Interview imaginaire avec Vigdís Finnbogadóttir
par Charactorium · Vigdís Finnbogadóttir (1930 — ?) · Politique · 5 min de lecture
C'est sous la lumière pâle d'un été islandais, à Reykjavík, que Mikhaïl Gorbatchev retrouve Vigdís Finnbogadóttir au seuil du nouveau siècle, quelques années après qu'elle a quitté Bessastaðir. Le vent de l'Atlantique fait claquer le drapeau bleu, blanc et rouge au-dessus de la résidence. Les deux dirigeants se connaissent depuis ce sommet de 1986 où elle l'avait accueilli, lui et Reagan, sur le sol de sa petite République. Il revient aujourd'hui non plus en chef d'État, mais en homme curieux de comprendre comment une directrice de théâtre est devenue la première femme élue à la tête d'une nation.
—Vigdís, en 1980, vous l'avez emporté avec 33,6 % face à trois hommes. On m'a dit que vous n'aviez même pas voulu vous présenter ?
C'est exact, Mikhaïl, et je ne le cache pas. Je n'ai jamais frappé à la porte du pouvoir : ce sont des femmes, des citoyens ordinaires, qui sont venus frapper à la mienne. Ils m'ont convaincue qu'une voix de femme manquait au sommet de notre République. J'ai longtemps hésité — j'étais directrice de théâtre, non politicienne. Face à trois candidats masculins, j'ai gagné de quelques voix seulement, et cette marge étroite m'a marquée à jamais. Vous qui avez dû conquérir votre pouvoir au sein d'un appareil, vous mesurez combien il est étrange d'être portée par d'autres. J'ai accepté parce que je sentais que ce n'était pas mon ambition, mais une attente collective.
Je n'ai jamais frappé à la porte du pouvoir : ce sont les citoyens qui sont venus frapper à la mienne.
—Vous restez la seule directrice de théâtre à avoir gouverné un pays. Que vous a appris la scène, et cette France où vous avez étudié ?
Le théâtre m'a tout appris du métier de présidente, croyez-le. À Paris, où j'ai étudié l'art dramatique, j'ai compris que la parole est un acte, qu'un mot juste peut soulever une salle comme un peuple. En dirigeant le Théâtre municipal de Reykjavík, j'ai appris à écouter avant de parler, à donner la réplique sans écraser l'autre. La langue française, que j'aime profondément, m'a ouvert à l'idée qu'une petite culture peut dialoguer d'égale à égale avec les plus grandes. Une présidence, au fond, est aussi une scène : on y incarne quelque chose de plus vaste que soi. Mais à la différence du théâtre, on ne baisse jamais le rideau.
Une présidence est aussi une scène : on y incarne quelque chose de plus vaste que soi.
—Avant d'être élue, vous aviez adopté seule une petite fille, en 1972. N'aviez-vous pas craint que cela vous ferme les portes ?
On m'avait prévenue, oui. Une femme non mariée qui adopte seule un enfant, dans l'Islande de ces années-là, c'était audacieux, presque scandaleux aux yeux de certains. J'ai pourtant fait ce choix sans calcul, par amour, longtemps avant de songer à la moindre fonction. Et le peuple islandais, loin de me le reprocher, y a vu une femme de son temps, libre et responsable. Je crois que ma fille a fait de moi une candidate plus crédible, non l'inverse : elle prouvait que je vivais ce que je défendais. Vous savez, Mikhaïl, un dirigeant qui n'a rien risqué dans sa vie privée a du mal à demander du courage aux autres.
Un dirigeant qui n'a rien risqué dans sa vie privée a du mal à demander du courage aux autres.
—On dit qu'une nuit de Noël 1985, vous avez refusé d'apposer votre signature sur une loi. Que s'est-il vraiment passé ?
On présente souvent la présidence islandaise comme purement symbolique. Cette nuit-là, j'ai voulu montrer que le symbole pouvait avoir des dents. On me pressait de signer un texte qui aurait restreint le droit des femmes à disposer d'elles-mêmes. J'ai refusé d'apposer ma signature, en pleine veillée de Noël, et le débat a embrasé tout le pays. Ce fut l'un des moments les plus solitaires de mes seize années. Mais à quoi sert une fonction si l'on n'ose jamais l'habiter pleinement ? J'avais promis, le jour de mon investiture, de représenter toutes les Islandaises ; ce soir-là, je tenais parole. Une présidence sans conscience n'est qu'un meuble doré.
Une présidence sans conscience n'est qu'un meuble doré.
—À Nairobi, en 1985, vous avez parlé de l'éducation des femmes devant le monde entier. Pourquoi ce thème plutôt qu'un autre ?
Parce que tout part de là, Mikhaïl. À Nairobi, devant la conférence mondiale, j'ai dit ma conviction la plus profonde : sans égalité entre les sexes, aucune nation ne progresse véritablement. L'Islande, petit pays de pêcheurs, l'avait compris bien avant ses voisins. Une femme instruite élève toute une société, transmet, conteste, invente. Je ne parlais pas en théoricienne mais en ancienne enseignante : j'ai vu des regards d'élèves s'allumer quand on les croit capables. Le développement durable dont chacun parlait alors restait pour moi indissociable de l'éducation des filles. Une présidence m'offrait une tribune ; je n'allais pas la gaspiller en discours convenus.

—Vous avez été réélue quatre fois, jusqu'en 1996. Le pouvoir, à force, ne finit-il pas par enfermer celui qui l'exerce ?
Le danger est réel, et je l'ai surveillé en moi comme un veilleur. Seize ans, c'est long ; on s'habitue aux honneurs, aux égards, et l'on oublie d'où l'on vient. J'ai tenu à garder un pied dans la vie ordinaire : la lecture, le théâtre, les conversations simples avec les gens de Reykjavík. La marge étroite de ma première élection m'a servi de garde-fou — je savais ne devoir mon mandat qu'à la confiance, jamais à un parti ou à une machine. Quand j'ai senti que j'avais donné ce que je pouvais, j'ai su qu'il fallait partir. Servir n'est pas posséder ; un président n'est que le locataire passager d'une fonction qui appartient au peuple.
Servir n'est pas posséder ; un président n'est que le locataire passager d'une fonction qui appartient au peuple.
—Vous souvenez-vous de 1986, quand vous nous avez reçus à Reykjavík ? Que représente, pour une petite nation, d'accueillir les grands de ce monde ?
Comment l'oublierais-je ? Vous étiez là, avec le président Reagan, et le monde entier regardait soudain mon île battue par les vents. Recevoir deux superpuissances sur notre sol fut pour l'Islande une fierté immense et une responsabilité. Nous n'avions ni armée ni puissance, seulement une terre neutre, calme, où l'on pouvait parler. J'ai compris ce jour-là que la diplomatie d'un petit pays n'est pas la faiblesse qu'on croit : nous offrions un lieu où les murs pouvaient tomber. Vous-même cherchiez alors à réformer un système immense ; moi, je veillais sur quelques centaines de milliers d'âmes. Et pourtant, ce soir-là, nous parlions la même langue, celle de la paix possible.

—Depuis que vous avez quitté Bessastaðir, vous défendez l'islandais auprès de l'UNESCO. Pourquoi tant d'ardeur pour la langue d'un si petit peuple ?
Parce qu'une langue n'est jamais petite, Mikhaïl. L'islandais est parlé par quelques centaines de milliers d'âmes, et pourtant il porte des sagas vieilles de huit siècles, une mémoire que nulle autre langue ne peut dire à notre place. Devenue ambassadrice de bonne volonté de l'UNESCO pour les langues en 1998, je me bats pour que les idiomes menacés soient respectés autant que les grandes langues mondiales. Perdre une langue, c'est éteindre une manière unique de voir le monde. Vous qui avez vu tant de peuples cohabiter dans un même empire, vous savez ce qu'une langue représente pour une identité. Défendre l'islandais, ce n'est pas du nationalisme : c'est défendre la diversité même de l'humanité.
Perdre une langue, c'est éteindre une manière unique de voir le monde.
—Vous reliez sans cesse la langue et l'indépendance. L'Islande de 1944 vous a-t-elle façonnée de ce point de vue ?
Profondément. J'étais une enfant lorsque l'Islande a conquis son indépendance, et j'ai grandi avec l'idée que notre liberté tenait à notre langue autant qu'à nos lois. Un peuple qui cesse de nommer le monde dans ses propres mots finit par cesser de s'appartenir. Voilà pourquoi j'ai toujours lié le combat pour la souveraineté à celui pour la culture. Pendant ma présidence, je n'ai cessé de rappeler aux jeunes que parler correctement l'islandais était un acte civique, presque un acte de résistance douce. Une petite nation ne survit pas par sa force ; elle survit par ce qu'elle refuse d'oublier. La langue est notre véritable territoire, celui qu'aucune carte ne montre.
Une petite nation survit par ce qu'elle refuse d'oublier.
—En vous quittant, Vigdís, dites-moi : que souhaitez-vous que l'on retienne de la femme, derrière la présidente ?
Que je fus d'abord une mère, une enseignante, une femme de théâtre — et que rien de tout cela n'a disparu sous l'écharpe présidentielle. J'ai voulu prouver qu'une femme seule, sans dynastie ni fortune, pouvait porter une nation et la rendre fière. Si l'on retient quelque chose, j'aimerais que ce soit cette idée simple : on peut servir sans se renier, exercer le pouvoir sans cesser d'être soi. J'ai élevé ma fille, défendu ma langue, refusé de signer ce qui blessait ma conscience. Le reste appartient aux Islandais. Vous et moi, Mikhaïl, avons appris une chose rare : que le courage d'un dirigeant se mesure moins à ce qu'il bâtit qu'à ce qu'il ose ne pas trahir.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Vigdís Finnbogadóttir. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



