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La se'udah judéenne et le deipnon égéen
À l'époque où Jean reçoit sa vision sur Patmos, deux structures de repas se croisent autour de la mer Égée et de la Judée. Le repas judéen (se'udah) s'ouvre par la bénédiction du pain (ha-motzi) qui fonde tout : on rompt le pain d'orge ou de froment, puis on y joint un 'liftan', un accompagnement que l'on saisit avec le pain (olives, légumineuses, poisson salé, herbes), avant de clore sur le doux — fruits secs, dattes, figues, miel. Le vin ponctue et sanctifie. Côté grec, sur Patmos et à Éphèse, le 'deipnon' (le plat principal partagé) précède le 'symposion' (le temps du vin coupé d'eau et parfumé). Aucune notion d'entrée/plat/dessert : on mange par bouchées jointes au pain, du salé vers le sucré, le vin liant le tout.
Signature : Le miel sauvage (devash)
Le miel est la saveur secrète de l'Apocalypse : quand l'ange tend le petit livre à Jean, celui-ci le mange et il est 'doux comme le miel dans la bouche, mais amer dans le ventre' (Ap 10,9-10). Récolté sur les rochers de Judée et des îles, le miel sauvage signe à la fois la douceur de la parole et l'amertume du jugement — il lie ces recettes du sucré au salé, du criquet rôti au vin parfumé.

Abaddon at the table

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