Agrippine l'Aînée

Agrippine l'Aînée

13 av. J.-C. — 33

Rome antique

PolitiqueAntiquitéHaut-Empire romain, règne de Tibère (Ier siècle apr. J.-C.)

Petite-fille d'Auguste et épouse de Germanicus, Agrippine l'Aînée joua un rôle politique majeur sous le principat de Tibère. Son opposition à l'empereur lui valut l'exil et la mort en captivité en 33 apr. J.-C.

Faits marquants

  • Née vers 14 av. J.-C., fille d'Agrippa et de Julie l'Aînée, petite-fille d'Auguste
  • Épouse de Germanicus, général populaire, avec qui elle eut neuf enfants dont le futur empereur Caligula
  • Accompagna Germanicus dans ses campagnes militaires en Germanie et en Orient (14-19 apr. J.-C.)
  • Exilée par Tibère sur l'île de Pandataria en 29 apr. J.-C. pour opposition politique
  • Morte en captivité en 33 apr. J.-C., probablement d'inanition

Œuvres & réalisations

Rapatriement solennel des cendres de Germanicus (19-20 apr. J.-C.)

Acte politique et symbolique majeur : Agrippine organisa et mena personnellement le convoi funèbre de Germanicus depuis Antioche jusqu'à Rome, transformant ce deuil en démonstration populaire de soutien à la branche germanicienne contre Tibère.

Témoignage au procès de Pison (20 apr. J.-C.)

Devant le Sénat réuni en tribunal, Agrippine porta publiquement l'accusation d'empoisonnement contre Pison et sa femme Plancine. Son intervention constitue l'un des exemples les plus remarquables d'engagement politique féminin dans la Rome impériale.

Action auprès des légions du Rhin (14-16 apr. J.-C.)

En Germanie, Agrippine distribua vivres et soins aux soldats blessés et, par sa seule présence, désamorça une panique qui menaçait le pont sur le Rhin. Tacite lui reconnaît explicitement un rôle de commandement moral équivalent à celui d'un général.

Résistance politique face à Tibère (19-29 apr. J.-C.)

Pendant dix ans, Agrippine maintint une opposition ouverte à Tibère, protégeant ses enfants et entretenant des réseaux de fidèles au Sénat. Cette résistance, qui lui coûta la vie, inspira durablement la mémoire de l'opposition au despotisme impérial.

Anecdotes

Lors des campagnes de Germanicus en Germanie (14-16 apr. J.-C.), Agrippine accompagna son mari et joua un rôle militaire inattendu. En 14, alors que des soldats paniqués voulaient détruire le pont sur le Rhin pour stopper une supposée invasion barbare, c'est elle qui se plaça à l'entrée du pont et reçut les troupes revenant du combat, distribuant vivres et soins aux blessés. Tacite rapporte que Tibère, jaloux, vit dans cette popularité auprès des légions une menace directe contre son autorité.

À la mort de Germanicus à Antioche en octobre 19 apr. J.-C., Agrippine refusa de s'effondrer et organisa elle-même le rapatriement de ses cendres vers Rome. Elle traversa l'Asie et la Grèce, puis débarqua à Brindes vêtue de noir, portant l'urne funéraire dans ses bras, sous les yeux d'une foule immense venue spontanément lui rendre hommage. Cette scène d'une dignité extraordinaire fut décrite par Tacite comme l'un des moments les plus émouvants de l'époque tibérienne.

Agrippine accusa publiquement Cnaeus Calpurnius Pison d'avoir empoisonné Germanicus sur ordre de Tibère. Lors du procès retentissant de 20 apr. J.-C., sa détermination et son témoignage devant le Sénat pesèrent lourd dans la condamnation de Pison, qui se suicida avant que le verdict ne soit rendu. Cette affaire révéla au grand jour les tensions qui déchiraient la famille julio-claudienne.

En 29 apr. J.-C., Tibère fit arrêter Agrippine et l'exila sur l'île de Pandateria — la même île volcanique et isolée où sa propre mère Julie avait été exilée par Auguste une génération plus tôt. Selon Tacite, un officier chargé de sa garde la frappa si violemment lors d'une altercation qu'elle perdit l'usage d'un œil. Elle mourut en captivité en 33, probablement par inanition volontaire en signe de résistance ultime.

Caligula, fils d'Agrippine devenu empereur en 37, fit solennellement rapatrier les cendres de sa mère depuis Pandateria et les déposa au Mausolée d'Auguste. Il institua des jeux annuels en son honneur et fit frapper des monnaies à son effigie, réhabilitant ainsi publiquement sa mémoire et condamnant implicitement la cruauté de Tibère à son égard.

Sources primaires

Tacite, Annales, Livre I, 69 (vers 117 apr. J.-C.)
Agrippine, d'une énergie supérieure à son sexe, sans rien de féminin dans sa faiblesse, et qui supportait tout excepté l'injustice, se plaça à la tête du pont, loua et remercia les légions à leur retour.
Tacite, Annales, Livre III, 1 (vers 117 apr. J.-C.)
Brindes fut le premier port d'Italie à la recevoir. On accourut de toutes les villes voisines ; quelques-uns venaient de Rome, amis ou inconnus, tous pour lui rendre hommage. Elle débarqua, portant l'urne funèbre, les yeux baissés, accompagnée de ses deux enfants.
Tacite, Annales, Livre VI, 25 (vers 117 apr. J.-C.)
Agrippine mourut, trois ans après l'exil de Séjan. Tibère ne lui fit grâce d'aucune souffrance : elle était en captivité, et le même jour chaque année lui rappelait l'assassinat de Séjan.
Suétone, Vie de Caligula, 15 (vers 121 apr. J.-C.)
Il rapporta les cendres de sa mère Agrippine en les portant lui-même dans ses mains, et les déposa au Mausolée ; il institua en son honneur des jeux annuels au cirque.
Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 130 (vers 30 apr. J.-C.)
Agrippine, vraiment digne de son père Agrippa et de son aïeul Auguste, d'une vertu singulière, d'un courage presque viril, supporta tous les coups du sort avec la constance que réclamait le nom qu'elle portait.

Lieux clés

Rome — Palatin et Forum romain

Cœur du pouvoir impérial où Agrippine vécut après les campagnes de Germanicus et où elle affronta politiquement Tibère. Le Forum fut le théâtre de ses prises de position publiques et de son immense popularité auprès du peuple romain.

Antioche (Antakya, Turquie actuelle)

Capitale de la province de Syrie où Germanicus mourut le 10 octobre 19 apr. J.-C. C'est ici qu'Agrippine recueillit ses cendres avant d'entreprendre le long voyage de retour à travers tout l'empire.

Brundisium (Brindisi, Italie)

Port de l'Adriatique où Agrippine débarqua en 20 apr. J.-C. avec l'urne funéraire de Germanicus, accueillie par une foule immense et des légions en deuil. Cette scène d'une émotion intense est décrite avec précision par Tacite dans ses Annales.

Île de Pandateria (Ventotene, Italie)

Petite île volcanique au large du Latium où Tibère exila Agrippine en 29 apr. J.-C. ; elle y mourut en 33. C'est le même lieu où sa mère Julie avait été exilée par Auguste, faisant de cet endroit un symbole de la tragédie julio-claudienne.

Mausolée d'Auguste, Rome

Tombeau dynastique des Julio-Claudiens sur le Champ de Mars. Après sa mort, les cendres d'Agrippine y furent solennellement déposées par son fils Caligula en 37 apr. J.-C., rendant un hommage posthume à celle que Tibère avait persécutée.

Voir aussi