Interview imaginaire avec Yaa Asantewaa
par Charactorium · Yaa Asantewaa (1832 — 1921) · Militaire · 5 min de lecture
Kumasi, à l'ombre des arbres où se tiennent les conseils. La reine-mère d'Ejisu reçoit, droite malgré ses années, le regard de celle qui a vu des chefs hésiter et des fusils se taire. Elle parle lentement, comme on pose une pierre sur une autre.
—Vous souvenez-vous du jour où le gouverneur a réuni les chefs pour réclamer le Trône d'Or ?
C'était en mars 1900. Frederick Hodgson s'était assis devant nous comme un homme qui croit acheter une âme avec des mots. Il exigeait le Sika Dwa Kofi, le siège sacré, comme on réclame un meuble. J'ai vu les hommes baisser la tête, ces mêmes hommes qui portaient l'akofena à la ceinture. Le silence pesait plus que les canons. Alors je me suis levée, et j'ai dit ce que je devais dire : si vous, hommes du Ashanti, refusez de vous battre, alors moi-même je prendrai les armes et combattrai pour notre peuple. Je n'avais pas peur de mourir. J'avais peur que nous mourions à genoux.
Il réclamait notre âme comme on réclame un meuble.
—Pourquoi ces mots, prononcés par une femme, ont-ils suffi à allumer la guerre ?
Parce que la honte est un feu plus rapide que la poudre. Les chefs n'ignoraient pas le danger ; ils connaissaient les fusils Martini-Henry et les canons que les Blancs traînaient depuis la côte. Mais une reine-mère qui annonce qu'elle ira au combat, c'est un miroir tendu aux guerriers : ou ils me suivaient, ou ils acceptaient qu'une vieille femme ait plus de cœur qu'eux. Dans notre maison, la légitimité ne vient pas seulement de la force, elle vient de la parole juste prononcée au bon moment. J'avais intronisé mon propre petit-fils comme chef d'Ejisu ; les hommes savaient que ma voix n'était pas du vent. Le Fontomfrom a battu cette nuit-là, et l'Ashanti s'est levé.
La honte est un feu plus rapide que la poudre.
—Comment une femme de plus de soixante-dix ans s'est-elle retrouvée à commander un siège ?
On ne choisit pas son âge, on choisit son devoir. Quand les chefs m'ont nommée à la tête des armées, je n'ai pas pris cela comme un honneur mais comme une charge lourde, lourde comme l'or d'une couronne. Nous avons encerclé le fort des Blancs à Kumasi, où ils s'étaient barricadés avec leurs vivres et leurs canons de campagne. Je passais d'un poste à l'autre, je veillais aux abords, je faisais resserrer les tranchées pour qu'aucune colonne de secours ne perce. Les jeunes guerriers me regardaient et n'osaient plus parler de fatigue. Une vieille femme qui ne dort pas, voilà qui réveille toute une armée mieux qu'un tambour.
On ne choisit pas son âge, on choisit son devoir.
—Que pouviez-vous opposer à l'artillerie britannique avec vos seuls fusils et tambours ?
La patience et le terrain. Leurs canons de campagne parlaient fort, mais un canon ne mange pas et ne dort pas tranquille quand il est encerclé. Nous avions nos Martini-Henry pris à l'ennemi, notre poudre comptée grain par grain, et surtout la forêt qui était nôtre depuis toujours. Le Fontomfrom transmettait mes ordres plus vite qu'un cavalier blanc ne galope. Les guerriers portaient leurs gris-gris, ces amulettes où vit la protection des ancêtres, et croyez-moi, un homme qui ne craint pas de mourir tient un poste mieux qu'un canon. Nous avons tenu ce siège des semaines. Les Blancs ont fini par appeler des renforts de la côte, parce que seuls, ils n'auraient pas tenu.
—Le fameux Trône d'Or, qu'est-il devenu pendant que les Britanniques le cherchaient ?
Ils ne l'ont jamais touché, et c'est là toute l'histoire. Le Sika Dwa Kofi n'est pas un siège où l'on pose son séant ; aucun roi lui-même ne s'y assoit. Il contient l'âme entière de la nation, descendue du ciel, dit-on, devant nos ancêtres. Hodgson, le pauvre homme, croyait qu'en le réclamant il prendrait notre cœur. Nous l'avons caché si profond dans la forêt que ni leurs soldats ni leurs espions n'ont jamais flairé sa trace. Le soir, dans nos cérémonies, c'est lui que nous honorions, lui l'esprit du peuple. Ils ont gagné la guerre, ils ont brûlé nos villages — mais l'âme, elle, leur a échappé entre les doigts comme l'eau.
Ils ont gagné la guerre, mais l'âme leur a échappé entre les doigts comme l'eau.

—Pourquoi un siège de bois et d'or valait-il qu'on verse tant de sang ?
Parce qu'un peuple sans son âme n'est qu'un troupeau qu'on déplace. Le Blanc voyait un objet ; nous voyions le lien entre les vivants, les morts et ceux qui ne sont pas encore nés. Réclamer le Trône d'Or, c'était nous demander de signer notre propre disparition, poliment, en remettant nous-mêmes le couteau. Dans mes soirées à Ejisu, je conduisais les rites du culte de ce trône ; je savais ce qu'il pesait, non en or mais en mémoire. Un protectorat peut prendre vos terres, vos impôts, vos chefs. Le jour où il prend vos symboles, il vous a déjà enterrés. Voilà pourquoi nous avons préféré la guerre à la honte.
Un peuple sans son âme n'est qu'un troupeau qu'on déplace.
—Qu'est-ce qu'une reine-mère, au juste, dans la société ashanti ?
On me croit souvent l'épouse d'un roi ; je suis autre chose. La reine-mère, l'Asantehemaa à l'échelle de l'empire, est gardienne de la lignée, car chez nous le sang se transmet par les mères. C'est moi qui ai désigné et intronisé mon petit-fils comme chef d'Ejisu ; le trône passe par ma main avant la sienne. Mes journées n'étaient pas des journées de guerre : le matin, je recevais les rapports de la cour ; l'après-midi, je siégeais au conseil des anciens, j'écoutais les plaintes, je tranchais des litiges. Cette autorité-là, lente, patiente, tissée jour après jour comme un kente, voilà pourquoi le jour venu les guerriers m'ont écoutée. On n'obéit pas à une inconnue.

—Comment avez-vous fait accepter à des guerriers d'être menés par une femme ?
Je ne leur ai rien fait accepter ; j'ai seulement rappelé ce qu'ils savaient déjà. Depuis des générations, la reine-mère parle au conseil, désigne les chefs, garde la mémoire des ancêtres. Mon autorité ne datait pas de la guerre, elle datait de toute ma vie de cour à Ejisu, des audiences rendues, des querelles apaisées. Quand on a tenu la balance de la justice pendant des années, on n'a pas besoin de hausser la voix pour être suivie sur un champ de bataille. J'ai porté le kente des grandes occasions et l'or de mon rang, non par vanité, mais pour que chacun voie en moi la légitimité traditionnelle, celle des coutumes, et non la force étrangère venue d'au-delà des mers.
Quand on a tenu la balance de la justice, on n'a pas besoin de hausser la voix.
—Vous avez fini votre vie loin de Kumasi. Que représente pour vous cet exil aux Seychelles ?
Une île au bout de l'eau, où le vent ne porte pas l'odeur de chez moi. Les Blancs, après nous avoir vaincus, nous ont arrachés à notre terre — moi et d'autres chefs, comme on déracine des arbres pour qu'ils ne repoussent jamais. Là-bas m'attendait déjà le roi Prempeh Ier, déporté avant moi. J'ai connu les Seychelles comme on connaît une prison sans murs : la mer pour barreaux. Je savais que je ne reverrais ni la forêt d'Ejisu ni le Fontomfrom des soirs de fête. Mais un exil n'efface pas une parole donnée. J'avais dit que je combattrais ; je l'ai fait. Le reste, la vieillesse loin du pays, n'était que le prix.
J'ai connu l'exil comme une prison sans murs : la mer pour barreaux.
—Si vous pouviez imaginer comment on se souviendrait de vous bien après votre mort, que souhaiteriez-vous ?
Je ne suis qu'une vieille femme d'Ejisu, et je ne sais pas lire l'avenir. Mais si l'on devait parler de moi dans un siècle, j'aimerais qu'on ne dise pas seulement qu'une reine fut vaincue et déportée. Qu'on dise plutôt qu'au moment où les hommes hésitaient, une femme s'est levée et a refusé de remettre l'âme de son peuple. Peut-être qu'un jour mon corps reviendra reposer dans cette terre ashanti que les Blancs m'ont interdite — c'est le seul retour que j'oserais espérer. Le Trône d'Or, lui, sera toujours caché quelque part, vivant. Tant qu'il respire dans la forêt, je n'aurai pas tout à fait perdu.
Au moment où les hommes hésitaient, une femme a refusé de remettre l'âme de son peuple.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Yaa Asantewaa. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


