Interview imaginaire avec Vercors
par Charactorium · Vercors (1902 — 1991) · Lettres · 5 min de lecture
Deux élèves de 12 ans visitent une vieille maison d'édition pendant leur classe découverte. Dans un petit bureau encombré de livres, un homme aux cheveux blancs les attend, un crayon derrière l'oreille. C'est Vercors. Il leur sourit et les invite à s'asseoir tout près.
—C'était comment, vos matins, à Paris, pendant la guerre ?
Tu sais, mon enfant, mes matins étaient bien silencieux. Je me levais avant 7 heures, dans mon petit appartement du Quartier Latin. Imagine une tasse de café qui n'est pas vraiment du café : on l'appelait du café chicorée, fait avec une racine grillée, parce que le vrai café manquait. Avec un bout de pain rationné, c'était tout mon déjeuner. Puis je lisais, je réfléchissais, et je commençais à écrire. Dehors, des soldats allemands patrouillaient dans les rues. Alors j'avançais doucement, sans bruit, comme on marche sur des œufs. Le danger faisait partie du décor, comme la pluie.
Le danger faisait partie du décor, comme la pluie.
—C'est vrai qu'avant d'écrire, vous dessiniez ? Vous dessiniez quoi ?
Oui ! Avant d'être écrivain, j'étais illustrateur. Je dessinais des animaux et des plantes pour des savants, près du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Imagine : on me posait devant un insecte minuscule, et je devais le copier au crayon, chaque patte, chaque aile. Il fallait une plume fine et de l'encre, beaucoup de patience. Ce métier m'a appris à regarder le vivant de très près. À comprendre ce qui sépare une bête d'une autre. Plus tard, cette question m'a suivi toute ma vie : qu'est-ce qui fait qu'un être est un être ? Le dessin m'a ouvert les yeux avant les mots.
Le dessin m'a appris à regarder le vivant de très près.
—Pourquoi vous avez fabriqué une maison d'édition en secret ?
Parce qu'à mon époque, on n'avait plus le droit de tout dire. Les Allemands occupaient la France, et ils décidaient quels livres pouvaient paraître. Alors, en 1941, avec un ami nommé Pierre de Lescure, j'ai créé les Éditions de Minuit. Un nom qui sentait la nuit, exprès ! Imagine une toute petite presse artisanale, cachée, qui imprime des pages en cachette. On appelait ça la publication clandestine : sortir des livres sans la permission de l'occupant. C'était minuscule, mais c'était libre. Et un seul livre libre, dans un pays bâillonné, ça pèse plus lourd qu'on ne croit.
Un seul livre libre, dans un pays bâillonné, pèse très lourd.
—Vous aviez pas trop peur de vous faire prendre ?
Si, mon enfant. La peur était là, chaque jour. Tu dois comprendre une chose : si on découvrait notre petite imprimerie, ce n'était pas une punition d'école. C'était l'arrestation, parfois la mort. Voilà ce qu'on risquait. Alors on travaillait par petits bouts, chacun connaissant le moins possible des autres, pour se protéger. Les pages circulaient de main en main, glissées sous un manteau. Imagine un courrier qui traverse la ville avec un secret dans sa poche, le cœur qui bat. C'était notre quotidien. Mais tu sais, avoir peur et le faire quand même, c'est exactement ça, le courage.
Avoir peur et le faire quand même, c'est exactement ça, le courage.
—Votre livre le plus connu, ça raconte quoi en vrai ?
Il s'appelle Le Silence de la mer, écrit en 1942. Imagine une famille française, un oncle et sa nièce, obligés de loger chez eux un officier allemand. L'homme est poli, cultivé, il parle, il s'excuse presque. Mais l'oncle et la nièce ont choisi une chose : ne jamais lui répondre. Pas un mot. Jamais. Leur silence devient leur seule arme, parce qu'ils n'en ont pas d'autre. C'était ma façon à moi de résister : sans fusil, avec du papier. Montrer qu'on peut refuser quelqu'un en restant digne, sans crier, sans frapper. Juste en se taisant, fièrement.
Leur silence devient leur seule arme, parce qu'ils n'en ont pas d'autre.

—Pourquoi ils répondent jamais à l'officier, même s'il est gentil ?
Bonne question. Justement parce qu'il a l'air gentil ! C'est ça, le piège. Dans le livre, je le décris ainsi : « C'était un homme de taille moyenne, ni gros ni maigre, le teint pâle, les yeux bleu clair, les cheveux blond cendré. » Un homme banal, presque sympathique. Mais il porte l'uniforme de ceux qui ont envahi le pays. Leur répondre, ce serait accepter sa présence, faire comme si tout était normal. Or rien n'était normal. Le silence dit : « Tu es chez nous par la force, pas par notre accord. » C'est un refus qui ne fait pas de bruit, mais qui ne plie jamais.
C'est un refus qui ne fait pas de bruit, mais qui ne plie jamais.
—La nuit, dans votre maison, vous aviez peur ?
La nuit, tout devenait étrange, mon enfant. Imagine une ville où il faut éteindre les lumières et rentrer avant une certaine heure : on appelait ça le couvre-feu. Dehors, plus personne, juste le bruit des bottes parfois. Mon logement du Quartier Latin était froid, le chauffage manquait, et on économisait l'électricité. Le soir, je corrigeais mes textes à la petite lueur d'une lampe. Oui, j'écoutais les pas dans l'escalier, le cœur serré : était-ce un voisin, ou bien la police ? Mais tu sais, on s'habitue même à la peur. Et puis, l'écriture me tenait chaud mieux qu'un feu.
L'écriture me tenait chaud mieux qu'un feu.

—Pourquoi vous avez pris le nom d'une montagne ?
Ah, mon vrai nom, c'est Jean Bruller. « Vercors », c'est un nom que j'ai choisi pour me cacher. Tu vois, le Vercors, c'est un grand massif de montagnes, en Isère, près de Grenoble. Un endroit rude, sauvage, difficile à conquérir. Pendant la guerre, ces montagnes ont abrité des résistants. Alors prendre ce nom, c'était comme planter un drapeau secret : dire que j'étais du côté de ceux qui ne se rendent pas. Et puis, un pseudonyme me protégeait : si on cherchait l'auteur du livre, on cherchait un fantôme. Un nom de montagne pour un homme qu'on ne pouvait pas attraper.
Un nom de montagne pour un homme qu'on ne pouvait pas attraper.
—Pendant toute la guerre, personne savait que c'était vous ?
Non, personne, ou presque ! Imagine : des milliers de gens lisaient Le Silence de la mer, le passaient sous le manteau, et se demandaient « mais qui est ce Vercors ? ». Et c'était moi, ce petit dessinateur discret qui marchait dans Paris sans se faire remarquer. J'ai gardé ce secret pendant toute l'Occupation. Ce n'est qu'en 1945, après la Libération, que j'ai enfin révélé mon vrai nom, Jean Bruller. Tu imagines la surprise des gens ? Le fantôme avait enfin un visage. Garder un secret aussi longtemps, ça demande presque autant de courage que de l'écrire, ce livre.
Le fantôme avait enfin un visage.
—Après la guerre, vous écriviez sur quoi ? Toujours la Résistance ?
Pas seulement, mon enfant. Une grande question continuait de me ronger : qu'est-ce qu'un être humain ? Souviens-toi, j'avais dessiné des animaux toute ma jeunesse. En 1964, j'ai écrit un roman, Zoo ou l'Assommoir du Singe, qui se demande où s'arrête l'animal et où commence l'homme. Pourquoi ça m'importait tant ? Parce que la guerre m'avait montré le pire : des gens traités comme s'ils n'étaient pas des humains. Je voulais comprendre, et défendre cette idée simple : chaque personne mérite le respect. Du petit insecte que je dessinais jusqu'aux hommes, j'ai passé ma vie à demander : qui a droit à la dignité ?
Chaque personne mérite le respect : voilà ce que j'ai défendu toute ma vie.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Vercors. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


