mes héros peuvent vivre tout entiers, sans le corset de nos convenances.

Vous voilà consul du roi à Civitavecchia, loin des lettres parisiennes. Cet exil doré ne pèse-t-il pas à l'homme de salon que je connais ?

Il pèse, je l'avoue. On m'a nommé là-bas en 1831, dans un port poussiéreux où il ne se passe rien, après que j'eus espéré Rome ou un poste plus brillant. L'ennui y est grand, les expéditions consulaires assommantes. Mais voyez l'ironie, Hugo : c'est dans ce désert que j'ai jeté en quelques semaines toute ma Chartreuse de Parme. L'éloignement m'a rendu à moi-même. Loin du bruit de vos salons et de vos batailles littéraires, j'ai pu rêver l'Italie au lieu de courir après le succès. Un fonctionnaire le jour, un romancier la nuit. Si la fortune m'avait comblé de places, peut-être n'aurais-je jamais écrit ce livre. L'échec, parfois, est un bon secrétaire.

L'échec, parfois, est un bon secrétaire.

Lorsque ma Notre-Dame de Paris parut, le public se rua ; vos romans, eux, trouvent peu de lecteurs. Cela vous blesse-t-il, Beyle ?

Moins que vous ne le croiriez, et je vous le dis sans amertume, car votre triomphe est mérité. Vous parlez à la foule d'aujourd'hui ; moi, je l'avoue, j'écris pour les lecteurs de 1880. Mes livres sont des billets jetés à des esprits qui ne sont pas encore nés. On me trouve sec, abrupt, sans poésie ? Soit. Je préfère trois lecteurs qui me comprennent à trois mille qui m'applaudissent par mode. La gloire bruyante passe avec la saison qui l'a faite ; l'analyse vraie du cœur humain, elle, ne vieillit pas. Vous régnez sur le présent, Hugo, et c'est une couronne magnifique. Permettez-moi de parier discrètement sur l'avenir — c'est tout ce qui me reste.

Mes livres sont des billets jetés à des esprits qui ne sont pas encore nés.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Stendhal. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.