Interview imaginaire avec Tarana Burke
par Charactorium · Tarana Burke (1973 — ?) · Société · 5 min de lecture
Deux élèves de 5e, en classe découverte, ont préparé une drôle de rencontre. Face à eux, une femme au sourire chaleureux : Tarana Burke, la militante qui a inventé deux petits mots devenus immenses, « Me Too ». Elle s'assoit, pose son carnet, et leur dit de poser toutes leurs questions, même les plus simples.
—Vous étiez comment, petite ? Vos parents vous parlaient déjà de justice ?
Tu sais, mon enfant, j'ai grandi entourée de gens qui croyaient qu'on pouvait réparer le monde. Dans ma famille, il y avait des pasteurs et des militants. À table, on parlait des injustices comme d'autres parlent de la pluie ou du beau temps. Imagine une maison où l'on te répète, chaque jour : « si quelque chose est injuste, ne te tais pas ». Ça forge un cœur, ça. Très jeune, j'ai rejoint des mouvements pour les droits des Noirs américains. Je n'avais pas de grand plan. J'avais juste cette idée simple, plantée en moi comme une graine : les gens qu'on n'écoute jamais méritent qu'on les écoute.
Si quelque chose est injuste, ne te tais pas.
—Avant d'être connue, vous faisiez quel métier au quotidien ?
J'ai passé des années à travailler auprès des jeunes, surtout des adolescentes. J'étais une sorte d'éducatrice, de grande sœur. En Alabama, j'allais dans les quartiers, je m'asseyais avec elles, je les écoutais. Et là, j'ai entendu des histoires terribles. Des filles très jeunes qui avaient subi des violences et que personne n'avait crues. Imagine : tu portes un secours énorme dans ton ventre, et autour, le silence. Ce travail de terrain, ce n'est pas glamour. Mais c'est lui qui m'a tout appris. Quand tu as regardé une enfant dans les yeux pendant qu'elle te confie sa douleur, tu ne peux plus jamais détourner le regard.
—C'est vrai que vous avez inventé « Me Too » bien avant que ça devienne célèbre ?
Oui, et ça, c'est important pour moi. J'ai créé ces deux mots en 2006. Pas sur internet, pas pour devenir célèbre. Une jeune fille m'avait raconté ce qu'elle avait subi, et je n'avais pas su quoi répondre. Plus tard, j'ai compris : j'aurais juste dû lui dire « moi aussi ». Moi aussi, ça m'est arrivé. Ces deux petits mots disent : tu n'es pas seule. Imagine une main tendue dans le noir. C'est ça, Me Too. J'ai fondé une organisation pour ça, onze ans avant que le monde entier en parle. Ce n'était pas un slogan. C'était une promesse faite à des filles oubliées.
Moi aussi : deux petits mots qui disent tu n'es pas seule.
—Vous aidiez surtout quelles personnes au tout début ?
Au début, j'aidais des filles de couleur, souvent pauvres, souvent très jeunes. J'avais monté une petite organisation, Just Be Inc., et notre but tenait en une idée : la healing justice, ce que je traduirais par « la justice qui soigne ». Tu vois, on ne voulait pas seulement dénoncer. On voulait aider ces filles à guérir, à se reconstruire. Imagine un jardin piétiné : on ne se contente pas de gronder celui qui a piétiné, on aide les fleurs à repousser. Ces filles-là, presque personne ne s'occupait d'elles. Moi, j'ai décidé que si. Mon mouvement est né dans ces quartiers, loin des projecteurs, au plus près de la vraie vie.
—Pourquoi vous teniez tant à parler des femmes noires en particulier ?
Parce que, mon enfant, elles étaient souvent les grandes oubliées. Quand on parlait des violences faites aux femmes, on pensait rarement à elles. C'est ce que j'appelle l'intersectionnalité : un mot un peu compliqué qui veut dire qu'on peut être traitée injustement pour plusieurs raisons à la fois. Être une femme, et noire, et pauvre. Trois fardeaux empilés sur les mêmes épaules. Imagine que tu cries dans une foule et que personne ne tourne la tête, juste parce que tu n'es pas du bon quartier. C'est ça que je voulais changer. J'ai écrit un jour que j'avais inventé ces mots pour atteindre justement ces communautés-là. Pas pour la gloire. Pour elles.
Trois fardeaux empilés sur les mêmes épaules.

—Vous vouliez que les coupables soient punis très fort, alors ?
Ah, on me pose souvent cette question, et ma réponse surprend. Bien sûr, il faut que justice soit rendue. Mais punir ne suffit pas. Si tu mets quelqu'un en prison mais que la victime, elle, reste brisée pour toujours, qu'a-t-on vraiment réparé ? J'ai défendu ce qu'on appelle la justice réparatrice : une justice qui cherche d'abord à soigner. J'ai dit un jour que notre mouvement parlait du traumatisme des violences, et surtout de la façon dont on en guérit. Imagine un os cassé : punir, c'est attraper celui qui t'a poussé. Soigner, c'est remettre l'os en place pour que tu remarches. Les deux comptent. Mais la guérison, on l'oublie trop.
Punir attrape le coupable ; soigner remet la victime debout.
—Pourquoi c'est si important que les gens racontent ce qui leur est arrivé ?
Parce que le silence, ça pèse une tonne. Quand tu gardes une souffrance secrète, tu la portes seule, et elle te ronge. Le témoignage, c'est l'acte de dire tout haut : voilà ce que j'ai vécu. Et là, quelque chose de magique arrive. D'un coup, dix autres personnes disent « moi aussi ». Tu n'es plus seule à porter le poids. C'est ce que j'appelle l'empowerment, un mot anglais qui veut dire reprendre de la force, reprendre son pouvoir. Imagine une bougie, seule dans le noir. Puis une deuxième s'allume, puis cent. La pièce s'éclaire. Parler, ce n'est pas se plaindre. C'est rallumer la lumière.
Le silence pèse une tonne ; parler rallume la lumière.
—Comment ça a fait pour devenir connu dans le monde entier d'un coup ?
Ça, c'est arrivé en octobre 2017, et très vite. Une actrice, Alyssa Milano, a invité les femmes à écrire « me too » pour montrer combien elles étaient nombreuses à avoir subi des violences. En quelques heures, des millions de messages. Au début, elle ne savait même pas que ces mots existaient déjà depuis dix ans, depuis moi. Imagine que tu allumes une petite flamme dans ton jardin, et qu'un matin, tu découvres que la forêt entière brille. C'était bouleversant, et un peu vertigineux. Tout ce qui couvait dans le silence, surtout après les scandales à Hollywood, a explosé au grand jour. Le monde, enfin, écoutait.

—Vous étiez contente ou un peu triste que ça vous échappe comme ça ?
Les deux, honnêtement. Au premier instant, j'ai eu peur. J'ai pensé : on va oublier d'où ça vient, on va oublier les filles de couleur pour qui je l'avais créé. C'était mon bébé de 2006, et soudain, il appartenait au monde entier. Mais ensuite, j'ai vu ces millions de voix se lever, et mon cœur s'est rempli. En 2018, un grand magazine m'a même comptée parmi les personnes les plus influentes du monde. Imagine, moi, l'éducatrice de quartier ! Mais tu sais, ce qui m'a le plus touchée, ce ne sont pas les honneurs. Ce sont les inconnues qui m'écrivaient : grâce à toi, j'ai osé parler.
—Vous avez écrit un livre pour raconter tout ça ?
Oui, en 2021, j'ai écrit mes mémoires, Unbreakable, ce qui veut dire « incassable ». Tu sais pourquoi ce titre ? Parce qu'on m'avait fait croire, petite, que certaines blessures te brisent pour toujours. C'est faux. On plie, on tombe, mais on peut se relever. Dans ce livre, je raconte ma propre histoire, mes doutes, et comment ces deux mots sont nés. Ce n'est pas le récit d'une héroïne sans peur. C'est celui d'une femme ordinaire qui a refusé de se taire. Imagine une branche qu'on tord très fort : si elle est vivante, elle ne casse pas, elle revient. Voilà ce que je voulais transmettre.
On plie, on tombe, mais on peut se relever.
—Si nous, les enfants, on voulait aider, on ferait quoi à notre âge ?
Quelle belle question. Tu n'as pas besoin d'attendre d'être grand. La première chose, c'est d'apprendre à écouter. Quand un camarade te confie qu'il a mal, qu'on a été injuste avec lui, ne hausse pas les épaules. Crois-le. Dis-lui « je te crois ». Ces trois mots-là valent de l'or. La deuxième chose, c'est de ne jamais te moquer de celui qu'on met de côté. Imagine une cour de récré où chaque enfant exclu trouverait une main tendue. Tu sais, mon mouvement n'a pas commencé par un grand discours. Il a commencé par une fille qui parlait et une femme qui écoutait. C'est tout. Et ça, tu peux le faire dès demain.
« Je te crois » : trois mots qui valent de l'or.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Tarana Burke. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


