Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Victor Hugo

par Charactorium · Victor Hugo (1802 — 1885) · Lettres · Politique · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le salon assombri de l'avenue d'Eylau, en cet hiver 1882, que Juliette retrouve celui qu'elle accompagne depuis cinquante ans. Le feu craque, une plume séchée traîne encore près de l'encrier sur le bureau. Ils n'ont plus rien à se cacher : elle a partagé l'exil, les nuits d'écriture, les proscrits cachés. Elle vient ce soir, non pour le public, mais pour entendre l'homme derrière le monument.

Mon grand, je t'ai vu si souvent parler du peuple. Mais en 1832, qu'as-tu vu de tes yeux dans ces rues en feu ?

Toi qui m'as connu hanté par ces images, Juliette, tu sais que je n'ai rien inventé. En 1832, près de la rue Saint-Méry, j'ai vu les barricades, les corps, la faim qui pousse un homme à mourir pour un quignon de pain. Ce ne sont pas des combats que j'ai imaginés dans mon cabinet : je les ai respirés. Les Misérables est sorti de cette boue-là. Quand j'écris Jean Valjean, je ne fais que rendre au peuple ce que le peuple m'a montré. Un écrivain qui ne descend pas dans la rue écrit des fables ; moi, j'ai voulu écrire la vérité du siècle. La misère n'est pas un décor, c'est une accusation.

La misère n'est pas un décor, c'est une accusation.

On a chuchoté que ton manuscrit valait une fortune. Dis-moi vrai : t'a-t-on vraiment payé trois cent mille francs ?

C'est vrai, et cela me fait sourire encore. Trois cent mille francs or pour des pages écrites sur le malheur des pauvres — quelle ironie, n'est-ce pas ? Lacroix a parié sur le livre avant même de le lire en entier. Mais comprends-moi bien : cet argent n'a jamais été mon but. Il prouvait seulement que le public attendait Les Misérables comme on attend une justice. J'ai voulu que ce roman soit lu par tous, du salon à l'atelier. Si la somme était immense, c'est que l'attente l'était. L'argent passe ; ce qui reste, c'est qu'un ouvrier ait pu se reconnaître dans Fantine ou dans Gavroche. Voilà ma seule richesse.

Trois cent mille francs or pour des pages écrites sur le malheur des pauvres — quelle ironie.

Te souviens-tu, à Guernesey, de ces hommes que nous avons cachés sous notre toit ? Pourquoi prendre un tel risque ?

Comment l'oublier, toi qui veillais avec moi quand on frappait à la porte la nuit ? Ces proscrits fuyaient le coup d'État de Napoléon III, traqués pour avoir aimé la République. Les chasser, c'eût été trahir tout ce que j'écrivais. À quoi bon Les Châtiments si je refusais le pain à ceux qu'ils visaient ? L'exil n'est pas seulement une douleur, Juliette ; c'est une fraternité. Nous étions pauvres en patrie mais riches en conscience. J'ai risqué d'être chassé de l'île à mon tour, soit. Mais un homme qui ferme sa porte au persécuté n'a plus le droit de tenir une plume. Mes vers et ma maison disaient la même chose.

L'exil n'est pas seulement une douleur ; c'est une fraternité.

Là-bas, face à la mer, ta colère contre l'Empire emplissait tes cahiers. D'où venait cette rage qui ne t'a jamais quitté ?

De décembre 1851, du parjure. Un homme avait juré fidélité à la République, et il l'a égorgée dans la nuit pour se faire empereur. J'ai vu fusiller des passants sur les boulevards. Comment veux-tu que ma main reste calme ? Les Châtiments ne sont pas des poèmes, ce sont des coups. J'ai voulu que chaque vers fût une gifle sur cette face impériale. Tant que cet homme régnait, j'ai juré de ne pas rentrer. On m'a cru orgueilleux ; j'étais seulement fidèle. L'exil m'a coûté la France, mais il m'a rendu ma voix entière. Loin de Paris, j'ai parlé plus haut qu'à Paris.

Loin de Paris, j'ai parlé plus haut qu'à Paris.

Tu m'as souvent dit ton horreur de l'échafaud. Depuis quand cette guerre contre la peine de mort t'habite-t-elle ?

Depuis bien avant que tu me connaisses, dès Le Dernier Jour d'un condamné, en 1829. J'avais croisé, place de Grève, un homme qu'on allait raccourcir, et l'image ne m'a plus lâché. Couper la tête d'un homme, c'est lui dire « marche » après lui avoir coupé les jambes. En 1848, à l'Assemblée, je l'ai crié aux représentants : la mort n'est pas une punition, c'est une négation. La société n'a pas le droit de faire ce qu'elle interdit. On ne corrige pas le crime par le crime. Cette cause, je la porterai jusqu'à mon dernier souffle, car un peuple qui tue ses coupables renonce à les sauver.

On ne corrige pas le crime par le crime.
Tableau de Victor Hugo par Jean-Loup Othenin-Girard
Tableau de Victor Hugo par Jean-Loup Othenin-GirardWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Jean-Loup Othenin-Girard

Toi qui parlais devant l'Assemblée comme devant une foule, n'as-tu jamais craint d'être seul contre tous ?

Si, mille fois, et c'est justement pourquoi il fallait parler. Devant les députés de 1848, beaucoup haussaient les épaules : abolir la mort leur semblait une rêverie de poète. Mais une vérité reste vraie même seule. J'ai appris, Juliette, qu'on ne convainc pas une assemblée en un jour ; on plante une idée, et les générations la font germer. J'ai semé. Que mes adversaires me trouvent naïf, peu m'importe : l'avenir tranchera, et l'avenir, je le sais, abolira l'échafaud. Le tribun n'est qu'un semeur patient. Mieux vaut être seul avec la justice que nombreux avec le bourreau. Voilà ce qui m'a tenu debout à la tribune.

Mieux vaut être seul avec la justice que nombreux avec le bourreau.

Avant les barricades et l'exil, il y eut la vieille cathédrale. Pourquoi avoir donné une voix à ces pierres en 1831 ?

Parce qu'on les laissait mourir, ces pierres. De mon temps, on badigeonnait, on démolissait, on méprisait le gothique comme une barbarie. Notre-Dame de Paris est née d'une colère contre cet abandon. J'ai voulu qu'un roman fît ce qu'aucun décret ne faisait : rendre au peuple l'amour de son patrimoine. Et j'y ai glissé une intuition qui me hante : ceci tuera cela, le livre tuera l'édifice. L'imprimerie a pris à l'architecture son rôle de grand livre de l'humanité. Quasimodo, Esméralda, la cathédrale elle-même — ce sont mes personnages, et le plus grand des trois est la pierre. J'ai voulu qu'on relève la tête vers les tours plutôt que vers les pioches.

Le plus grand de mes personnages, c'est la pierre.
Victor Hugo, Barrias
Victor Hugo, BarriasWikimedia Commons, CC0 — Wisi eu

On t'a fait chef d'une bataille, celle d'Hernani. Au fond, qu'est-ce que ce Romantisme que tu défendais avec tant de fougue ?

La liberté, Juliette, rien d'autre, mais la liberté dans l'art. Les classiques voulaient des règles, trois unités, des vers polis comme des perruques. En 1830, avec Hernani, nous avons fait entrer la vie sur la scène : le sublime et le grotesque, le roi et le bandit, la passion vraie. La salle s'est battue, sifflets contre bravos — c'était une révolution en habit de théâtre. Le Romantisme, c'est le droit du génie de ne pas demander la permission. J'ai voulu un art à la mesure du peuple, large, libre, vivant. Ce que 1789 fut à la politique, Hernani le fut aux lettres. On ne met pas de bonnet rouge au dictionnaire sans déranger les académies.

Le Romantisme, c'est le droit du génie de ne pas demander la permission.

En 1877, j'ai vu cette foule immense défiler sous nos fenêtres pour ton anniversaire. Qu'as-tu ressenti, ce jour-là, derrière le rideau ?

J'ai pleuré, je te l'avoue à toi seule. Six cent mille Parisiens, Juliette, passant lentement, des enfants brandissant des fleurs, des ouvriers en blouse — ce n'était pas pour l'homme, c'était pour ce que cet homme avait défendu. La République, la liberté, les pauvres. Je n'ai jamais cherché les honneurs ; ce sont eux qui sont venus frapper à ma porte. Mais ce jour-là, j'ai compris que mes livres n'étaient plus à moi : ils appartenaient à ce peuple qui défilait. Un écrivain rêve d'être lu ; je me suis découvert aimé. Et l'amour d'un peuple vaut mieux que toutes les couronnes d'académie. C'est le seul triomphe qui ne m'ait pas fait honte.

Un écrivain rêve d'être lu ; je me suis découvert aimé.

Tu es devenu, de ton vivant, une sorte de drapeau. Cela ne pèse-t-il pas trop lourd sur tes vieilles épaules, mon ami ?

Cela pèse, oui, et tu es bien placée pour le savoir, toi qui me vois fatigué le soir. On me veut statue, on me veut prophète ; je ne suis qu'un homme qui a beaucoup écrit et beaucoup aimé. Mais si mon nom peut servir d'étendard à la liberté, à la justice, à l'enfant qu'on instruit et au condamné qu'on épargne, alors je porte ce poids volontiers. Je préfère être un drapeau utile qu'un buste inutile. Ce que je crains, ce n'est pas la charge, c'est de la mal porter. Tant que je respire, je veux que mon nom rime avec République et avec pitié. Le reste, je le laisse aux marbriers.

Je préfère être un drapeau utile qu'un buste inutile.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Victor Hugo. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.