Interview imaginaire avec Théophile Gautier
par Charactorium · Théophile Gautier (1811 — 1872) · Lettres · 4 min de lecture
Deux élèves de cinquième, en classe découverte, poussent la porte d'un vieux salon parisien rempli de livres et de tableaux. Un monsieur élégant, gilet voyant et cheveux longs, les accueille avec un sourire. C'est Théophile Gautier, et il a très envie de leur raconter sa vie.
—C'est vrai que vous avez porté un gilet rose au théâtre pour faire scandale ?
Ah, tu connais déjà mon gilet ! Oui, mon enfant, c'était en 1830, j'avais à peine 19 ans. Victor Hugo présentait sa pièce Hernani, et les vieux messieurs qui aimaient l'ancien théâtre la détestaient. Alors, avec mes amis, on est venus la défendre. Moi, j'ai mis un gilet rose éclatant, comme une fleur posée au milieu d'une foule en noir. Imagine une salle pleine de costumes sombres, et soudain cette tache de couleur ! Les gens étaient choqués. Mais c'était exprès. Je voulais qu'on voie, de loin, dans quel camp je me battais : celui de la beauté nouvelle.
Un gilet rose au milieu d'une foule en noir, c'était mon drapeau.
—Pourquoi c'était si important de défendre une simple pièce de théâtre ?
Tu as raison de demander, ça peut sembler bizarre. Mais à mon époque, le théâtre, c'était un peu le cœur de la vie. On s'y disputait comme on se dispute aujourd'hui les grandes idées. Les anciens voulaient des pièces sages, avec des règles très strictes. Nous, les jeunes romantiques, on voulait de la liberté, de l'émotion, des couleurs ! Le romantisme, c'est ça : un art qui écoute le cœur plutôt que les vieilles règles. Cette bataille autour d'Hernani, c'était notre façon de dire au monde : laissez-nous inventer. J'étais jeune, j'avais peur, mais j'étais fier.
On se battait pour le droit d'inventer un art nouveau.
—Vous avez écrit qu'une belle statue valait mieux qu'une bonne action. Vous le pensiez vraiment ?
Tu as lu ma préface ! Oui, j'ai écrit ces mots dans Mademoiselle de Maupin, en 1835 : « Je suis de ceux pour qui le beau existe, et qui placent la beauté au-dessus de tout. Je préfère une belle statue au plus grand acte de vertu. » C'était provocant, je le sais. Je ne voulais pas dire qu'il faut être méchant ! Je voulais dire une chose simple : l'art n'a pas besoin de faire la morale pour être grand. Une chanson n'a pas à donner une leçon pour être belle. C'est ça, ma doctrine, qu'on appelle l'art pour l'art.
L'art n'a pas besoin de faire la morale pour être beau.
—Comment vous faisiez pour écrire un poème parfait ? Ça venait tout seul ?
Oh non, jamais tout seul ! Pour moi, écrire un poème, c'est comme tailler une pierre précieuse. Dans mon recueil Émaux et Camées, en 1852, j'ai même écrit : « Sculpte, lime, cisèle ; Que ton rêve flottant Se scelle Dans le bloc résistant ! » Tu vois l'image ? Le poète est un sculpteur. Le mot mal placé, je l'enlève. La phrase trop molle, je la durcis. Je recommence dix fois, vingt fois. Imagine un bijoutier penché sur sa table, à polir un petit camée pendant des heures. C'était moi, avec ma plume d'oie et mes brouillons raturés.
Un beau poème, ça se taille comme une pierre précieuse.
—C'était quoi votre métier, en vrai, pour gagner de l'argent ?
Bonne question, on oublie souvent qu'un écrivain doit manger ! Pendant plus de quarante ans, j'ai été critique pour les journaux, comme La Presse ou Le Moniteur. Mon travail, c'était d'aller voir les tableaux, les pièces de théâtre, les ballets, puis d'écrire si c'était beau ou non. J'allais souvent au Louvre observer les peintures. Imagine : pas de photographies dans les journaux à mon époque. Alors mes mots devaient peindre le tableau pour les lecteurs qui ne pouvaient pas le voir. Je devais leur faire sentir la couleur rien qu'avec des phrases. Un métier difficile, mais j'adorais ça.
Mes mots devaient peindre les tableaux pour ceux qui ne pouvaient pas les voir.

—Il y a eu un poète que tout le monde détestait et que vous avez défendu, non ?
Oui, et j'en suis très fier ! Il s'appelait Charles Baudelaire. Il avait écrit un recueil, Les Fleurs du Mal, qui a fait scandale dans tout Paris. Les gens criaient que c'était immoral, choquant. On l'a même traîné devant un tribunal ! Moi, en le lisant, j'ai vu autre chose : un génie. Alors je l'ai dit publiquement, quand presque tout le monde le condamnait. Tu sais, mon enfant, c'est facile d'aimer ce que tout le monde aime. Le plus dur, c'est de défendre quelqu'un quand la foule lui tourne le dos. J'ai préféré croire mes yeux plutôt que les rumeurs.
Le plus dur, c'est de défendre un artiste quand la foule lui tourne le dos.
—Vous avez voyagé loin ? C'était comment de partir si loin à votre époque ?
J'ai voyagé partout où je pouvais ! En Italie, à Venise et à Rome, mais surtout, en 1845, je suis allé en Égypte. Imagine, mon enfant : pas de train rapide, pas de route facile. On voyageait des semaines en bateau, en charrette, à dos d'âne dans le sable. Et puis, au bout, le soleil brûlant, les temples géants, les pyramides ! J'emportais toujours mon carnet de voyage pour noter les couleurs, les odeurs, la lumière. Ce voyage m'a transformé. Tout ce que j'avais vu là-bas allait nourrir mes livres pendant des années.
Partir, à mon époque, c'était des semaines de sable et de soleil.
—Et l'Égypte, ça vous a donné l'idée d'un livre ?
Exactement ! En 1858, j'ai écrit Le Roman de la Momie. C'est l'histoire d'une princesse de l'Égypte ancienne, retrouvée endormie dans son tombeau depuis des milliers d'années. Tu imagines le mystère ? J'avais vu les vrais temples, les vraies tombes, alors j'ai pu décrire les couleurs et les objets comme si tu y étais. En littérature, on appelait ça la couleur locale : ces petits détails vrais d'un pays lointain qui te font croire que tu y voyages pour de bon. Écrire ce livre, c'était comme rapporter un morceau d'Égypte à mes lecteurs de Paris.
Mon livre, c'était un morceau d'Égypte rapporté à Paris.
—Et chez vous, ça ressemblait à quoi ? Vous viviez comme tout le monde ?
Pas tout à fait ! Chez moi, à Paris, c'était plein de tableaux, de livres et de jolis objets partout. Je crois que je vivais selon mes idées : si la beauté compte plus que tout, alors même ma maison devait être belle. On me trouvait élégant, un peu original, ce qu'on appelait un dandy : quelqu'un qui soigne énormément son apparence, comme un tableau vivant. Je me levais tard, j'écrivais le matin dans le calme, et le soir je dînais avec mes amis artistes. Imagine des soirées entières à parler de peinture et de poésie, à la lueur des bougies.
Si la beauté compte plus que tout, même ta maison doit être belle.
—Aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Quelle belle question pour finir ! Tu sais, je ne suis pas devenu aussi célèbre que mon ami Hugo. Mais j'ai aidé beaucoup d'artistes à exister, comme Baudelaire. Et j'ai défendu toute ma vie une idée toute simple : la beauté vaut la peine qu'on s'en occupe. Pas pour faire la leçon, pas pour être utile. Juste parce qu'elle rend la vie plus grande. Si, un jour, devant un tableau, une chanson ou un coucher de soleil, tu t'arrêtes un instant rien que pour dire « comme c'est beau »... alors, mon enfant, tu auras compris tout ce que je voulais dire.
La beauté ne sert à rien, et c'est pour ça qu'elle est précieuse.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Théophile Gautier. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


