Interview imaginaire avec Victor Hugo
par Charactorium · Victor Hugo (1802 — 1885) · Lettres · Politique · 5 min de lecture
Juin 1883. Dans le salon de la maison de l'avenue d'Eylau, les volets sont entrouverts sur le bruit de Paris. Le vieil homme à la barbe blanche reçoit, droit dans son fauteuil, et sa voix grave semble encore porter sur une place publique.
—On parle encore de la « bataille d'Hernani ». Que s'est-il vraiment joué ce soir-là sur la scène ?
Février 1830. La salle était coupée en deux comme un pays en guerre : d'un côté les perruques poudrées du vieux théâtre, de l'autre mes jeunes gens en gilets rouges, venus défendre un vers libre, un vers qui osait enjamber, respirer, saigner. Hernani n'était pas qu'une pièce, c'était une barricade dressée contre la tragédie corsetée de l'ancien monde. On a sifflé, on a hurlé, on s'est presque battu entre les fauteuils. Mais moi, je savais déjà que le Romantisme ne demandait pas la permission : il prenait la place. Le théâtre devait cesser d'être un salon de marbre pour redevenir une foule, une passion, une tempête. Ce soir-là, le drame a cessé d'obéir aux Anciens. Il a commencé à ressembler aux hommes.
Le théâtre devait cesser d'être un salon de marbre pour redevenir une tempête.
—Comment avez-vous vécu votre entrée à l'Académie française, vous le chef de file des insurgés du verbe ?
On m'y a élu en 1841, et j'avoue que la chose ne manquait pas d'ironie : recevoir la couronne d'académicien quand on a passé dix ans à briser les règles que cette maison vénérait. Mais je n'y suis pas entré en repenti. Une institution n'est pas un tombeau, c'est une tribune de plus. J'y ai porté les mêmes idées qu'au théâtre : que la langue appartient au peuple avant d'appartenir aux grammairiens, qu'un mot bas peut être noble s'il dit une chose vraie. Le fauteuil ne m'a pas assagi. Il m'a donné un pupitre plus haut d'où crier les mêmes vérités, et l'on a vite compris que le loup, une fois dans la bergerie des Immortels, n'avait pas changé de dents.
—Les Misérables semblent nés de la rue elle-même. Vous souvenez-vous de ce que vos yeux ont vu à Paris ?
1832. Le soulèvement de la rue Saint-Méry. J'ai vu les pavés arrachés, les corps, la fumée, et surtout ces visages d'enfants et de femmes que la faim avait déjà tués à moitié avant les fusils. On ne sort pas indemne d'un tel spectacle. J'ai compris ce jour-là que le crime n'était pas toujours dans l'homme qui vole un pain, mais dans la société qui l'y oblige. Jean Valjean est né de cette boue et de cette colère. Quand j'ai écrit que tant qu'existerait « une damnation sociale qui enfonce artificiellement un homme au-dessous de l'homme », mon livre aurait sa raison d'être, je ne faisais pas de la littérature. Je dressais un procès-verbal de mon siècle.
Le crime n'est pas toujours dans l'homme qui vole un pain, mais dans la société qui l'y oblige.
—On dit que le manuscrit des Misérables s'est vendu une fortune. Que représentait ce roman pour vous, au-delà de l'argent ?
Trois cent mille francs or, en 1862 : on a beaucoup glosé sur ce chiffre, comme si je vendais un meuble. Mais on n'achète pas vingt années de pensée. Ce livre, je l'ai porté à travers tout : la monarchie, la République, l'exil. Il était mon arche, j'y avais entassé la misère, l'amour, l'égout et le ciel, Cosette et la barricade. Je voulais qu'un ouvrier l'ouvre le soir et s'y reconnaisse, qu'un bourgeois le ferme un peu moins tranquille. L'argent du libraire n'était que l'écume ; le véritable prix se compterait en consciences remuées. Un roman n'est rien s'il ne fait que distraire ; il doit accuser, consoler, et parfois soulever.
—Votre combat contre la peine de mort commence très tôt. D'où vient cette obsession de l'échafaud ?
J'étais presque un jeune homme quand j'ai écrit Le Dernier Jour d'un condamné, en 1829. Je n'y nomme ni le crime ni le nom du supplicié, et c'est volontaire : je voulais qu'on entende seulement la voix d'un homme qu'on va tuer. « Un condamné à mort, c'est un homme auquel on a coupé les jambes et auquel on dit : marche ! » — voilà toute l'absurdité de la chose. L'échafaud n'est pas la justice, c'est la vengeance déguisée en loi, le meurtre fait avec des formes. J'ai vu une fois le bourreau graisser sa machine, tranquillement, comme on huile une charrette. Cette image ne m'a jamais quitté. On ne corrige pas un homme en le supprimant ; on avoue seulement qu'on a renoncé à le comprendre.
L'échafaud n'est pas la justice, c'est la vengeance déguisée en loi.

—À l'Assemblée, en 1848, vous montez à la tribune pour réclamer l'abolition. Que vouliez-vous faire entendre aux députés ?
Devant l'Assemblée, en 1848, j'ai voulu retourner leur logique contre eux. Ils parlaient d'exemple, de sécurité, d'ordre. Je leur ai répondu que « le but de la société est le bien-être de tous ; la peine de mort, c'est le bien-être de personne », qu'un homme mort n'est homme qu'à demi, et que la mort n'est pas une punition mais une négation. Tuer un coupable, c'est se priver pour toujours de son repentir, de sa rédemption possible. Une République qui dresse encore des échafauds renie le mot qu'elle a inscrit sur ses murs. J'ai défendu cette cause toute ma vie, des bancs de la Constituante jusqu'à mes derniers discours, et si l'on ne m'a pas écouté de mon vivant, je sais qu'on m'entendra après.
—L'exil vous a tenu loin de la France pendant près de vingt ans. Comment avez-vous vécu ces années face à la mer ?
Quand Napoléon III a étranglé la République en décembre 1851, j'ai compris qu'il n'y avait plus de place pour moi sous son ciel. J'ai gagné les îles, et c'est à Guernesey que j'ai jeté l'ancre, sur ce rocher battu par la Manche. Là, devant l'océan, j'ai écrit chaque matin, le regard tourné vers la côte française que je ne pouvais plus fouler. À Juliette, j'écrivais que j'étais en exil mais que ma pensée, elle, restait libre, et que tant que j'aurais une plume je défendrais le peuple. La mer m'a appris la patience et la colère mêlées. On m'offrit plus tard l'amnistie ; je l'ai refusée. On ne marchande pas son honneur contre un billet de retour.
On ne marchande pas son honneur contre un billet de retour.

—Que diriez-vous de votre arme principale durant ces années de bannissement ?
Ma seule artillerie, c'étaient les vers. Les Châtiments, en 1853, je les ai forgés comme on forge des piques : chaque poème visait l'homme du Deux-Décembre, ce neveu qui avait volé un trône et un nom. On les faisait passer clandestinement en France, reliés, cachés, dissimulés sous d'autres couvertures. Un tyran peut emprisonner les corps, il ne saisit jamais tous les livres. Et ma maison de Guernesey n'était pas qu'un cabinet de poète : j'y ai abrité des proscrits, des hommes traqués pour avoir aimé la liberté, au risque de m'attirer pis encore. Combattre par la plume et par l'hospitalité, c'était refuser que l'exil me réduise au silence. Le verbe, quand il est juste, perce mieux qu'une baïonnette.
—En 1877, des centaines de milliers de Parisiens ont défilé sous vos fenêtres. Qu'avez-vous ressenti ce jour-là ?
J'avais soixante-quinze ans, et la rue entière est venue à moi. Six cent mille visages, dit-on, passant sous mes fenêtres en une marée lente. Je ne saurais vous dire l'étrangeté de la chose : voir de son vivant ce qu'on croit réservé aux morts. Mais je n'ai pas pris cet hommage pour moi seul. Ces gens ne saluaient pas un vieillard, ils saluaient une idée — la République, la liberté, le droit du pauvre à être entendu. J'ai été l'enseigne, non la marchandise. J'ai songé à tous ces combats, l'échafaud, l'exil, les barricades, et je me suis dit que la foule, parfois, sait reconnaître ceux qui ne l'ont pas trahie. Ce fut moins une gloire qu'une réconciliation.
—Vous imaginez-vous parfois la trace que vous laisserez aux générations qui ne vous auront pas connu ?
Un homme ne devrait pas trop spéculer sur sa propre cendre, mais puisque vous m'y poussez : si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle, je n'espérerais pas qu'on retienne mes alexandrins par cœur. J'aimerais que survive le combat, pas le poète. Que reste l'idée que la misère n'est pas une fatalité, que l'enfant a droit à la lumière et la femme au pain. Dans Notre-Dame de Paris, j'ai écrit que « ceci tuera cela », que le livre tuerait l'édifice — eh bien, je veux croire que l'idée, à son tour, survit au livre. Qu'on m'ensevelisse un jour parmi les grands hommes m'importe moins que de savoir si l'échafaud, lui, sera tombé. Une postérité utile vaut mieux qu'une statue.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Victor Hugo. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



