Interview imaginaire avec Yaa Asantewaa
par Charactorium · Yaa Asantewaa (1832 — 1921) · Militaire · 5 min de lecture
C'est sur une terrasse balayée par les alizés, aux Seychelles, que Prempeh Ier retrouve Yaa Asantewaa un soir de la saison sèche. La mer brille au loin, si différente des collines rouges de l'Ashanti qu'ils ont tous deux quittées. Déposé et déporté avant elle, le roi écoute désormais en pair celle qui a porté les armes en son absence. Entre eux, l'odeur du kente rangé dans les coffres et le souvenir d'un trône qu'aucun Blanc n'a jamais touché.
—Mère, lorsque le gouverneur Hodgson a réclamé le Trône d'Or devant les chefs réunis, j'étais déjà loin, en exil. Dis-moi ce qui s'est levé en toi ce jour-là.
Tu n'étais plus là pour parler, mon roi, et c'est cela qui m'a brûlée. J'ai vu les hommes baisser les yeux, peser le poids de leurs vies contre le siège de notre âme. Hodgson voulait s'asseoir sur le Sika Dwa Kofi comme on s'assoit sur un tabouret de cuisine ! J'ai senti la honte monter dans la salle comme une fumée. Alors je me suis levée, vieille femme parmi les guerriers, et j'ai dit que si les hommes d'Ashanti ne voulaient pas avancer, alors nous, les femmes, le ferions. Ce n'était pas du courage, c'était de la nécessité. Quelqu'un devait rappeler que l'on ne marchande pas l'esprit d'une nation. Ce jour-là, ma voix a tremblé, mais pas mes mains.
Hodgson voulait s'asseoir sur notre âme comme sur un tabouret de cuisine.
—On rapporte tes paroles dans toute la confédération. Avais-tu vraiment décidé de prendre les armes toi-même, ou espérais-tu seulement réveiller les chefs ?
Les deux, mon roi, car l'un ne va pas sans l'autre. Une parole qui ne risque rien ne réveille personne. Si j'avais imploré les chefs sans être prête à porter la poudre moi-même, ils auraient entendu une plainte de vieille femme et seraient rentrés dormir. Mais quand ils ont compris que je tiendrais parole, que je marcherais devant s'il le fallait, leur sang s'est rallumé. Tu sais comme moi que chez nous l'autorité ne se commande pas, elle s'éprouve. J'ai mis mon corps là où était ma bouche. Les jeunes hommes qui hésitaient ont vu une Asantehemaa aux cheveux blancs refuser la soumission, et ils ont eu honte de leur prudence. La honte, parfois, fait de meilleurs soldats que le tambour.
Une parole qui ne risque rien ne réveille personne.
—Tu avais passé soixante-dix ans quand tu as conduit le siège du fort de Kumasi. Comment une reine-mère apprend-elle à diriger des hommes en armes ?
On ne l'apprend pas dans les livres des Blancs, crois-moi. On l'apprend en ayant vu, toute une vie, comment les hommes se rassemblent et comment ils se dispersent. J'ai écouté ceux qui connaissaient les fusils Martini-Henry et la poudre, et j'ai laissé les capitaines mener les assauts. Mais c'est moi qui tenais le fil. Quand le fontomfrom battait, les guerriers savaient que la mère veillait, que personne ne céderait derrière eux. Nous avons encerclé le fort, coupé l'eau, fait la patience notre arme contre leurs canons. Leur fer était plus lourd que le nôtre, je ne le nie pas. Mais une vieille femme qui ne dort pas effraie parfois plus qu'un canon. J'étais là chaque aube, et chaque aube ils me voyaient encore debout.
Une vieille femme qui ne dort pas effraie parfois plus qu'un canon.
—Leurs canons de campagne et leurs murs de pierre... n'as-tu jamais douté, devant cette force, d'avoir entraîné notre peuple vers la défaite ?
Le doute, mon roi, je le gardais pour la nuit, jamais pour le jour. Oui, leurs murs étaient hauts et leur fer ne manquait jamais. Nous comptions nos munitions une à une pendant qu'ils déchargeaient des caisses entières. Mais demande-toi : que serions-nous devenus sans nous battre ? Un peuple qui livre son trône sans un coup de fusil ne se relève plus jamais. J'aurais préféré tomber debout que vivre courbée. Ce que nous avons perdu en hommes, nous l'avons gagné en mémoire. Les enfants sauront qu'on ne nous a pas pris l'Ashanti dans notre sommeil. Et puis, toi qui connais notre peuple mieux que moi, tu sais qu'une défaite des armes n'est pas une défaite de l'esprit tant que le tabouret reste caché.
J'aurais préféré tomber debout que vivre courbée.

—Parlons-en, de ce tabouret. Le Sika Dwa Kofi qu'ils ont fouillé partout sans le trouver — savais-tu, en menant la guerre, où il reposait ?
Ce que je sais, je le garde, même devant toi, mon roi, car le secret du Sika Dwa Kofi n'appartient à aucune personne seule. Sache seulement ceci : ils ont retourné la terre, ouvert les maisons, menacé les anciens, et leurs mains sont restées vides. Ce trône n'est pas un meuble, c'est l'âme descendue du ciel sur le peuple ashanti. Le donner, c'eût été leur tendre notre respiration. Voilà pourquoi je me suis levée : pas pour de l'or, pas pour un siège doré, mais pour ce qui nous fait un. Les Blancs croyaient qu'en s'asseyant dessus ils nous posséderaient. Ils n'ont jamais compris qu'on ne s'assoit pas sur l'esprit d'une nation. Tant qu'il dort caché, nous ne sommes pas vraiment vaincus, où qu'ils nous envoient.
Ce trône n'est pas un meuble, c'est l'âme descendue du ciel sur notre peuple.
—Avant la guerre, tu étais reine-mère d'Ejisu, celle qui avait intronisé ton propre petit-fils. D'où te venait cette autorité que même les guerriers respectaient ?
De la lignée, mon roi, et tu le sais mieux que personne, toi qui portais la couronne de la lignée. Chez nous, c'est par les mères que passe le sang du pouvoir. J'avais posé mon petit-fils sur le tabouret d'Ejisu, j'avais réglé les querelles, écouté les plaintes des sujets au conseil des anciens. Quand une Asantehemaa parle, ce n'est pas une femme seule qui parle, ce sont toutes les mères et toutes les aïeules derrière elle. Les guerriers ne m'ont pas suivie parce que je criais fort, mais parce que ma parole avait derrière elle les ancêtres. Une nation qui méprise ses reines-mères se coupe d'une moitié de sa force. Les Blancs ne l'ont jamais compris : ils ne voyaient qu'une vieille femme. Ils n'ont pas vu la lignée debout derrière moi.
Quand une reine-mère parle, ce sont toutes les aïeules derrière elle qui parlent.

—Tes journées à Ejisu, avant les fusils — étaient-elles si différentes de ce que tu imaginais d'une vie de guerre ?
Plus proches que tu ne le crois, mon roi. On pense que gouverner et guerroyer sont deux choses, mais c'est le même métier de patience. Le matin, je recevais les rapports de la cour ; l'après-midi, je tranchais les différends, j'écoutais les sujets, je pesais chaque mot devant le conseil. Le soir venaient les rites, les libations aux ancêtres, le souvenir du Trône d'Or. Tout cela m'a appris à juger les hommes, à savoir qui tiendrait et qui fuirait. Quand la guerre est venue, je n'ai pas changé de nature : j'ai seulement échangé la palabre contre le fontomfrom. Diriger un siège, c'est encore écouter, peser, décider, refuser de céder à la fatigue. La reine-mère que j'étais à Ejisu et la commandante de Kumasi sont une seule et même femme.
Gouverner et guerroyer, c'est le même métier de patience.
—Nous voici tous deux sur cette île lointaine, si loin de l'Ashanti. Toi qui as tout risqué, que ressens-tu en regardant cette mer qui n'est pas la nôtre ?
Cette mer me fatigue les yeux, mon roi. Elle est belle, mais elle n'a pas l'odeur de nos collines, ni la voix de nos tambours au soir. Quand ils nous ont mis sur le bateau, j'ai compris que je ne reverrais sans doute jamais Ejisu. C'est une douleur qui ne crie pas, qui s'installe comme une vieille compagne. Et pourtant, je ne renie rien. Mieux vaut vieillir en exil pour avoir tenu debout que mourir chez soi en ayant courbé l'échine. Te savoir ici, près de moi, allège un peu ce poids : nous portons la même terre dans notre poitrine. Un jour, peut-être pas de notre vivant, des enfants diront le nom de l'Ashanti sans baisser la voix. Cette pensée me tient chaud quand le vent de l'île se fait froid.
Mieux vaut vieillir en exil pour avoir tenu debout que mourir chez soi en ayant courbé l'échine.
—Si l'un de nous devait un jour rentrer et qu'on lui demandait pourquoi la vieille reine d'Ejisu a fait la guerre, que faudrait-il répondre ?
Qu'on réponde simplement la vérité, mon roi : que je l'ai faite pour qu'on ne puisse pas dire un jour que les Ashanti ont vendu leur âme sans résister. On ne se souviendra peut-être pas de mes batailles perdues, ni du nombre de nos fusils. Mais qu'on se souvienne qu'une femme s'est levée quand les hommes hésitaient, et que ce geste a réveillé un peuple. Je n'ai pas combattu pour vaincre les Blancs — je savais leur fer trop lourd. J'ai combattu pour que la dignité reste vivante, pour que nos petits-enfants héritent d'un peuple debout et non d'un peuple à genoux. Dis-leur que la liberté ne se mendie pas, qu'elle se défend, même vieille, même seule, même perdante. Le reste appartient aux ancêtres et au temps.
Qu'on se souvienne qu'une femme s'est levée quand les hommes hésitaient.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Yaa Asantewaa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


