Interview imaginaire avec Zénobie
par Charactorium · Zénobie (240 — 275) · Politique · 5 min de lecture
Palmyre, au crépuscule. Les colonnades de grès rougissent une dernière fois tandis que les dernières caravanes s'immobilisent aux portes de la cité. Dans une salle d'audience où flotte encore l'odeur de la myrrhe, une femme ceinte d'un diadème nous reçoit, droite comme une colonne : Zénobie, reine d'un empire né du sable.
—On vous présente souvent comme régente. Comment avez-vous pris en main Palmyre après la mort de votre époux ?
On dit régente. Mais quand mon époux Odénat tomba, en l'an 267, Palmyre ne pouvait se gouverner avec un enfant sur le trône. Mon fils Vaballath était jeune ; je portais son nom, et je portais aussi le poids. J'ai fait frapper des pièces où son visage côtoyait celui de Rome, puis, le temps venant, les titres d'Auguste et de César. Régente, oui, devant les Romains. Mais une main qui signe les décrets, lève les cavaliers et nomme les gouverneurs ne tient pas la coupe d'un autre. Le désert m'avait appris cela : celui qui garde le puits commande la caravane, qu'on le nomme gardien ou roi.
Celui qui garde le puits commande la caravane, qu'on le nomme gardien ou roi.
—Vos monnaies portaient tantôt le visage de Rome, tantôt le vôtre. Pourquoi ce jeu prudent avant l'affirmation ouverte ?
Chaque pièce sortie de mes ateliers racontait l'histoire que Rome voulait bien lire. Au début, le visage de l'empereur d'un côté, Vaballath de l'autre : un fils fidèle, un allié zélé contre les Perses. Gallien, puis Claude, fermaient les yeux ; l'Orient leur coûtait trop de sang depuis la capture du vieux Valérien. Puis j'ai laissé tomber le masque. Le titre d'Augusta gravé près du mien, et la pourpre que nul vassal n'ose porter. Une monnaie, vois-tu, voyage plus loin qu'une armée : le marchand qui la reçoit à Alexandrie sait, sans qu'on le lui dise, qui règne. J'ai conquis des esprits avant des provinces, un denier après l'autre.
Une monnaie voyage plus loin qu'une armée.
—En 270, vos troupes descendent jusqu'en Égypte. Qu'alliez-vous y chercher ?
L'Égypte, en l'an 270. On me l'a reproché comme on reproche à l'assoiffé d'aller au fleuve. Qui tient le Nil tient le blé qui nourrit Rome, et qui tient le blé tient Rome par le ventre. Mes cavaliers descendirent jusqu'à Alexandrie ; le grenier du monde changea de maître sans que la moisson s'interrompît. Ce n'était point caprice de gloire. Une cité de caravanes comme Palmyre vit de ce qu'elle relie : la soie venue de l'Orient, le grain venu du Sud. J'ai seulement joint à mes routes le plus riche de tous les ports. On dira que j'ai trop pris. Je réponds : on ne bâtit pas un empire avec la moitié d'une carte.
Qui tient le blé tient Rome par le ventre.
—Votre domination s'est étendue jusqu'en Asie Mineure. Comment fait-on tenir un territoire aussi vaste ?
De Palmyre à Antioche, puis vers le nord, jusqu'aux marches de l'Asie Mineure, mes étendards montèrent là où les légions ne venaient plus. Antioche surtout : prends cette ville et tu tiens la Syrie entière, ses ateliers, ses ports, ses routes. Je gouvernais alors un pays qui allait, disait-on, du Nil presque à la Thrace. Mes généraux menaient la cavalerie lourde, ces cataphractes bardés de fer que nous avions appris des Perses, nos voisins et nos maîtres dans l'art de la guerre. Un empire ne se proclame pas du haut d'un palais ; il se marche, ville après ville, garnison après garnison. J'ai marché loin. Trop loin, peut-être, pour une seule vie de femme.
—On dit que vous maîtrisiez cinq langues. Quel usage une souveraine fait-elle d'un tel savoir ?
On s'étonne qu'une femme parle. Moi, je parlais cinq langues : l'araméen de mes pères, le grec des savants, le latin des maîtres du monde, l'égyptien des prêtres et le persan de nos rivaux. Une reine qui doit passer par un interprète est à demi sourde, et l'on trompe aisément qui n'entend qu'à moitié. À ma table, je recevais des philosophes ; on y débattait de géométrie et de la mesure des astres comme ailleurs on parle de chevaux. Mes parchemins partaient en grec et en araméen, car gouverner Palmyre, c'est parler à deux mondes d'un même souffle. Le savoir n'est pas l'ornement d'un règne : c'est son arme la plus silencieuse.
Une reine qui passe par un interprète est à demi sourde.
—Vous avez attiré lettrés et philosophes dans votre cité du désert. Que cherchiez-vous à bâtir ainsi ?
Un trône qui ne brille que d'or est un trône pauvre. J'ai voulu Palmyre rayonnante d'esprits autant que de richesses. On murmurait que le philosophe Longin comptait parmi mes conseillers, un homme dont la parole valait une légion. Ce que les caravanes apportaient de soie, je voulais que les écoles l'apportassent de sagesse. Une cité du désert peut être prise pour un simple relais de marchands ; je la voulais nommée avec les grandes, Alexandrie, Athènes. Et puis un prince écouté des savants est plus malaisé à mépriser. Quand Rome me traiterait de barbare d'Orient, mes lettres en grec répondraient seules. La pourpre se déchire ; la renommée d'un esprit, non.
La pourpre se déchire ; la renommée d'un esprit, non.
—Vint Aurélien. Vous souvenez-vous de la bataille d'Émèse ?
Émèse, l'an 272. Aurélien n'était point Gallien ; cet homme-là ne fermait pas les yeux. Sur la plaine, ma cavalerie lourde fondit sur ses lignes, et ses cavaliers feignirent de fuir, encore et encore, jusqu'à ce que mes cataphractes, écrasés sous le fer et le soleil, n'eussent plus de souffle. Alors son infanterie se retourna. J'ai compris, ce jour-là, que j'avais combattu un renard déguisé en lion. Nous nous repliâmes sur Palmyre. Je savais déjà que les murs ne suffiraient pas : une cité du désert vit de ses routes, et il les avait coupées. On ne soutient pas un siège quand le puits du dehors est aux mains de l'ennemi.
—On raconte que vous fûtes menée à Rome dans des chaînes d'or. Comment avez-vous traversé cette épreuve ?
On m'a menée à Rome, oui, dans le triomphe d'Aurélien. Mes chaînes étaient d'or, un égard, dit-on, qu'on réserve aux ennemis qu'on a craints. Elles n'en pesaient pas moins. J'ai marché devant le char du vainqueur, sous les yeux d'un peuple venu voir la reine d'Orient ployée. Mais on ne ploie pas une âme avec du métal, fût-il précieux. J'ai gardé la tête droite, comme mon rang l'exigeait, car une souveraine vaincue demeure une souveraine. Qu'Aurélien ait jugé bon de m'enchaîner d'or plutôt que de me faire trancher la gorge en dit long : il voulait montrer ce qu'il avait dompté. On ne pare pas de la sorte une proie ordinaire.
On ne ploie pas une âme avec du métal, fût-il précieux.
—Avant les armées, Palmyre vivait du commerce. Qu'est-ce qui faisait la richesse de votre cité ?
Avant les armées, il y eut les caravanes. Palmyre n'est rien sans le désert qu'elle dompte : une ville plantée entre Rome et la Perse comme une oasis entre deux soifs. Les chameaux y arrivaient chargés de soie, de myrrhe, de pierres venues de l'Inde par la mer puis par le sable. Sur chaque charge, la cité prélevait sa part, et de cette part j'ai payé mes cavaliers. Les gens du commun croient qu'on fait la guerre avec du courage. On la fait avec de l'or, et l'or de Palmyre montait à dos de bête à travers les dunes. Mon palais aux colonnades, mes robes de soie et de pourpre, mes dattes même : tout cela, le caravanier l'avait porté avant moi.
On ne fait pas la guerre avec du courage, mais avec de l'or.
—Si l'on devait se souvenir de Palmyre dans un siècle, que faudrait-il en dire ?
Que reste-t-il d'une reine quand ses routes sont coupées et ses murs ouverts ? Des pierres, peut-être, ces colonnades dressées dans le sable où le vent chantera longtemps après moi. Je n'ai pas rêvé d'une Palmyre soumise, relais docile entre deux empires ; je l'ai voulue maîtresse de ses caravanes et de son nom. On me dira ambitieuse — le mot, dans la bouche d'un Romain, désigne toute femme qui ne s'agenouille pas. Si l'on me lit dans un siècle, qu'on ne dise pas seulement : elle fut vaincue. Qu'on dise : une cité de marchands osa, le temps d'un règne, regarder Rome dans les yeux. Le désert garde ce qu'on lui confie. Il gardera cela.
Ambitieuse, dans la bouche d'un Romain, désigne toute femme qui ne s'agenouille pas.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Zénobie. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


